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Sport - Football - France

Les « Hijabeuses » plaident leur cause devant le Conseil d’État

Un collectif de footballeuses a saisi la haute juridiction française pour que le port du voile soit autorisé sur les terrains de football, comme cela est déjà le cas dans d’autres disciplines. Le rapporteur public du Conseil d’État s’est prononcé en faveur de la levée de l’interdiction.

En janvier 2022, les « hijabeuses » avaient organisé un match de football devant le Sénat pour protester contre l’interdiction du voile en compétition. Sarah Witt/Hans LUCAS/AFP

Contrairement au tennis, au handball, au rugby, au judo ou encore à l’athlétisme, le football reste un terrain sur lequel le hijab n’a pas sa place en France. En vertu de l’article 1 de son règlement, la Fédération française de football (FFF) interdit depuis 2016 « tout port de signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique, religieuse ou syndicale ».

C’est dans le but d’abroger cet article qu’un collectif qui milite pour le droit de jouer en portant le voile en compétition, dénommé les « Hijabeuses », a déposé un recours contre la FFF que le Conseil d’État a examiné ce lundi.


Une règle « exclusive »

Lors de l’audience, le rapporteur public, qui dit le droit et dont l’avis est généralement suivi, a recommandé l’annulation de cet article 1, demandant à la FFF de modifier son règlement. La décision du Conseil d’État sera rendue d’ici à trois semaines. 

Si le rapporteur public, Clément Malverti, a estimé que la question pouvait se poser pour les joueuses sélectionnées en équipe de France, où elles représentent « la nation » et effectuent « une mission de service public », elle est « autrement plus discutable » pour les autres joueuses licenciées de la FFF.

Il a commencé par rappeler la « distinction fondamentale » entre agents du service public, auxquels le principe de « neutralité » s’applique, et les usagers, « libres » de manifester leurs convictions tant qu’ils ne troublent pas l’ordre public. Il n’y a ni « prosélytisme » ni « provocation » dans le seul port du hijab, et aucune « exigence de neutralité » pour les joueuses licenciées de la FFF, a-t-il dit.

Avec le règlement actuel de la FFF, qui a le « monopole » sur l’organisation des matchs, a noté le rapporteur public, les joueuses portant le voile sont de facto « exclues » et doivent « renoncer à toute compétition et toute carrière ».

Le sujet est « important » et la décision du Conseil d’État sera suivie de près, a-t-il lancé, mettant en garde contre le « risque » que certains tentent par la suite d’« étendre » l’interdiction du voile à d’autres espaces publics.

En défense, l’avocat de la FFF a soutenu qu’il fallait au contraire « consacrer l’exigence de neutralité pour l’ensemble des joueurs ». « Ce qui est recherché, c’est l’importation dans le football de revendications communautaires », a poursuivi Me Loïc Poupot, estimant que les compétitions s’étaient toujours disputées en « des termes neutres », avec des sportifs que seule la couleur du maillot distinguait, et que le règlement de 2016 n’avait fait que graver dans le marbre cette réalité.


Interdiction levée depuis 2014 par la FIFA

La Fédération a aussi évoqué dans ses arguments le « principe de neutralité politique » du Comité olympique. Sauf que ce principe a largement évolué au fil du temps, a pointé le rapporteur public.

La « liberté d’expression a gagné du terrain » dans le sport depuis les « poings levés » de Tommie Smith et John Carlos à Mexico en 1968, en protestation contre la discrimination raciale aux États-Unis, qui leur avaient valu une exclusion à vie des Jeux olympiques, a-t-il avancé. 

Il a notamment évoqué le « genou à terre », signe de soutien au mouvement Black Lives Matter, qui s’est répandu dans plusieurs compétitions sportives, notamment l’Euro de football 2021.

Il n’y aucune « exigence de neutralité » pour les joueurs de football et le football est « truffé » de signes d’appartenance religieuse, a-t-il martelé, citant pêle-mêle la « croix de Malte » sur les maillots de l’AJ Auxerre ou encore le fait que de nombreux joueurs fassent le signe de croix en entrant sur le terrain, ou ceux qui se tatouent leurs convictions sur les bras.

Il a aussi noté que « l’ensemble des fédérations sportives internationales » autorisaient le port du hijab en compétition. C’est le cas de la FIFA, qui avait levé cette interdiction lors des compétitions disputées sous sa tutelle en 2014.

Se refusant à « crier victoire » trop vite, l’avocate du collectif, Me Marion Ogier, s’est réjouie en marge de l’audience des conclusions du rapporteur public, « qui vont dans notre sens ». Elle a espéré que le Conseil d’État, en prenant sa décision, ne fasse « du droit, rien que du droit », sans se laisser influencer par la « politique ».

Une dizaine de Hijabeuses étaient venues assister à l’audience, dont la porte-parole du collectif, Founé Diawara, âgée de 23 ans, qui a pris la parole au cours de la séance avant de s’exprimer devant la presse pour résumer leurs positions : « Notre combat n’est pas politique, pas religieux, il concerne le sport et seulement le sport », a-t-elle assuré. « Il y a des femmes qui chaque week-end sont exclues des terrains parce qu’elles portent un voile, a-t-elle souligné. Tout ce qu’on veut, c’est jouer au football. »

Contrairement au tennis, au handball, au rugby, au judo ou encore à l’athlétisme, le football reste un terrain sur lequel le hijab n’a pas sa place en France. En vertu de l’article 1 de son règlement, la Fédération française de football (FFF) interdit depuis 2016 « tout port de signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique,...

commentaires (2)

Toutes ces dames qui fuient des régimes insupportables et qui viennent nous imposer ce que , soi-disant ,elles ne supportaient pas . Les Libanais connaissent depuis longtemps cette impression d'être dépossédés de leur identité . Si ça continue , je vais demander l'asile politique à Achrafyié

Yves Gautron

21 h 02, le 28 juin 2023

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Commentaires (2)

  • Toutes ces dames qui fuient des régimes insupportables et qui viennent nous imposer ce que , soi-disant ,elles ne supportaient pas . Les Libanais connaissent depuis longtemps cette impression d'être dépossédés de leur identité . Si ça continue , je vais demander l'asile politique à Achrafyié

    Yves Gautron

    21 h 02, le 28 juin 2023

  • Les femmes qui portent le hijab sont supposees rester loin des espaces publics. Elles doivent s'occuper de leur maison et d'elever leurs enfants selon les principes de la religion. Elles n'ont rien a faire dans les stades, qui relevent du domaine masculin, ni sur les gradins, ni a fortiori sur les terrains. Elles pourraient reveiller la concupiscence des jeunes males qui participent a des reunions sportives.

    Michel Trad

    08 h 54, le 28 juin 2023

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