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Culture - Événement

Métro al-Madina invite Beyrouth à une pendaison de crémaillère

Quelques jours avant le premier spectacle dans leur nouvel espace qui subit les dernières retouches de son lifting, le fondateur du cabaret Hicham Jaber, la chanteuse Yasmina Fayed et le musicien-compositeur Ziad el-Ahmadié jettent un regard sur le passé et l’avenir.

Métro al-Madina invite Beyrouth à une pendaison de crémaillère

La scène du nouvel espace de Métro al-Madina dans l'Aresco Palace, alors en cours de rénovation. Photo publiée avec l'aimable autorisation de Métro al-Madina

Hicham Jaber est à la tête du Métro depuis qu’il a conçu cette expérience de « cabaret critique », en janvier 2012. En plein déménagement – dans un endroit moins exigu que le petit théâtre en sous-sol de Masrah al-Madina, sa charmante maison depuis 11 ans –, Jaber et ses collaborateurs de longue date Yasmina Fayed et Ziad el-Ahmadié se sont entretenus avec L’Orient Today dans un café-librairie à Hamra. La discussion a tourné autour du statut de niche de ce théâtre dans le tissu culturel de Beyrouth, de son déménagement un peu plus haut dans la rue de Hamra et du spectacle de collecte de fonds organisé par la troupe le 26 mai pour aider à couvrir, justement, le coût du déménagement.

Métro à la Aresco

Depuis environ quatre mois, Métro travaille avec l’architecte Paul Kaloustian à la rénovation du nouvel espace théâtral sis au cœur du centre Aresco Palace, entre l’Université Haigazian et le siège de la banque centrale à Hamra.

« Tous les travaux de rénovation sont terminés, affirme Hicham Jaber. Nous avons déjà achevé environ 70 % des principaux travaux. L’espace est maintenant transformé. »

Le directeur du théâtre, également metteur en scène, acteur et dramaturge, ne souhaite pas en dire plus sur la nouvelle déco du Métro « à la Aresco », mais il affirme que la disposition de l’espace de représentation sera la même, avec, toutefois, des dimensions plus généreuses.

« Vous verrez », dit-il en riant. « Nous ne voulons pas gâcher le secret. Il s’agira d’un nouvel espace, (mais) avec le même concept (en terrasse) que le Métro d’origine, juste modernisé. C’est spacieux, confortable et un peu flippant... un peu comme ces films des années 1960 sur l’avenir, l’espace ou autre chose », ajoute-t-il en notant que Métro dispose désormais d’un cinéma bien équipé et de bonnes dimensions.

Il cligne des yeux devant les murs mobiles de livres et boit une gorgée de son verre.

« Au cours des onze dernières années, nous avons travaillé dans un espace qui n’était pas une véritable scène... Le métro de Saroulla était notre atelier. La scène faisait neuf mètres de large, trois mètres de profondeur, avec une élévation de 2,90 m., quelque chose comme ça. » Il sourit : « On pouvait changer une ampoule sans avoir recours à une échelle, yaani. Mais nous avons beaucoup expérimenté dans cet espace. Nous l’avons transformé, nous avons créé une ambiance, et c’était vraiment génial... »

Héritage

Lorsqu’une institution culturelle survit pendant une décennie ou plus, elle a tendance à être porteuse d’un héritage. Lorsque cette institution jouit d’une grande popularité, comme c’est le cas de Métro, l’héritage résonne auprès du public et, plus largement, auprès de la scène culturelle.

Yasmina Fayed est l’un des piliers de Métro al-Madina. De petite taille et dynamique sur scène, elle a participé à plus de dix spectacles de Métro, dont des pièces phares, comme Hishik bishik, qui revisite la musique pop égyptienne du début du XXe siècle, Aghani servisat, qui utilise les limites étroites des taxis collectifs de Beyrouth comme microcosme pour des observations comiques sur la politique, la culture et la société, et Fawazir, structuré comme un jeu de devinettes musicales. Elle estime à 500 le nombre de représentations qu’elle a effectuées pour Métro. Fayed affirme que la dynamique entre les artistes de la troupe est unique. « Cela m’a fait sortir de ma zone de confort », sourit-elle.

Pour mémoire

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Après avoir joué dans le groupe de Ziad Zahab, elle avait « peur de faire quelque chose » toute seule, dit-elle. « Lorsque j’ai commencé avec Hicham, cela m’a semblé si facile et naturel, comme si les choses allaient de soi. » Elle ajoute: û Depuis des années, il se passe quelque chose de magique entre nous. Lorsque nous préparons une nouveau spectacle, nous sommes toujours sur la même longueur d’onde, et tout vient naturellement. Lorsque nous faisons une pause, c’est comme si nous nous étions quittés hier, et nous reprenons là où nous nous étions arrêtés. J’adore ça. » Naturellement, la crise et la pandémie ont eu un impact sur la troupe. « Malheureusement, certains ont dû partir, regrette-t-elle. Ce qui est bien, c’est que nous avons rencontré de nouveaux artistes et musiciens talentueux. »

Fayed est enthousiaste quant aux talents issus de Métro al-Mehaniya, la formation interne du cabaret pour les artistes en herbe.

« Ils sont jeunes, talentueux et frais. J’ai hâte de travailler avec eux », dit-elle. « Outre l’énergie qu’ils dégagent, je pense qu’ils ont une vision différente des spectacles que nous avons présentés. Bien sûr, cela se reflétera sur tout ce que nous faisons. Le fait d’être sur scène avec les nouveaux artistes pourrait faire ressortir quelque chose de nouveau en moi », espère-t-elle.

« Nous avons tous un background de musiciens, explique pour sa part Ziad el-Ahmadié, chanteur et compositeur. Je pense que l’art et la musique ne sont pas de simples divertissements. Ils doivent s’adresser à l’esprit des gens. » Et d’ajouter sur sa lancée : « Hicham se demande pourquoi, à chaque fois qu’une pièce sérieuse est jouée à Beyrouth, il n’y a que 2 000 personnes qui s’intéressent à ce genre de théâtre d’élite. Les musiciens sérieux ont eux aussi un public restreint. Nous avons besoin de vivre de l’art, nous devons donc trouver un moyen. Pourquoi ne pas trouver un moyen de s’adresser de manière artistique aux gens, tout en les respectant, en leur présentant de la musique et des spectacles de grande qualité et de nouvelles idées ?

Pourquoi ne pouvons-nous pas être drôles lorsque nous parlons de choses sérieuses ? Métro trouve un (compromis) entre le fait de vivre de l’art et le respect du public en lui offrant des spectacles très bien faits, soignés dans les moindres détails, comme l’éclairage, l’arrangement musical et le contenu. C’est ce que pense Hicham... Métro était la solution. »

La troupe de Métro al-Madina a fait les plus belles nuits de l'underground beyrouthin. Photo DR

Public et nostalgie

La raison d’être de Métro al-Madina est de présenter des productions maison qui comportent une grande part de nouvelles compositions. Cela dit, l’importance de la musique historique et de la culture populaire est évidente dans la programmation du cabaret. Des spectacles comme Hishik bishik, Bar Farouk, Discothèque Nana et Fawazir attirent le public par leur traitement amusant, souvent affectueux, de musiques qui ont traversé les décennies.

D’aucuns pourraient penser que la programmation de Métro exploite le filon de la nostalgie.

« Je ne pense pas qu’il s’agisse uniquement de nostalgie, affirme Fayed. Il s’agit de dire aux gens : “Vous avez le choix. Vous pouvez venir voir quelque chose de différent. Il ne s’agit pas de toutes les bêtises que l’on voit à la télévision aujourd’hui – ni les feuilletons turcs, ni les nouvelles, ni les fausses nouvelles sur les médias sociaux. Vous pouvez voir quelque chose qui correspond à la vie, yaani.” Je pense que nous sommes une meilleure option, et je pense que les gens peuvent faire la différence entre quelque chose de bon et quelque chose de mauvais. »

« Depuis que nous avons fermé en décembre, quelques personnes sont venues me voir pour me demander quand les spectacles allaient reprendre. C’est révélateur. Les gens ont envie de voir des personnages plus vrais que nature, qui leur évoquent la nostalgie, mais qui peuvent aussi être critiques à l’égard de la vie que nous menons au Liban. Qui aurait pensé que Aghani servisat serait un tel succès ? Toutes les chansons sont des compositions originales. Les mélodies sont superbes et c’est amusant. En même temps, il y a toujours une couche sous-jacente à tout ce que nous faisons dans Métro. Je pense que c’est ce qui attire le public. »

« Bar Farouk n’est pas nostalgique », tranche Ahmadié. Selon le musicien, ce spectacle renferme un message politique. « Si vous cherchez, vous pouvez trouver quelque chose de politique dans nos chansons. » D’après lui, ce n’est pas parce qu’un spectacle a un cadre historique qu’il s’agit nécessairement de nostalgie. Les airs nostalgiques peuvent être joués dans des productions théâtrales qui sont à la fois créatives et discrètement critiques.

Hicham Jaber, père fondateur de Métro al-Madina. Photo Michel Sayegh

Une scène plus grande

Métro « à la Saroulla » a dicté l’ampleur des spectacles que Jaber & Co. pouvait organiser chez lui, mais la troupe s’est produite dans des salles plus grandes. Bar Farouk et Political Circus ont été présentés pour la première fois au Festival de Beiteddine et plusieurs spectacles ont été présentés en tournée à l’extérieur du Liban. Cela dit, la plupart des spectateurs de Beyrouth associent Métro à Saroulla, ce qui soulève la question de savoir si une salle plus grande posera des problèmes.

Jaber ne s’attend pas à rencontrer des difficultés. « D’habitude, nous travaillons avec ce que nous avons, dit-il, et nous faisons confiance à ce que nous avons – à nos artistes, à la ville, à la logistique, aux techniciens et à notre espace. Aujourd’hui, nous avons changé d’espace. L’ancienne scène était petite. Nous ferons des spectacles pour cette nouvelle scène. »

Jaber est impatient d’adapter d’anciens spectacles au nouvel espace, et surtout de ramener enfin Political Circus que Métro n’a pas pu monter depuis ses premières représentations à Beiteddine en 2018.

« Je fais confiance à Hicham, déclare Ahmadié. J’ai confiance... qu’il trouvera des solutions aux différences entre l’intimité de la petite scène de Métro, parce que nous étions très proches du public, et les endroits plus grands où l’on ne voit peut-être que les premiers rangs. Il trouvera des solutions. » Mais l’artiste reconnaît que ce ne sera pas chose aisée, surtout avec Hishik bishik, parce que ce spectacle a été joué environ 480 fois au Métro. « C’est un nouveau défi, comme toujours », lance-t-il.

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« La nouvelle scène est confortable, assure Fayed. On y sent les limites. On ressent les murs. Le son est chaud. Je n’en ai donc pas peur. Je suis très enthousiaste. Je veux tout essayer. Je veux essayer les spectacles que nous avons faits sur la nouvelle scène puis en présenter de nouveaux. »

Yasmina Fayed se penche en avant et ajoute sur le ton de la confidence : « Lorsque nous avons donné les trois derniers concerts de Saroulla en décembre, certains artistes étaient très tristes, ils rentraient dans la loge et étaient sur le point de pleurer. Je n’ai pas du tout eu ce sentiment, jusqu’à la toute dernière soirée en tout cas. »

« Je voyais que l’endroit tombait en ruine. L’odeur était épouvantable. C’était comme si ce vieux théâtre me disait : 'Ok, yalla, vas-y maintenant, tu as ma bénédiction.'»

« Métro Under Construction » sera présenté dans l’espace Aresco Palace de Métro al-Madina le 26 mai, à 21h30. Billets disponibles à la librairie Antoine.

La version en anglais de cet article a paru sur le site de « L’Orient Today » le 17 mai.

Hicham Jaber est à la tête du Métro depuis qu’il a conçu cette expérience de « cabaret critique », en janvier 2012. En plein déménagement – dans un endroit moins exigu que le petit théâtre en sous-sol de Masrah al-Madina, sa charmante maison depuis 11 ans –, Jaber et ses collaborateurs de longue date Yasmina Fayed et Ziad el-Ahmadié se sont entretenus avec L’Orient...
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Un groupe de sauveurs du théâtre libanais mais aussi de sauveurs de l'esprit libanais! Bon courage les amis.

Wlek Sanferlou

13 h 52, le 24 mai 2023

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Commentaires (1)

  • Un groupe de sauveurs du théâtre libanais mais aussi de sauveurs de l'esprit libanais! Bon courage les amis.

    Wlek Sanferlou

    13 h 52, le 24 mai 2023

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