C’est une visite toute en symboles qu’effectue le ministre iranien des Affaires étrangères au Liban. Rencontres officielles, certes, mais aussi débat élargi avec des députés représentant des blocs parlementaires, visite au jardin de Maroun el-Ras, à la frontière libano-israélienne – financé par les Iraniens –, entretien prolongé avec le secrétaire général du Hezbollah et, pour conclure, une conférence de presse.
Le message principal, selon des sources proches de l’ambassade d’Iran à Beyrouth, c’est de mettre les Libanais au courant des derniers développements régionaux, notamment l’accord irano-saoudien et ses conséquences probables sur la situation interne libanaise. Selon les mêmes sources, les Saoudiens pourraient aussi en faire de même prochainement avec leurs alliés, ainsi que les autres États qui s’intéressent de près au dossier libanais.
La visite du ministre iranien des Affaires étrangères au Liban serait ainsi en harmonie avec le climat régional et international actuel. Le message de Hossein Amir-
Abdollahian sur la nécessité d’élire un président dans les plus brefs délais est ainsi relayé par des diplomates arabes qui tiennent le même langage devant leurs interlocuteurs libanais et les invitent à faire preuve de « réalisme » et de « sens des responsabilités ». Sans entrer dans les noms, ces diplomates estiment qu’il faut un président qui soit en mesure d’accompagner les développements régionaux, notamment les nouvelles ententes qui se profilent à l’horizon, en particulier entre l’Arabie saoudite et la Syrie, et entre la Syrie et la Turquie sous parrainage russo-iranien. Dans la prochaine étape, le Liban aurait donc besoin, selon ces mêmes sources, d’un président en mesure de mener un « dialogue apaisé » avec les parties arabes, et en particulier avec la Syrie. Sans nommer directement le chef des Marada Sleiman Frangié, son nom est présent dans tous les esprits, mais les sources précitées estiment que le profil et le programme du président sont plus importants dans cette période. Celui-ci devrait être en mesure de finaliser avec le gouvernement et le gouverneur de la banque centrale l’accord financier avec le FMI. Ces mêmes sources estiment que l’actuel gouverneur de la banque centrale ne peut pas compter sur un éventuel prolongement de son mandat. Il faudra donc en nommer un nouveau, sinon, la situation du pays deviendrait encore plus désespérée qu’elle ne l’est actuellement.Or, sans président et sans nouveau gouvernement en pleines fonctions, il est impossible de nommer un nouveau gouverneur de la banque centrale, car cela susciterait de nombreuses querelles constitutionnelles qui prendraient rapidement une tournure confessionnelle. Ce qui rendrait toute décision financière (et autre) controversée et donc inapplicable. Si les différentes parties politiques acceptaient donc de mettre de côté leurs conflits pour privilégier l’intérêt national, le Liban pourrait commencer à voir le bout du tunnel. Le nouveau président devrait être en mesure de permettre au pays de traverser cette période dite « expérimentale » en évitant l’effondrement total et le chaos qui serait nuisible au Liban, mais aussi à son environnement et même à l’Europe. Comme le disent les sources précitées, le Liban a pratiquement joué au cours des dernières années le rôle de « garde-côtes » pour l’Europe en empêchant autant que possible l’exode massif des déplacés syriens vers l’autre rive de la Méditerranée. Mais si la crise politique, en plus des problèmes économiques, se prolongeait au Liban, les autorités ne seraient plus en mesure de remplir cette mission, et le chaos total pourrait ainsi devenir une menace pour la stabilité dans la Méditerranée. Les mêmes sources précisent que dans le contexte actuel, aucune partie régionale ou internationale ne souhaite un tel chaos, d’autant que la tendance générale internationale est de pousser vers l’apaisement dans la région pour pouvoir se concentrer sur ce qui se passe en Afrique – avec l’éclatement de la crise au Soudan, visiblement appelée à se prolonger – et en Europe, avec les développements entre l’Ukraine et la Russie.
Les différentes parties libanaises ont-elles saisi l’importance de la visite du ministre iranien et des conseils des diplomates arabes en ce timing précis ? La question demeure posée. Le Liban, petit pays par la surface, mais important à cause de son emplacement géographique, est inévitablement concerné par les grands changements qui se profilent à l’horizon. Il doit même être prêt à les accueillir avec un minimum de stabilité politique et sécuritaire. Or, en dépit des efforts énormes déployés par l’armée et les différents services de sécurité, une telle stabilité ne peut être réellement assurée qu’à travers la relance des institutions étatiques qui passe forcément par l’élection présidentielle, qui serait suivie de la formation d’un gouvernement. À ce moment, il sera possible de procéder aux nominations administratives nécessaires pour maintenir l’État debout.
Si les Libanais veulent donc sortir leur pays du gouffre, il n’y a d’autre possibilité que celle d’élire rapidement un président, disent les sources diplomatiques arabes précitées. Selon elles, les Libanais devraient suivre attentivement le déroulement du prochain sommet arabe, prévu le 19 mai à Riyad. La Syrie et l’Iran pourraient y être conviés en tant qu’observateurs et le dossier libanais pourrait être alors évoqué dans le cadre des rencontres bilatérales en marge de ce sommet. Mais si la date butoir du début de l’été passe sans qu’il y ait un président au Liban, cela signifie que la crise est appelée à se prolonger dans ce pays. La situation interne devrait alors se détériorer, sans issue possible, pour une période indéterminée, le monde ayant d’autres priorités.


Le seul symbole ici c est que l Iran s en fout completement de l Etat Libanais...
19 h 36, le 29 avril 2023