Critiques littéraires Critique

La fascination pour le blanc et la neige de Sylvain Tesson

La fascination pour le blanc et la neige de Sylvain Tesson

Comment classer l’écriture et le personnage de Sylvain Tesson, écrivain racé, skieur impénitent et voyageur sans frontières aux semelles de vent ? Difficile de saisir l’univers de cet auteur alliant une incroyable richesse culturelle, une langue française précise et un sens pointu du sport pour un indomptable dépassement aussi bien physique qu’intellectuel.

II est l’un des plus iconiques représentants des textes ciselés pour des voyages aux exploits peu ordinaires. À l’image de Gérard de Nerval, Gustave Flaubert, Alphonse de Lamartine, Théophile Gautier, François-René de Chateaubriand, Herman Hesse, DH Laurence, et bien d’autres, qui ont apporté un sang neuf à la littérature au temps passé, Sylvain Tesson contribue à une approche, une vision, un témoignage et un souffle nouveaux à la narration contemporaine.

Prix Médicis en 2011 pour Dans les forêts de Sibérie et Prix Renaudot en 2019 pour La Panthère des neiges, Sylvain Tesson, formé à l’Institut français de géopolitique, est un brillant et prolifique chroniqueur de voyage et chasseur d’images insolites dans des recoins peu fréquentés, si ce n’est par les champions des aventures audacieuses et des randonnées lointaines.

Pour ce parisien né en 1972, l’écriture n’est pas seulement un rapport documenté sur ses prouesses sportives, ses découvertes dans la nature et le monde mais aussi un moment de contemplation. Contemplation et méditation où sa vaste culture est objet d’une pertinente combinaison de pensées et de réflexions. Une réflexion qui fait des étincelles comme ces skis qui glissent sur une neige damée… Fasciné et exalté, il surfe sur « le blanc, ce réservoir hypnotique », comme il qualifie ces immenses espaces pris par le froid glacial.

Entre récits de voyage, albums photographiques, essais, nouvelles, dessins humoristiques, aphorismes, lexiques et filmographies, une œuvre considérable s’est construite au fil du temps. Une œuvre singulière et riche qui a retenu l’attention du public. Aussi bien de la critique que des lecteurs, de plus en plus nombreux à s’arracher ses livres émaillés de citations, d’analyses, de références religieuses, sociales et poétiques où la solitude des steppes, la profondeur des forêts, la poudre des neiges, l’infini des routes, la majesté des montagnes et le secret des vallées ont des appels de sirènes…

Pour cette année, Sylvain Tesson revient au-devant de la scène littéraire avec un opus qui sort du rang et des chemins battus. Et malgré son titre, faussement neutre, de Blanc renvoyant au blizzard ou à un drapeau de paix, il caracole au haut des records de vente.

Invitation non formelle, au gré des humeurs de la météo, des couloirs du vent, des escarpements, des pics et des cols des montagnes, des creux et des flancs des vallées, à une chevauchée sur skis. Voyage fantastique dans la pureté, la rudesse, la douceur, les réverbérations, les épreuves harassantes, les dangers côtoyés et bottés, les virages risqués et l’éblouissement de la neige à des altitudes de vol d’aigle.

Un voyage qui a l’allure d’une épopée car il s’échelonne de 2018 à 2021, pour une traversée des Alpes passant par l’Italie, la Suisse, l’Autriche et la Slovénie. Périple de Mentor à Trieste en quatre-vingt-cinq jours répartis sur quatre consécutives saisons d’hiver pour un vibrant « mariage entre le muscle et l’âme, la vie sauvage et le raffinement » pour reprendre les termes de l’auteur.

C’est le monde d’en bas, pris au sinistre piège de la pandémie de la Covid, répandue comme une toxique traînée de poudre, qui le ramène sur une terre où l’on porte des masques et on vit derrière un écran d’ordinateur ! Mais les traces de ce blanc éphémère, des vertiges des hauteurs et l’aspiration à la dépossession, l’immatériel et l’aérien, pour être plus léger, sont marquantes.

Par la voix intérieure de Sylvain Tesson demeure aussi ce rendez-vous permanent avec la culture, la poésie, sans oublier les contradictions du monde moderne et ses tyrannies. L’auteur qui déclame des poèmes aux mouettes n’est pas une image saugrenue mais émouvante. Et l’on revient sur les citations choisies de Tesson pour les livres et les écrivains qui contribuent beaucoup à la richesse et l’atmosphère de ce récit captivant.

Pour se dérider ou se décrisper et accompagner cette exploration au rythme haletant, arrivent en cohorte les maîtres à penser… Juste quelques noms : Proust, Montaigne, Gide, Claudel, Lord Byron, Saint-Augustin, Tourgueniev, Mallarmé et bien sûr Rimbaud. Et ce n’est là guère une liste exhaustive.

Dans ce désert blanc glacé, loin de toute crainte, Sylvain Tesson a les métaphores pour piquer la curiosité du lecteur et ne démord pas, avec un brin d’humour, en ce qui concerne son invitation au voyage d’avoir ces propos : « Je dormis sans cauchemars. Dehors flottait la montagne, requin blanc, dents dehors. »

Blanc de Sylvain Tesson, Gallimard, 2022, 235 p.


Comment classer l’écriture et le personnage de Sylvain Tesson, écrivain racé, skieur impénitent et voyageur sans frontières aux semelles de vent ? Difficile de saisir l’univers de cet auteur alliant une incroyable richesse culturelle, une langue française précise et un sens pointu du sport pour un indomptable dépassement aussi bien physique qu’intellectuel.II est l’un des plus...
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