Thibaut Pinot devant la tour de Rocamadour, dans le sud-ouest de la France, lors de la 20e étape de la 109 édition du Tour de France. Thomas Samson/AFP
« Je suis prêt pour la vraie vie », clame le grimpeur franc-comtois, troisième du Tour de France 2014, dans un entretien accordé au quotidien sportif. « Quand je courrai, on saura que c’est la dernière fois, avant que j’aille m’enterrer dans mon trou », explique avec le sourire le natif de Lure en Haute-Saône pour justifier cette annonce faite dès le début de l’année.
Dans cet entretien, le coureur de la Groupama-FDJ précise qu’il prendra sa retraite en octobre après le Tour de Lombardie, épreuve qu’il a remportée en 2018. Avant cette ultime course, il disputera le Giro en mai et espère participer à son dernier Tour de France, en juillet.
« Pour ma dernière année, j’ai envie d’y aller, ça me ferait chier de le manquer. Le Tour a été dur, mais c’est aussi lui qui m’a donné les plus belles émotions (...). Pour que ma dernière année soit belle, il faut que j’y sois. Rien que pour tous ceux qui m’ont soutenu », souhaite le Français.
« Point déclencheur »
Après une chute au Tour de France 2020 qui l’avait handicapé pendant des mois, le coureur FDJ s’était dit en décembre débarrassé de ses douleurs au dos. Mais le poids des années et les effets de cette blessure ont finalement poussé le coureur à envisager sa sortie.
« Le point déclencheur de cette décision d’arrêter a été ma blessure en 2021 (à la suite de sa chute à Nice sur le Tour 2020). Là, je me suis rendu compte que c’était difficile, que je commençais à avoir de l’âge et plusieurs fois j’ai pensé arrêter. »
En 2020, il avait rallié l’arrivée du Tour de France à Paris malgré cette blessure pour terminer 29e du général. Il avait ensuite participé au Tour d’Espagne, mais avait abandonné après deux étapes.
Ses douleurs au dos persistantes l’avaient contraint à renoncer au Giro en 2021. En 2022, après plus de 1 000 jours de disette, il avait remporté une étape du Tour des Alpes, puis une autre sur le Tour de Suisse avant de prendre la 15e place du Tour de France.
« L’année 2022 a été importante, j’avais un contrat qui se terminait fin 2023, c’était une évidence de le terminer, raconte Pinot dans L’Équipe. Mais avant, je voulais avoir fait le tour de la question. Quand j’aurai disputé le Giro et que je finirai au Lombardie, ce sera le cas. »
Perdant magnifique
Si les blessures ont miné les dernières années de sa carrière, le Franc-Comtois a fait vivre au public français ses émotions les plus intenses sur le Tour depuis de nombreuses années.
Professionnel depuis 2010, il s’est révélé lors de l’édition 2012, en remportant une étape en solitaire et en terminant 10e du général. Deux ans plus tard, il confirme en prenant la troisième place du Tour, son meilleur résultat jusqu’à présent en neuf participations.
Sa victoire d’étape en solitaire à l’Alpe-d’Huez en 2015 décuple sa popularité.
Lors du Tour 2019, dans une édition qui restera longtemps gravé dans les mémoires des amateurs de cyclisme dans l’Hexagone, il récidive dans les Pyrénées, et plus exactement dans le col Tourmalet, où il remporte une victoire de prestige avec son panache.
Mais alors qu’il était « dans la forme de (s)a vie » et prétendait à la victoire finale, finalement acquise par le Colombien Egan Bernal, il doit renoncer à deux jours de l’arrivée sur les Champs-Élysées, rattrapé par une blessure musculaire à la cuisse au début de la 19e étape. Cette désillusion, qu’il qualifie encore comme « la plus grosse claque » de sa carrière, l’aura aussi définitivement fait entrer dans la légende des « perdants magnifiques ». Des sportifs qui rentrent parfois plus profondément dans le cœur des Français que certains vainqueurs, à l’image de Raymond Poulidor.
Sur les routes des autres grands tours, Pinot a également remporté une étape du Giro en 2017, qu’il a fini au pied du podium (4e). Il compte aussi deux victoires d’étape sur la Vuelta, lors de l’édition 2018 qu’il achève à la 6e place.
Le manager de la Groupama-FDJ Marc Madiot, averti « en fin de saison » de la volonté de Pinot d’arrêter, a réagi à cette officialisation sur le site internet de la formation.« Je pense qu’il a tout simplement fait le tour de la question. Il est en paix avec lui-même », explique-t-il. Il y aura forcément de l’émotion en fin d’année. La petite larme à l’œil, le clap de fin, ce sera au mois d’octobre. Ce n’est pas pour aujourd’hui. Ce n’est pas une tournée d’adieux, et je sais qu’il n’est pas dans cette logique-là non plus », assure le patron.
Source : AFP

