La centrale nucléaire de Zaporijjia, occupée par les Russes et gérée par un opérateur ukrainien, est sous la menace permanente d’un accident qui aurait des conséquences dramatiques. Photo d’archives Stringer/AFP
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exhorté hier les membres de l’OTAN à garantir la protection des centrales nucléaires ukrainiennes contre un possible sabotage russe, un jour après que la centrale de Zaporijjia, contrôlée par la Russie près de la ligne de front, a été prise pour cible ce week-end par des tirs d’artillerie. « Tous nos pays ont intérêt à ce qu’il n’y ait pas d’incidents dangereux dans nos installations nucléaires », a déclaré Volodymyr Zelensky dans une allocution vidéo diffusée devant l’Assemblée parlementaire de l’Alliance atlantique à Madrid. La Russie et l’Ukraine se rejettent mutuellement la responsabilité des attaques contre la centrale.
Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui dispose d’experts sur place, de telles attaques risquent de provoquer une catastrophe majeure. L’organisation onusienne a signalé « une bonne douzaine » de tirs ce week-end. « Qui que ce soit, arrêtez cette folie ! a exhorté son directeur général Rafael Grossi. C’est absolument délibéré, ciblé. »
Après une première frayeur lors de la prise du site par Moscou le 4 mars, la situation s’est nettement dégradée début août. Avant la parution des conclusions sur l’état des lieux conduit hier, des dégâts avaient déjà été recensés en divers endroits, en particulier là « où se trouvent des combustibles frais et usés », selon M. Grossi. Cependant, le niveau de radiations est resté stable et l’alimentation électrique externe n’a pas été touchée. « Même s’il n’y a pas eu d’impact direct sur les systèmes de sûreté clés, le bombardement s’en est rapproché dangereusement. Nous parlons de mètres, pas de kilomètres », a déclaré le chef de l’instance onusienne, qui mène des consultations pour mettre en place une zone de protection autour du site. Sans succès pour l’instant.
Risques considérables
Protégées par « des enceintes de confinement plutôt robustes », selon le consultant Tariq Rauf, un ancien responsable de l’AIEA, les six unités de la plus grande centrale d’Europe, de conception soviétique, ont pour l’heure été épargnées. « Mais naturellement, elles n’ont pas été conçues pour résister à une guerre », poursuit l’expert. À noter que les réacteurs du site, qui produisaient avant la guerre environ un cinquième de l’électricité ukrainienne, ont tous été mis à l’arrêt. En cas d’accident, « les conséquences seront donc moins graves (qu’à Fukushima en 2011) : la quantité d’iode sera d’autant plus faible que l’unité est stoppée depuis longtemps », rassure Karine Herviou, directrice générale de l’Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).
Mais l’autre risque est celui d’une coupure de courant prolongée, car il faut faire tourner les pompes pour refroidir constamment le combustible des cœurs des réacteurs ainsi que celui placé dans les piscines d’entreposage. Or, les lignes du courant ont été endommagées à plusieurs reprises par des bombardements. Si d’autres lignes peuvent les compenser via une centrale thermique voisine, elles sont toutefois elles aussi régulièrement affectées. L’opérateur a déjà dû avoir recours temporairement à des groupes électrogènes, au nombre de 20 dans la centrale, qui dispose également de stocks de carburant lui permettant de fonctionner une quinzaine de jours avant qu’un ravitaillement ne s’impose.
Gérée par l’opérateur ukrainien Energoatom, la centrale est occupée par les Russes qui l’ont officiellement annexée début octobre et y disposent de soldats et véhicules. Le centre de crise a également été accaparé par les forces russes. « Cet élément nous interroge sur la capacité à faire face à une situation accidentelle grave », s’inquiète Karine Herviou. Le cas échéant, « ce lieu est indispensable pour que les équipes ukrainiennes puissent suivre l’état des installations, prendre les mesures qui s’imposent pour limiter les conséquences de l’accident, demander des renforts externes, alerter les populations ». Les employés ukrainiens vivent par ailleurs dans un « stress constant », pointe l’AIEA. Le patron d’Energoatom Petro Kotine avait dénoncé en septembre des exactions perpétrées par les Russes sur le personnel, évoquant des tortures, meurtres et enlèvements. Moscou les a systématiquement démenties.
Destructions d’infrastructures
Volodymyr Zelensky a par ailleurs demandé à l’Union européenne de prendre de nouvelles sanctions contre Moscou en raison d’une « politique de génocide », les forces russes bombardant des infrastructures civiles essentielles. Si la Russie nie avoir délibérément ciblé des civils en Ukraine, elle reconnaît avoir mené une campagne de frappes contre des infrastructures, notamment énergétiques. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a ainsi prévenu hier que l’hiver menacera la vie de millions d’Ukrainiens. « Pour faire simple, cet hiver sera une question de survie », a déclaré Hans Kluge, le directeur régional de l’OMS pour l’Europe.
Sur fond de « menaces » persistantes sur la centrale de Zaporijjia et d’un « contexte qui continue d’être très difficile », le président français Emmanuel Macron s’est entretenu hier avec son homologue ukrainien. « À chaque victoire militaire de l’Ukraine, la reconquête de la région de Kharkiv comme la reprise de Kherson, la Russie réagit par de nouveaux bombardements des infrastructures essentielles de l’Ukraine », a-t-il déploré lors d’un discours à Paris à la conférence internationale de soutien à la Moldavie, victime collatérale de l’invasion russe de l’Ukraine.
Source : agences


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