L’Égyptienne Rehab el-Sadek a installé à la COP27 en plein désert du Sinaï une tente, à l’image de celles des bédouins de Charm el-Cheikh. photo Mohammad Abed/AFP
« Servez-vous de nous ! » : à la COP27, l’art et l’écologie se rejoignent, comme ailleurs dans le monde où se multiplient actions de militants dans des grands musées ou performances d’artistes pour sensibiliser à l’urgence climatique.
Sur le modèle des opérations coup-de-poing menées récemment avec purée, colle ou sauce tomate sur des toiles de maîtres par des militants pour alerter l’opinion, l’artiste libano-égyptienne Bahia Chehab a voulu plonger les participants à la COP27 en Égypte dans « l’enfer » du réchauffement climatique.
Pour son installation Paradis et enfer dans l’anthropocène, elle souhaitait pirater les commandes du chauffage de l’énorme complexe des négociations géré par l’ONU à Charm el-Cheikh pour faire augmenter la température lors des réunions des responsables.
Car, raconte-t-elle, une étude a récemment démontré que « les gens qui se trouvent dans un endroit plus chaud sont plus susceptibles de croire au changement climatique ».
Mais en raison de strictes mesures sécuritaires, cette résidente du Caire, qui a effectué ses études à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), s’est rabattue sur un autre concept, « le paradis et l’enfer » : une salle surchauffée à 45 °C, symbolisant la damnation, et une autre climatisée, représentant l’éden.
« Les artistes peuvent enrichir la discussion, ils sont des ponts », plaide-t-elle.
Une vue de l’installation « Heaven & Hell in the Anthropocene », de Bahia Chehab à Charm el-Cheikh. photo Mohammad Abed/AFP
Caisse de résonance
Les artistes peuvent aider l’humanité à s’adapter au changement climatique, abonde Marguerite Courtel, experte sur la transition environnementale du secteur culturel.
« Les artistes ont un message à porter sur la transition, sur la question des imaginaires et des récits qui vont l’accompagner », dit-elle.
Déjà, Chehab semble avoir fait au moins une convertie. « Une jeune fille est sortie de l’“enfer” en disant : “Je ne jetterai plus jamais de déchets par terre” », rapporte-t-elle.
« Pour moi, l’esthétique compte moins que les questions posées » par une œuvre, poursuit-elle.
Mardi à Vienne, dans une nouvelle action choc, des militants écologistes ont aspergé le célèbre tableau Mort et vie de l’Autrichien Gustav Klimt d’un liquide noir.
Ces dernières semaines, d’autres militants ont collé leurs mains sur une peinture de Goya à Madrid ou sur la célèbre sérigraphie Campbell’s Soup d’Andy Warhol exposée en Australie, projeté de la soupe à la tomate sur les Tournesols de Van Gogh à Londres et étalé de la purée de pommes de terre sur un chef-d’œuvre de Claude Monet à Potsdam, près de Berlin.
Si les peintures sont restées indemnes, l’incident des Tournesols a entraîné des dégâts légers sur le cadre de la toile.
« C’est intéressant car cela montre que le musée est une caisse de résonance pour les enjeux contemporains », analyse Mme Courtel.
« Ceux qui s’insurgent contre ces actions devraient s’insurger contre de grands groupes comme Total qui continuent à polluer », dit-elle.
L’artiste Shilo Shiv Suleman met les touches finales à sa murale « Fearless » au pavillon des jeunes en marge de la COP27. Fayez Nureldine/AFP
Œuvres écoresponsables
Si les militants du climat se sont invités dans les musées, l’art, lui, s’invite à la COP27.
L’Indienne Shilo Shiv Suleman a recouvert un mur entier du complexe à Charm el-Cheikh de couleurs pour adresser un message « aux dirigeants du monde qui considèrent la planète comme un produit ».
Avec le Fearless Collective, elle a peint une large fresque représentant la jungle et des animaux pour « rappeler qu’il faut revenir à la source : les montagnes, les étoiles et les rivières, et un mode de vie en harmonie avec la nature ».
L’Égyptienne Rehab el-Sadek, elle, a installé à la COP27 en plein désert du Sinaï une tente, à l’image de celles des bédouins de Charm el-Cheikh.
Couverte de messages écologiques en anglais, en espagnol et en arabe collectés auprès de populations autochtones, cette « construction universelle établit un lien entre la population locale et les visiteurs du monde entier », explique-t-elle.
Car, renchérit Mme Courtel, l’art ne doit pas qu’alerter. Il doit lui aussi se mettre aux circuits courts et autres techniques pour ne pas accélérer le dérèglement climatique.
Déjà, des musées ont pris leurs distances avec les entreprises d’hydrocarbures, autrefois grands mécènes.
Mais « une des questions qui se posent c’est l’écoresponsabilité des œuvres, est ce qu’elles sont écoproduites? » ajoute Mme Courtel, citant un exemple tristement célèbre.
En 2015, à la COP21, l’artiste Olafur Eliasson avait formé une énorme « horloge » symbolisant l’urgence de la lutte contre le réchauffement.
Le problème ? Son bilan carbone peu reluisant car chaque heure était représentée par douze énormes blocs de glace transportés du Groenland à Paris en container réfrigéré, par bateau puis par camion.
Sofiane ALSAAR/AFP


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