Une femme embrasse un soldat ukrainien alors que les résidents locaux se rassemblent pour célébrer la libération de la ville du sud de Kherson, le 13 novembre 2022, après des mois d’occupation russe. Photo AFP
De nombreux habitants se plaignent que les forces russes, qui ont achevé d’évacuer la ville vendredi dernier après huit mois de présence, y ont semé la désolation. Le spectacle qui s’offre à Kherson est triste : des véhicules militaires détruits, des bâtiments mutilés, une odeur de bois brûlé qui plane dans ce port stratégique de la mer Noire, où la guerre faisait rage il y a encore quelques jours. Malgré la libération, l’heure n’était pas aux scènes de liesse hier, la population exprimant plutôt un grand soulagement de voir l’occupant parti. Les Russes « ont tout pris avec eux. Ils ont dévalisé les magasins », dit une vendeuse de 30 ans, Viktoria Dybovska. Alors que des queues s’étirent devant des postes de distribution de nourriture et d’aide d’urgence, de nombreux adultes et enfants se déplacent dans les rues, enveloppés dans des drapeaux ukrainiens bleu et jaune.
« Ils ont coupé (l’électricité) il y a trois ou quatre jours, juste au moment où ils commençaient à partir. Ils se sont tout bonnement volatilisés en une nuit », ajoute Antonina Vyssotchenko, 29 ans. « Dieu les punira tous pour tout ce qu’ils ont fait », lance quant à elle Svitlana Vilna, 47 ans. Sur Facebook, Oleksandr Todortchouk, fondateur de UAnimals, un mouvement pour les droits des animaux, affirme que les occupants sont partis en emmenant avec eux « la plupart des animaux du zoo en Crimée (territoire ukrainien annexé par Moscou en 2014), des lamas aux loups en passant par les écureuils ».
Certains sont réunis sur la place principale de la ville, en vue de communiquer avec leurs proches via le service internet par satellite Starlink, propriété d’Elon Musk, le patron de Tesla et Twitter. « J’ai besoin de reprendre contact avec ma famille, explique Klavdia Mych, une enseignante à la retraite âgée de 69 ans. Nous n’avons pas d’eau depuis une semaine, ajoute-t-elle. Et ils disent que tout est miné : ça fait peur. » Après le départ des forces russes, les entreprises de services publics de Kherson s’efforcent de restaurer les infrastructures essentielles endommagées et minées. Le gouverneur de la région de Kherson, Yaroslav Yanouchevytch, a déclaré que les autorités avaient décidé de maintenir un couvre-feu de 17 heures à 8 heures et d’interdire aux gens de quitter ou d’entrer dans la ville par mesure de sécurité. Le directeur des chemins de fer ukrainiens a précisé que les services ferroviaires vers Kherson devraient reprendre cette semaine.
Après les revers militaires successifs de l’armée russe depuis l’été, le retrait russe de Kherson est une humiliation d’autant plus grande pour le Kremlin que la région de cette grande ville est l’une des quatre annexées par la Russie en violation du droit international à la suite de son invasion de l’Ukraine, le 24 février.
Fous de joie
Il s’agit du troisième repli d’ampleur russe depuis le début de la guerre, la Russie ayant renoncé au printemps à prendre Kiev face à la résistance acharnée des Ukrainiens, avant d’être chassée de la quasi-totalité de la région de Kharkiv (Nord-Est) en septembre. « Nous sommes tous fous de joie », avait déclaré samedi soir le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a aussi fait état d’importantes destructions dans la région.
« Avant de fuir Kherson, les occupants ont détruit toutes les infrastructures essentielles : communication, fourniture d’eau, de chauffage, électricité », a-t-il ajouté, précisant que 2 000 engins explosifs avaient été neutralisés. Selon lui, les forces armées ukrainiennes ont repris le contrôle de près de 60 localités dans la région de Kherson, qui avait été la première grande ville à tomber après l’invasion russe.
Samedi, à Pravdyné, l’un de ces villages libérés, les habitants de retour ont serré leurs voisins dans les bras, certains ne pouvant retenir leurs larmes.
« Nous avons compris que les Russes étaient partis parce que nos soldats passaient en voiture. J’ai eu des larmes de bonheur, que finalement l’Ukraine soit libérée », dit Svitlana Galak, une femme de 43 ans qui a perdu sa fille de 15 ans dans un bombardement sur le village. Son mari, Viktor, âgé de 44 ans, ne veut plus entendre parler des Russes : « Nous ne voulons pas qu’ils reviennent et tirent sur tout le monde. Laissez-nous vivre comme avant. »
Ordre d’évacuation
Après huit mois d’occupation par les forces russes, les programmes de la télévision nationale sont à nouveau visibles à Kherson. Quelque 200 policiers ont été déployés à Kherson pour ériger des barrages et documenter « les crimes des occupants russes », a annoncé samedi le chef de la police nationale, Igor Klymenko. Il a alerté les habitants de la ville sur la présence d’engins explosifs laissés par les forces russes, les appelant à « se déplacer avec précaution ».
Après l’évacuation de Kherson, sur la rive occidentale du Dniepr, un ordre d’évacuation vers la région russe de Krasnodar, près de la Crimée, a été lancé par les autorités locales prorusses samedi soir à l’attention de leurs employés du district de Kakhovka, sur la rive orientale du fleuve. Hier, l’armée russe a continué de bâtir des défenses sur la rive gauche du Dniepr où elle s’est retranchée, selon l’armée ukrainienne. Dans la nuit, les forces russes ont tiré des missiles S-300 sur la rive droite sans faire des dommages, selon la même source.
Sources : agences


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