L’ancien Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, en campagne, le 28 octobre 2022, à Tel-Aviv. Gil Cohen-Magen/AFP
Sauver son pays est la mission de sa vie. Adoré ou abhorré, celui qu’on surnomme « Bibi » fait l’unanimité sur un point : son énergie infatigable au service d’une volonté intacte de gouverner. Pour cette cinquième campagne législative en moins de quatre ans, l’homme de 73 ans parcourt le pays avec la « Bibimobile », camion entièrement vitré et ultrasécurisé librement inspiré du véhicule du pape. Si Benjamin Netanyahu a livré ses dernières batailles électorales avec la casquette de Premier ministre, il monte cette fois sur le ring en tant que leader de l’opposition face au chef du gouvernement sortant, Yaïr Lapid.
Les derniers sondages placent encore et toujours le Likoud de l’ancien Premier ministre en pole position avec un peu plus d’une trentaine de sièges sur les 120 de la Knesset, devant la formation Yesh Atid (« Il y a un futur ») de Yaïr Lapid, qui progresse au point d’être créditée de 24 à 27 sièges. Suivent ensuite une dizaine de partis dont les résultats seront cruciaux pour la formation d’un gouvernement, notamment pour Benjamin Netanyahu, qui entend réunir 61 sièges, seuil de la majorité, avec l’appui des formations ultraorthodoxes et de l’extrême droite. Lors des élections de 2021, l’alliance d’extrême droite de Bezalel Smotrich et d’Itamar Ben Gvir avait récolté six sièges. Mais elle est désormais créditée d’environ 14 députés selon les sondages, plaçant ainsi le « sionisme religieux » en troisième place de l’échiquier politique.
En réunissant ces voix, l’ancien chef de gouvernement flirte avec le seuil de la majorité sans toutefois l’atteindre ou la dépasser, notent les baromètres commandés par les médias israéliens. « Il fera tout ce qui est possible pour former une coalition, même les choses les plus folles, laisse entendre Aviv Bushinsky, son ancien porte-parole et fin connaisseur du Likoud. Il pense avoir reçu une mission de Dieu pour sauver le pays. »
Coalitions fragiles
Face à lui, l’ex-journaliste vedette Yaïr Lapid avait rassemblé l’an dernier un ensemble hétéroclite de partis lui étant hostiles, chassant ainsi du pouvoir le Premier ministre le plus pérenne de l’histoire d’Israël, qui a dirigé les gouvernements entre 1996 et 1999 et entre 2009 et 2021. Aujourd’hui, cette coalition bigarrée reste à cinq ou six sièges du seuil de la majorité et devra ratisser encore plus large si elle veut rester au pouvoir. « Lapid sait qu’il ne peut pas atteindre directement 61 députés, alors son but est que Netanyahu n’y arrive pas de son côté avec ses alliés », confie l’un de ses proches.
« Lapid dit être le seul à pouvoir réunir le vote anti-Netanyahu. Son but est d’accroître le soutien à son parti, mais il doit s’assurer aussi que ses partenaires éventuels atteignent le seuil d’éligibilité », note Gayil Talshir, professeur de sciences politiques à l’Université hébraïque de Jérusalem. Dans le système proportionnel en vigueur en Israël, les partis doivent obtenir un minimum de 3,25% des suffrages pour faire élire des députés (soit un minimum de quatre élus). Or plusieurs partis oscillent autour de ce seuil. Leur capacité à l’atteindre ou à le dépasser est intimement liée au taux de participation à ce nouveau cycle électoral.
En dépit d’une « fatigue absolue » des électeurs, l’analyste politique Dahlia Scheindlin s’attend à une participation encore élevée au scrutin de mardi, qui pourrait sceller le sort politique de Benjamin Netanyahu et de son projet de gouverner avec l’extrême droite. Si les électeurs « n’ont pas changé de manière significative au cours des derniers cycles électoraux », le jeu des alliances pourrait, lui, fonctionner différemment, selon le résultat de chacun, affirme l’analyste. Pour ces élections, les partis arabes, plus hostiles à l’égard de l’ancien Premier ministre, se présentent en ordre dispersé, en trois blocs, d’où le risque que certains d’entre eux ne franchissent pas le seuil d’éligibilité. « Il est clair que les partis arabes traversent une crise interne », explique Mansour Abbas, chef de la formation Raam qui était devenue l’an dernier la première formation arabe de l’histoire d’Israël à soutenir la coalition sortante de Yaïr Lapid.
S’il parvenait à réunir une majorité de 61 sièges, Benjamin Netanyahu pourrait tenter de se faire voter une immunité par le Parlement, sachant qu’il est inculpé pour corruption dans une série d’affaires – allégations qu’il nie en bloc. Sinon, il « pourrait négocier une peine avec la justice », note Gayil Talshir. Bien qu’il puisse compter sur un vivier inébranlable de supporteurs, si le Likoud fait moins bien que prévu par les sondages, sa base électorale pourrait finir par se fissurer, estime Aviv Bushinsky. « Et avec la publication de ses Mémoires (deux semaines avant le scrutin), c’est comme s’il préparait le terrain pour son départ », suggère Gayil Talshir.
Source : AFP

