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Monde - Conflit

Nouvelles tensions UE-Russie sur le gaz

Kiev prévient : une catastrophe à Zaporijjia aurait des conséquences au-delà de l’Ukraine.

Nouvelles tensions UE-Russie sur le gaz

Une vue générale de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, prise le 1er septembre 2022. IAEA/AFP

La tension est encore montée mercredi entre Moscou et l’UE sur les livraisons de gaz russe, Kiev prévenant de son côté qu’une catastrophe à la centrale de Zaporijjia pourrait avoir des conséquences au-delà de l’Ukraine.

Tout en se défendant d’utiliser l’énergie comme une « arme », Vladimir Poutine a menacé de cesser toute livraison d’hydrocarbures en cas de plafonnement des prix, un projet relancé le même jour par Bruxelles. Plafonner les prix des hydrocarbures russes serait « une bêtise », a-t-il lancé lors d’un forum économique à Vladivostok (Extrême-Orient russe). « Nous ne livrerons rien du tout si c’est contraire à nos intérêts, en l’occurrence économiques. Ni gaz, ni pétrole, ni charbon (...). Rien », a ajouté le président russe.

Mais quelques instants plus tard, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen relançait l’idée d’un tel plafonnement, dans le cadre de mesures pour alléger la facture énergétique des Européens. Pour Bruxelles, cela permettrait aussi de « réduire les revenus » utilisés par le pouvoir russe pour « financer cette guerre atroce contre l’Ukraine ». « Au début de la guerre, le gaz russe par gazoduc représentait 40 % de tout le gaz importé (par l’UE). Aujourd’hui, il n’en représente que 9 % », a également souligné Mme von der Leyen.

Kiev a dénoncé une « propagande de la Russie qui bat son plein en menaçant l’Europe d’un hiver glacial ». « Poutine s’avance vers la deuxième étape d’une guerre hybride, en menaçant la stabilité des foyers européens », a déclaré le porte-parole de la diplomatie ukrainienne Oleg Nikolenko. « Ne vous y trompez pas, les coupures de gaz par la Russie n’ont rien à voir avec les sanctions. C’est planifié à l’avance », a-t-il ajouté.

Les griefs de M. Poutine ne se sont pas limités aux hydrocarbures, le chef du Kremlin s’en prenant à la « fièvre de sanctions » occidentales, qui ne parviendront pas, selon lui, à « isoler la Russie ». Le « pic » des difficultés liées à ces sanctions est « passé », a-t-il notamment assuré.

M. Poutine a insisté sur le renforcement des liens avec l’Asie, la Chine en particulier, face à « l’agression technologique, financière et économique de l’Occident ». Le président turc Recep Tayyip Erdogan, en visite à Belgrade, a abondé dans son sens, en accusant les Occidentaux de « provocation » envers Moscou.

Catastrophe humanitaire

À Berlin, le chancelier Olaf Scholz, dont le pays est très dépendant au gaz russe, a affirmé que l’Allemagne allait passer l’hiver « avec courage et bravoure » malgré les risques de pénuries.

M. Poutine a par ailleurs retourné contre les Occidentaux les accusations selon lesquelles le conflit en Ukraine et ses conséquences agricoles permettaient à Moscou de faire pression sur les pays en développement dépendant du blé ukrainien. Selon lui, l’immense majorité des céréales ukrainiennes, dont les exportations viennent de reprendre, vont vers les pays européens et non pas vers les pays pauvres, ce qui pose un risque de « catastrophe humanitaire ».

Les craintes autour de la centrale nucléaire de Zaporijjia, occupée depuis six mois par les forces russes, continuent par ailleurs de rester vives.

Un accident nucléaire aurait « des conséquences non seulement pour l’Ukraine mais aussi, clairement, des conséquences au-delà des frontières », a averti Oleg Korikov, responsable de l’agence ukrainienne de sécurité nucléaire. Plus grande centrale nucléaire d’Europe, Zaporijjia subit des bombardements dont Kiev et Moscou s’accusent mutuellement. Dans un rapport publié mardi après une visite, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a souhaité la mise en place d’une « zone de sécurité » autour du site, dont la situation est devenue « intenable ». Le chef de l’opérateur public ukrainien Energoatom, Petro Kotine, a souhaité pour sa part mercredi que cette centrale soit placée sous la protection d’un « contingent de maintien de la paix ». Mais le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a réclamé des « clarifications » à l’AIEA sur ce rapport, et M. Poutine a démenti des affirmations de l’agence sur la présence d’équipements militaires sur le site.

Près de la ligne de front, des civils ukrainiens se préparent d’ores et déjà à un hiver rendu encore plus rude par la prolongation des combats et le manque de gaz pour se chauffer. « Nous allons nous regrouper pour nous réchauffer (...) et advienne que pourra », philosophe Oleksandre Matviïevski, un habitant de Kramatorsk, à 25 km du front, tronçonneuse à la main. D’autres font la sourde oreille aux appels pressants des autorités à évacuer la région. « On va tous mourir ici ensemble. Une tombe pour tous. Mais on est forts, on tient bon », assène Olga, 60 ans, qui n’a pas souhaité donner son nom.

À Bruxelles, Ursula von der Leyen a aussi proposé que l’UE verse une aide financière de 5 milliards d’euros pour aider l’Ukraine, seconde tranche d’un paquet maximum de 9 milliards pour 2022. Cette aide devra encore être approuvée par les 27 pays membres de l’UE, qui ont prévu d’en discuter vendredi lors d’une réunion des ministres des Finances à Prague. Les 27 avaient approuvé le 12 juillet une première aide d’un milliard d’euros, dans le cadre de cette assistance macrofinancière. Cette somme a été déboursée début août. Les États membres sont divisés sur les modalités de financement de cette aide, ce qui retarde le processus. Kiev a besoin de cinq milliards de dollars par mois pour continuer à faire fonctionner l’économie du pays, avait déclaré en mai le ministre ukrainien des Finances Serguiï Martchenko. Les neuf milliards d’euros de l’UE s’inscrivent dans un effort international plus large, porté notamment par les États-Unis et les autres pays du G7 et totalisant 39 milliards, a expliqué à des journalistes un diplomate européen. Cette somme risque de s’avérer insuffisante, car elle avait été calculée en faisant l’hypothèse que l’opération militaire déclenchée par la Russie en Ukraine prendrait fin au mois d’août, a expliqué ce diplomate.

Proposition de référendums

Sur un autre plan, le parti de Vladimir Poutine, Russie unie, a proposé mercredi d’organiser le 4 novembre des référendums dans les territoires ukrainiens occupés par les forces russes pour les rattacher à la Russie. « Donetsk, Lougansk et de nombreuses autres villes russes vont enfin retrouver leur port d’attache. Et le monde russe, aujourd’hui divisé par des frontières formelles, retrouvera son intégrité », a déclaré, selon le parti, le secrétaire du conseil général de Russie unie, Andreï Tourtchak, alors que la Russie célèbre le 4 novembre la Journée de l’unité nationale.

Sur le terrain, l’état-major de l’armée ukrainienne a revendiqué mercredi une série de bombardements récents contre des bases aériennes russes en Crimée, notamment celle de Saki, en partie détruite le mois dernier. Dans un article rédigé avec le député Mykhaïlo Zabrodskyi et diffusé par l’agence de presse publique Ukrinform, le chef d’état-major de l’armée ukrainienne, Valeri Zaloujny, écrit que ces frappes ont été menées à l’aide de roquettes ou de missiles, sans plus de précisions. L’Ukraine s’était jusqu’à présent contentée de laisser entendre qu’elle était impliquée dans ces bombardements en Crimée, péninsule annexée par la Russie en 2014, et un responsable ukrainien avait déclaré sous le sceau de l’anonymat à Reuters que les explosions sur les bases russes étaient l’œuvre de saboteurs ukrainiens sur place. Valeri Zaloujny et Mykhaïlo Zabrodskyi écrivent que leur article porte sur « les efforts couronnés de succès des forces armées ukrainiennes pour transférer physiquement les hostilités en (...) Crimée ». « Nous parlons d’une série de tirs de roquettes réussis contre les bases aériennes ennemies en Crimée, en premier lieu l’aérodrome de Saki », est-il écrit. Une note de bas de page précise que l’attaque contre Saki était une « frappe combinée » survenue le 9 août et ayant mis « hors de combat » 10 avions militaires russes.

Sources : agences

La tension est encore montée mercredi entre Moscou et l’UE sur les livraisons de gaz russe, Kiev prévenant de son côté qu’une catastrophe à la centrale de Zaporijjia pourrait avoir des conséquences au-delà de l’Ukraine.Tout en se défendant d’utiliser l’énergie comme une « arme », Vladimir Poutine a menacé de cesser toute livraison d’hydrocarbures en cas de plafonnement des prix, un projet relancé le même jour par Bruxelles. Plafonner les prix des hydrocarbures russes serait « une bêtise », a-t-il lancé lors d’un forum économique à Vladivostok (Extrême-Orient russe). « Nous ne livrerons rien du tout si c’est contraire à nos intérêts, en l’occurrence économiques. Ni gaz, ni pétrole, ni charbon (...). Rien », a ajouté le président russe.Mais quelques instants plus...
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