Un membre de la mission de l’AIEA à l’intérieur de la centrale nucléaire de Zaporijjia, le 2 septembre courant. Photo Reuters
L’« intégrité physique » de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia occupée par les Russes « a été violée à plusieurs reprises », a dénoncé, après l’avoir inspectée, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, tandis que le président Volodymyr Zelensky reprochait à l’AIEA d’avoir occulté la question de la « démilitarisation » de ce site.
« Nous n’avons pas d’éléments pour évaluer cela », mais « c’est quelque chose qui ne peut pas continuer à se produire », a ajouté Rafael Grossi, qui est aussi à la tête d’une mission d’experts dont, a-t-il souligné, plusieurs demeureront jusqu’à « dimanche ou lundi » sur place. « Nous avons beaucoup de travail ici », dans ces installations que les Russes et les Ukrainiens s’accusent mutuellement d’avoir bombardées à de nombreuses reprises, faisant craindre une catastrophe nucléaire, a-t-il encore dit devant des médias à Novooleksandrivka, une localité de la région de Zaporijjia contrôlée par Kiev, à son retour de la centrale, la plus grande d’Europe. Selon l’agence de presse russe Interfax, quatre des neuf véhicules composant le convoi par lequel l’équipe de l’AIEA était arrivée jeudi après-midi à la centrale étaient repartis en début de soirée. L’Agence internationale de l’énergie atomique compte aussi ensuite « établir une présence continue » à cet endroit, a répété son patron. « Nous avons pu visiter tout le site. J’étais dans les unités (de réacteurs, NDLR), j’ai vu le système d’urgence et d’autres pièces, les salles de contrôle », a-t-il énuméré, tout en louant le personnel ukrainien toujours présent à la centrale tombée en mars aux mains des soldats russes.
Démilitariser la zone
Dans son message quotidien du soir, le chef de l’État ukrainien a néanmoins estimé que l’AIEA aurait dû aller plus loin et insister sur la nécessité, selon lui, de « démilitariser » cette zone. « La principale chose qui devrait se produire est la démilitarisation du territoire de la centrale (...) Et il est regrettable que nous n’ayons pas encore entendu les messages appropriés de l’AIEA », a ainsi lâché M. Zelensky. Et ce « bien que nous en ayons parlé avec M. Grossi pendant notre réunion (mardi) à Kiev. C’était la clé, la clé ! Le point de sécurité de nos accords : la démilitarisation et le contrôle total par nos travailleurs du nucléaire » de ce complexe, a-t-il martelé.
Il est « très positif » que des experts de l’AIEA aient pu inspecter jeudi la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, même s’il est « trop tôt » pour évaluer ses conclusions, a jugé pour sa part vendredi le Kremlin.
Dans la capitale ukrainienne, le directeur général du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a de son côté appelé à interrompre toutes les opérations militaires autour de ces installations, prévenant qu’une attaque serait « catastrophique ». « La moindre erreur de calcul pourrait provoquer des ravages que nous regretterions pendant des décennies », a mis en garde Robert Mardini.
Un des deux réacteurs en fonctionnement de la centrale a à cet égard été arrêté en raison de frappes russes, a regretté jeudi l’opérateur ukrainien Energoatom.
Hier, l’Ukraine a indiqué avoir frappé une base russe à Energodar, ville où se trouve la centrale nucléaire de Zaporijjia. « Dans les localités de Kherson et d’Energodar, des frappes précises de nos troupes ont détruit trois systèmes d’artillerie de l’ennemi, ainsi qu’un dépôt de munitions », tuant nombre de militaires russes, a indiqué l’armée ukrainienne dans son rapport du soir.
L’armée ukrainienne a par ailleurs affirmé que les forces russes avaient évacué « tout leur équipement militaire depuis le site de la centrale » avant l’arrivée de la mission de l’AIEA.
Jeudi, les autorités ukrainiennes ont assuré que la Russie effectuait des tirs d’artillerie sur Energodar et sur la route que devaient emprunter les inspecteurs de l’AIEA pour s’y rendre. De leur côté, les Russes ont affirmé que les Ukrainiens y avaient envoyé « deux groupes de saboteurs » dans la nuit. Les commandos « ont débarqué à bord de sept embarcations (...) à trois kilomètres au nord-est de la centrale nucléaire de Zaporijjia et ont tenté de la prendre », selon le ministère russe de la Défense. Il a précisé que l’armée russe avait pris « des mesures pour anéantir l’ennemi, en faisant notamment usage de l’aviation ». La centrale est située le long du Dniepr, un fleuve dont la rive gauche est occupée, dans ce secteur, par les Russes. Ces déclarations étaient invérifiables de source indépendante.
Par ailleurs, l’état-major de l’armée ukrainienne a mentionné des « bombardements massifs » dans les environs de Kharkiv, la deuxième ville d’Ukraine, située dans le Nord-Est, de Zaporijjia, dans le Sud, ainsi que de Kramatorsk, Bakhmout et Sloviansk, dans l’Est.
Ile n’a, en revanche, fourni aucune information sur la contre-offensive ukrainienne déclenchée lundi dans certaines zones méridionales, en particulier autour de Kherson, l’une des rares grandes cités conquises par la Russie. L’armée russe avait assuré mercredi y avoir repoussé les deux jours précédents les attaques des Ukrainiens, leur infligeant de lourdes pertes.
Dans un rapport paru jeudi, l’ONG Human Rights Watch a affirmé que les troupes russes transféraient de force des civils ukrainiens, y compris ceux fuyant les hostilités, vers des régions sous leur contrôle, depuis le début de l’invasion.
Nord Stream à l’arrêt
Sur un autre plan, le géant russe Gazprom a annoncé vendredi que le gazoduc Nord Stream, vital pour les livraisons en Europe, sera « complètement » à l’arrêt jusqu’à la réparation d’une turbine, alors qu’il devait reprendre du service samedi après une opération de maintenance. Dans un communiqué, Gazprom a indiqué avoir découvert des « fuites d’huile » dans la turbine lors de cette opération de maintenance. « Jusqu’à la réparation (...) le transport du gaz via Nord Stream est complètement suspendu », a indiqué le groupe. La Russie devait reprendre samedi ses livraisons de gaz via le pipeline Nord Stream après une nouvelle interruption de trois jours qui a mis à rude épreuve les nerfs des Européens, engagés dans une course contre la montre pour éviter une crise énergétique cet hiver.
Vendredi, Gazprom a assuré avoir découvert ces problèmes techniques lors d’un contrôle technique effectué avec des représentants du groupe allemand Siemens, qui a fabriqué la turbine. Plus tôt dans la journée, le Kremlin avait affirmé que le fonctionnement du gazoduc Nord Stream était « menacé » par une pénurie de pièces de rechange en raison des sanctions visant Moscou pour son offensive en Ukraine.
Depuis le début de l’intervention militaire du Kremlin en Ukraine, fin février, Moscou a fortement réduit ses livraisons de gaz aux Européens, en réaction à des sanctions occidentales massives. Les Européens, très dépendants du gaz russe, accusent le Kremlin de s’en servir comme d’un moyen de pression, ce que nie Moscou, qui évoque des problèmes techniques suscités par les sanctions ou des retards de paiement.
Source : AFP


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