Serena Williams lors de l’US Open 2014. Elle avait annoncé début août que le « compte à rebours » de sa retraite avait commencé, certes sans préciser ni quand ni où elle tirerait sa révérence. Mais, sans attendre, le public new-yorkais s’est arraché les places pour l’US Open qui débute aujourd’hui. Al Bello/Getty Images North America/AFP
Au bout d’une exceptionnelle carrière de 27 ans, jalonnée de 23 titres du Grand Chelem, Serena Williams, devenue l’une des plus grandes joueuses de l’histoire du tennis, s’apprête à tirer sa révérence à l’US Open, théâtre de ses premiers exploits et qui débute aujourd’hui.
Pour la première fois dans l’histoire du Majeur new-yorkais, le paroxysme de cette 138e édition ne constituera vraisemblablement pas les finales, mais un match du premier tour. Car il pourrait bien être le dernier disputé par l’immense championne, devenue icône bien au-delà des courts, aujourd’hui à Flushing Meadows face à la joueuse monténégrine Danka Kovinic (80e mondiale). Et sur le Central new-yorkais, la Monténégrine commettra-t-elle un crime de lèse-majesté ? Mais quel que soit le résultat de ce match du tournoi de simple, l’Américaine âgée de 40 ans (elle fêtera son 41e anniversaire le 26 septembre prochain) ne quittera pas encore définitivement les courts de Flushing Meadows puisque ayant reçu une invitation, elle disputera le tournoi de double au côté de sa sœur aînée Venus (42 ans) qui, elle, n’a pas encore annoncé une prochaine retraite. Ensemble, elles ont remporté 14 titres du Grand Chelem, dont deux fois l’US Open.
Serena Williams avait annoncé début août que le « compte à rebours » de sa retraite avait commencé, certes sans préciser ni quand ni où elle tirerait sa révérence. Sans attendre, le public new-yorkais s’est arraché les places pour l’US Open, les trois premières soirées affichant complet. Des billets qui se revendent au prix fort, leur valeur ayant augmenté de 34 % sur les sites dédiés. « Il arrive un moment dans la vie où nous devons décider de prendre une autre direction. Ce moment est toujours difficile lorsque vous aimez tellement quelque chose », avait-elle confié au magazine Vogue, promettant de « savourer ces quelques semaines à venir ». Y est-elle parvenue, en tapant ses quelques dernières balles ? Pas sûr.
Le fantasme des fans
Six semaines après sa rentrée manquée à Wimbledon, où la Française Harmony Tan a gâché d’entrée son retour après presque un an d’absence, Serena Williams a été sortie au 2e tour à Toronto, par la Suissesse Belinda Bencic. Idem dès son entrée en lice à Cincinnati, balayée par la Britannique Emma Raducanu – tenante du titre à l’US Open. Si elle n’a pu retenir quelques larmes d’émotion pour dire adieu au Canada, Serena a quitté l’Ohio sans un mot. Car même si la dure réalité s’impose, elle ne se fera jamais à l’idée de perdre.
Serena sait qu’elle a peu de chances de remporter un 24e Majeur, qui égalerait enfin ce record de Margaret Court après lequel elle court depuis 2017 et sa victoire à l’Open d’Australie, alors enceinte de sa fille Olympia. « C’est le fantasme des fans. Je comprends cela », a-t-elle convenu. Mais finir là où tout a commencé en 1999, quand elle s’offrit à 17 ans son premier Grand Chelem, et si possible dignement, voilà son ultime défi. À ce titre, l’émotion promet donc d’être à son comble aujourd’hui à Flushing Meadows, où elle fut si souvent « Sérénissime » – en témoignent ses six sacres, auxquels s’ajoutent sept à l’Open d’Australie, sept à Wimbledon et trois à Roland-Garros.
Par ailleurs, la joueuse n° 1 mondiale Iga Swiatek (favorite sur le papier) sera, elle, sous une autre forme de pression. La Polonaise, indomptable au printemps dernier – 37 victoires et six titres d’affilée, dont Roland-Garros –, a perdu de sa superbe cet été, se plaignant notamment des balles à Toronto et Cincinnati, les mêmes qui seront utilisées à l’US Open.
Finale Nadal-Medvedev ?
Côté masculin, en l’absence du Serbe Novak Djokovic, empêché d’entrer aux États-Unis car non vacciné contre le Covid-19, de l’Allemand Alexander Zverev, qui soigne une cheville, et du Suisse Roger Federer, dont le retour sur les terrains est prévu courant septembre, un duel en finale du dernier tournoi du Grand Chelem entre l’Espagnol Rafael Nadal et le Russe Daniil Medvedev se profile.
L’Espagnol, vainqueur à l’Open d’Australie et Roland-Garros, peut faire passer son record de Grands Chelems à 23 sacres, pour creuser l’écart avec Novak Djokovic (21 titres depuis son triomphe à Wimbledon cet été). Mais un programme corsé l’attend, avec possiblement le Russe Aslan Karatsev, l’Argentin Diego Schwartzman, le Britannique Cameron Norrie et le phénomène Carlos Alcaraz, son compatriote, en demi-finales. Le Russe tentera, lui, de conserver son titre et sa place de n° 1 mondial. Sur sa route, les rivaux ne manqueront pas non plus, avec un 8e de finale possible face au volcanique Australien Nick Kyrgios, avant une éventuelle demi-finale contre le Grec Stefanos Tsitsipas, qui vient de le battre à Cincinnati.
Les enjeux sportifs sont toujours forts à l’US Open. Mais, comme le chante Bruce Springsteen, rien ne semble devoir être plus palpitant qu’une New York City Serenade. Même si « Queen Williams » (surnom de Serena) l’a assuré : « Je ne cherche pas de cérémonie, ni de moment final sur le court. Je suis nulle pour les adieux, la pire du monde. »
Nicolas PRATVIEL/AFP

