Un homme passe devant une école détruite par les bombardements russes, à Toretsk, dans la région de Donetsk, le 22 août 2022. Ammar Awad/Reuters
L’Ukraine a reconnu lundi que près de 9 000 de ses soldats avaient été tués depuis le début de l’invasion russe, il y a six mois, tandis que l’UE envisage une mission « d’entraînement » de l’armée ukrainienne face à une « guerre qui dure ».
S’exprimant devant un forum à Kiev, le commandant en chef de l’armée ukrainienne, le général Valery Zaloujny, a déclaré que des enfants ukrainiens avaient besoin d’une attention particulière car leurs pères étaient partis sur le front et « se trouvaient probablement parmi près de 9 000 héros qui avaient été tués ».
Il s’agit d’une des rarissimes déclarations de responsables ukrainiens au sujet de pertes militaires de Kiev dans cette guerre, lancée le 24 février par Moscou et qui a mis l’Ukraine à feu et à sang.
La précédente estimation date de la mi-avril, lorsque le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait évoqué le chiffre de 3 000 militaires ukrainiens tués et environ 10 000 blessés depuis le début de l’offensive russe.
Alors que de nombreux pays européens fournissent de l’équipement militaire à l’Ukraine, l’UE envisage d’organiser une mission « d’entraînement et d’assistance » à l’armée ukrainienne qui se déroulerait dans les pays voisins, a précisé lundi le haut représentant de l’UE pour la politique étrangère, Josep Borrell. La proposition sera discutée la semaine prochaine à Prague lors du Conseil des ministres de la Défense des pays membres de l’UE.
« Une guerre qui dure »
« Une guerre qui dure et qui semble devoir durer nécessite un effort non seulement en terme de fourniture d’équipement, mais aussi d’entraînement et d’assistance à l’organisation de l’armée », a commenté M. Borrell lors d’une conférence de presse en Espagne. « Nous sommes face à une guerre à grande échelle », « une guerre conventionnelle » avec « des moyens extraordinairement importants et des centaines de milliers de soldats », a-t-il expliqué. « Il ne s’agit pas d’une petite guerre », a insisté le haut représentant de l’UE, de nationalité espagnole. « Dix millions d’Ukrainiens ont quitté leur pays, c’est comme si 20 % des Espagnols avaient quitté l’Espagne. »
« On est dans un moment où le front se stabilise. Même si l’armée russe continue de tenter des offensives (limitées), on voit un essoufflement ; Moscou est en position défensive sur une grande partie du front et une partie de son arrière en Ukraine », a déclaré Dimitri Minic, chercheur au Centre Russie/NEI de l’Institut français des relations internationales (IFRI).
Deux avions de l’armée américaine ont survolé lundi plusieurs pays en Europe du Sud-Est, une nouvelle démonstration de force pour souligner « l’engagement » des États-Unis aux côtés des membres de l’OTAN sur fond de guerre en Ukraine, a annoncé pour sa part le commandement américain. Lundi après-midi, les bombardiers du type B-52 Stratofortress basés au Royaume-Uni « effectueront des survols à basse altitude du Sud-Est de l’Europe », avait expliqué plutôt dans la journée l’armée dans un communiqué. Les avions ont d’abord survolé Skopje, capitale de la Macédoine du Nord, observés par plusieurs dizaines de passants. Les B-52 sont ensuite passés en Albanie voisine pour survoler à Tirana la place Skenderbeg. De nombreuses personnes ont observé l’événement. Après l’Albanie, les avions ont longé la côte du Monténégro avant de survoler finalement vers la ville croate Dubrovnik.
Sur le terrain en Ukraine, le ministère de la Défense russe a affirmé lundi que ses troupes avaient tué jusqu’à 100 soldats ukrainiens dans trois différentes localités de la région de Donetsk, 30 dans la région de Zaporojie, ainsi que 50 dans la région de Mykolaïv, dans l’est de l’Ukraine. Des dizaines de véhicules blindés ukrainiens y ont été détruits, ainsi que huit postes de commandement, un lanceur de système de missiles antiaériens Buk-M1 et six dépôts d’armes et de munitions pour roquettes et artillerie, selon le ministère.
Voiture piégée à Moscou
Sur un autre plan, les services de sécurité russes ont accusé lundi l’Ukraine d’avoir tué la fille d’un idéologue réputé proche du Kremlin, morte dans l’explosion de sa voiture près de Moscou. Daria Douguina a été tuée samedi soir dans l’explosion du véhicule qu’elle conduisait sur une route près du village de Bolchiïe Viaziomy, à une quarantaine de kilomètres de Moscou. Elle était la fille d’Alexandre Douguine, un idéologue et écrivain ultranationaliste promouvant une doctrine expansionniste et farouche partisan de l’offensive russe en Ukraine. « Le meurtre a été préparé et commis par les services spéciaux ukrainiens », a déclaré le FSB dans un communiqué cité par les agences russes. Selon la même source, la voiture conduite par Daria Douguina a été piégée par une femme de nationalité ukrainienne née en 1979, identifiée par le FSB comme Natalia Vovk, arrivée en Russie en juillet avec sa fille mineure, née en 2010. D’après le FSB, cette femme ukrainienne s’est ensuite enfuie en Estonie avec sa fille.
Dans un message de condoléances publié par le Kremlin, le président russe Vladimir Poutine a dénoncé un « crime ignoble, cruel » qui a « mis fin prématurément à la vie de Daria Douguina, une personne brillante et talentueuse dotée d’un cœur véritablement russe ».
La mort de Daria Douguina a suscité un choc en Russie, réveillant le douloureux souvenir des multiples assassinats qui ont ensanglanté la période instable ayant suivi la chute de l’Union soviétique en 1991. Elle met aussi à mal les efforts des autorités et des médias tenus par le pouvoir qui s’efforcent de convaincre que l’offensive en Ukraine n’a aucune conséquence négative pour la population russe. Or, le conflit est devenu de plus en plus visible ces dernières semaines, avec notamment une série d’explosions en Crimée, péninsule ukrainienne annexée par Moscou où de nombreux Russes passent traditionnellement leurs vacances d’été.
Mise en cause dès samedi par des médias russes estimant que la cible de la voiture piégée ayant tué Daria Douguina était en fait Alexandre Douguine, l’Ukraine avait démenti dimanche toute implication. « L’Ukraine n’a certainement rien à voir avec l’explosion (de samedi), parce que nous ne sommes pas un État criminel », a déclaré un conseiller de la présidence ukrainienne, Mikhaïlo Podoliak.
Source : AFP


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