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Sport - Athlétisme / Éclairage

Face à l’engouement pour le trail, la science en quête de connaissances

Le coup de chaleur, autre crainte majeure des pratiquants.

Face à l’engouement pour le trail, la science en quête de connaissances

Le Français Alexandre Boucheix a remporté en 28 heures et 28 minutes l’épreuve-phare du récent Ultra tour des quatre massifs (Ut4M), un parcours de trail de 173 km à travers lacs, sentiers et sommets de la région grenobloise, qui s’est déroulé sous une forte chaleur. Le corps médical étudie les retombées physiques de ces courses extrêmes et met en garde contre le « coup de chaleur d’exercice », qui peut être fatal, alors que les épisodes de canicule se multiplient et sont de plus en plus fréquents ces dernières années. Olivier Chassignole/AFP

Usure des cartilages, fatigue, niveau de pratique, équilibre entre corps et esprit : autant de paramètres qu’un laboratoire de recherches médicales basé à Grenoble étudie depuis cinq ans pour mieux comprendre l’univers du trail. Le trail, ces courses en milieu naturel, souvent en montagne, et désormais l’ultra-trail, qui pousse jusqu’aux 170 km, connaissent un important essor depuis vingt ans, décuplant adeptes et événements.

Pour accompagner le million et demi de pratiquants (selon une étude réalisée en mars 2022 par la Fédération française d’athlétisme) et les quelque 2 200 événements annuels, le laboratoire dirigé par le docteur Samuel Vergès s’est penché scientifiquement sur le sujet. « C’est un sport qui était rare et confidentiel et qui est devenu pas loin d’un sport de masse. Du coup, il y a des publics de plus en plus larges qui pratiquent avec des événements très différents, courts, longs, avec plus ou moins de dénivelés. Il y a donc un besoin de connaissances d’accompagnement au niveau médical, santé, de l’entraînement et au niveau des organisateurs de courses », souligne le docteur Vergès, directeur de recherche à l’Inserm et à l’Université Grenoble Alpes. Les études se font en majeure partie autour de l’Ultra tour des quatre massifs (Ut4M) alpins, créé il y a dix ans par Sébastien Accarier et pouvant réunir plus de 4 000 participants sur 12 courses (du 20 km au 160 km).

Niveau de fatigue

« Ça ne sert à rien de dire aux gens qu’il ne faut pas le faire. Nous on dit : “Si vous voulez le faire, sachez que selon votre profil vous êtes plus ou moins biologiquement adapté, donc soyez plus ou moins prudent ; qu’il y a de grosses différences d’adaptation selon les personnes, et puis il y a des signes à connaître pour savoir si l’organisme est en train de bien s’adapter ou pas’’ », explique le physiologiste, spécialisé dans les sports outdoor et l’alpinisme.

L’étude concerne des coureurs moyens, mais aussi quelques sportifs de haut niveau (« des curiosités qui nous informent jusqu’à quel point le genre humain peut présenter des caractéristiques exceptionnelles »). « L’année dernière, on a fait une étude spécifique sur les cartilages pour voir à quel point le cartilage des genoux en particulier est en souffrance à l’arrivée. Et les données qui viennent d’arriver sont assez rassurantes sur un ultra-trail, même sur 160 km, on n’arrive pas avec un cartilage HS (hors-service) », relève le chercheur. « Là, on commence un programme sur deux ans autour de la fatigue, dans une approche plus interdisciplinaire, sur les aspects autour du croisement entre la psychologie et la biologie. On voit une différence importante entre le niveau de fatigue objectif qu’on mesure avec par exemple le muscle qui se contracte moins fort, et ce que nous rapporte une personne donnée en terme de ‘‘je n’en peux plus’’ », détaille Samuel Vergès. « Cette fatigue perçue est importante parce que c’est elle qui va faire qu’on va s’arrêter ou pas », poursuit-il.

L’année dernière, l’équipe s’était déjà penchée sur la fatigue avec des coureurs équipés de capteurs mesurant la glycémie en continu sur le 160 km, avec « à terme peut-être la possibilité un jour de conseiller les gens quasiment en direct en fonction de leurs capteurs sur le fait de manger, ne pas manger, etc. ». Leurs études ont notamment permis de montrer qu’il est plus fatigant de courir quatre fois 40 km que de faire une course de 160 km, en raison de l’intensité mise dans l’effort.

Les femmes plus adaptées

L’équipe de chercheurs s’intéresse aussi aux performances des femmes, « parfois plus adaptées aux efforts en ultra-endurance », aux facteurs environnementaux majeurs que sont la chaleur et le froid, au paramètre de l’âge. « Aujourd’hui, il y a des gens qui commencent quasiment le sport d’endurance par le trail. On a besoin d’avoir un panorama assez complet de ce que veut dire le trail en termes de performance et de santé pour un public super large. »

Et puis, il y a dans le viseur l’impact sur le long terme de ce sport encore trop jeune pour avoir ce genre de retour. « Aujourd’hui, on ne voit pas un cartilage du genou complètement HS. Mais dans dix ans ? Et on peut quand même parler de blessures, de fatigue, de problèmes gastriques, etc., donc on suspecte que potentiellement, il puisse y avoir une certaine usure engendrée par ce genre de course », estime le chercheur. « On ne veut pas du tout être alarmiste mais on aimerait sortir des facteurs de protection et de prévention pour dire : ‘‘On ne fait pas quinze ultra-trails dans l’année, il faut prévoir des phases de récupération, certaines pratiques d’entraînement sont délétères potentiellement pour la santé’’ », relève enfin le docteur Samuel Vergès, lui-même ancien biathlète de haut niveau.

« Il y a quinze ans, on avait un jour de canicule. Maintenant, c’est tout le temps » : dans la région grenobloise, organisateurs et trailers ont été confrontés à des températures élevées lors du récent Ut4M avec pour crainte majeure le coup de chaleur, qui s’ajoute à l’extrême difficulté de l’effort. Avant le coup d’envoi de l’Ut4M le 23 juillet dernier, où les températures sont montées jusqu’à 40 °C, le directeur médical de la course Nicolas Segond était « très inquiet ». « On a rarement vu ça sur Grenoble et les alentours. Ce qu’on craignait, c’est le coup de chaleur à l’exercice qui peut être fatal dans certaines situations », a-t-il expliqué. À la tête d’une équipe de cinq médecins urgentistes et de cinquante secouristes bénévoles rattachés à l’association des sauveteurs secouristes grenoblois, le médecin a eu à gérer des coups de chaleur dès le premier jour de l’événement. Selon Nicolas Segond, à l’issue de 40 km de course et sur les 874 coureurs partants, 18 participants ont eu un coup de chaleur, 6 ont été perfusés et un a été hospitalisé en soins intensifs. Pour la seconde journée, l’organisation a choisi de réduire de moitié certains parcours et a diffusé des messages de prévention. « Quand la température corporelle augmente, à 39-40 degrés, on peut avoir une atteinte cérébrale qui se caractérise par un syndrome confusionnel. Les patients sont désorientés et souvent, vu qu’ils ont un gros mental, ils se disent : ‘‘Je continue’’. Alors qu’ils ne vont pas bien. Et c’est là où ça devient très dangereux », commente le directeur médical de l’Ut4M.

Coma et décès

Lorsque la température du corps augmente trop, aggravée par la température extérieure, le corps n’arrive plus à réguler et se produit alors une défaillance multiviscérale (touchant tous les organes) et déclenchant une réponse inflammatoire globale. « Les critères de gravité sont les vomissements et les diarrhées, et quand les patients sont confus », relate Nicolas Segond. Dans les cas extrêmes, les coureurs peuvent tomber dans le coma, ce qui peut conduire au décès.

Le médecin de l’équipe de France de trail Stéphane Bergzoll tient, lui aussi, à alerter. « On peut mourir de la chaleur. On meurt plus difficilement d’une déshydratation alors que le coup de chaleur d’exercice, c’est grave. C’est le cerveau, le thermostat, qui est déréglé et tous les organes commencent à défaillir », prévient-il. « Les gens n’ont pas forcément la notion qu’avec deux heures d’effort ils peuvent faire un coup de chaleur d’exercice. Il faut éduquer », rappelle-t-il.

Source : AFP


Usure des cartilages, fatigue, niveau de pratique, équilibre entre corps et esprit : autant de paramètres qu’un laboratoire de recherches médicales basé à Grenoble étudie depuis cinq ans pour mieux comprendre l’univers du trail. Le trail, ces courses en milieu naturel, souvent en montagne, et désormais l’ultra-trail, qui pousse jusqu’aux 170 km, connaissent un important essor...

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