En 1987, la chanteuse française Dani (ici photographiée en 1970) avait raconté sa descente aux enfers dans un livre intitulé « Drogue, la galère ». Elle était revenue sur le devant de la scène en 2001 grâce à Étienne Daho. Photo AFP
Voix envoûtante, physique androgyne, icône des nuits parisiennes des années 1970 revenue en grâce en 2001 avec la chanson Comme un boomerang en duo avec Étienne Daho, la chanteuse française Dani est décédée à 77 ans. Dani – également actrice et mannequin, entre autres – est décédée lundi dans la soirée des « suites d’un malaise » dans la région de Tours où elle résidait, a indiqué hier mardi son manager Lambert Boudier.
La chanteuse venait de finir la tournée de son dernier album, Horizons dorés, et achevait déjà la préparation d’un nouveau disque. Dani (Danièle Graule à l’état civil) avait choisi d’appeler ce dernier album Attention départ. « Nous étions prévenus, elle avait juste oublié de nous dire qu’il serait imminent », a écrit sur Facebook son entourage professionnel. « Rien n’était plus important pour elle que créer, chanter, être entourée de ceux qu’elle aime », peut-on encore lire. « Si Dani a inspiré tant d’artistes – photographes, cinéastes, paroliers, compositeurs, metteurs en scène –, c’est qu’elle était un souffle de vie puissant, une nature entière, débordante d’amour et d’énergie », ajoute encore son management.
La chanteuse française Dani – Danièle Graule à l’état civil, ici photographiée en 2020 – est décédée lundi dans la soirée des « suites d’un malaise », a indiqué hier mardi son manager Lambert Boudier. Christophe Archambault/AFP
Chemin chaotique
« C’est un vrai personnage, elle a une vraie épaisseur, chez elle pas d’afféterie, elle ne joue pas un rôle, il y a un vrai désir de sculpter une trajectoire d’artiste », décrivait en 2020 Bertrand Dicale, spécialiste de la chanson française. Même si, comme elle le disait il y a deux ans de sa voix aux délicates aspérités : « Ce n’est pas toujours facile de prendre des chemins pas comme les autres. C’est très chaotique, mais avec de belles rencontres. »
Dani fut la reine du « Paris by night » des années 1970, aux commandes alors de L’Aventure, night-club branché, version française du mythique Studio 54 de New York. Le réalisateur François Truffaut la choisit pour le rôle de Liliane dans La nuit américaine, mise en abyme sur le monde du cinéma qui a reçu l’Oscar du meilleur film étranger en 1974. En 1987, l’ex-égérie yéyé avait raconté sa descente aux enfers dans un livre intitulé Drogue, la galère. Boudée par les maisons de disques à cause de sa fréquentation des paradis artificiels, elle était revenue sur le devant de la scène grâce à Étienne Daho en 2001.
Ce dernier lui avait proposé de chanter en duo Comme un boomerang, titre composé pour elle par Serge Gainsbourg mais recalé pour l’Eurovision et oublié. Un grand succès, alors qu’elle n’y croyait pas au départ. « Étienne Daho m’avait dit : ‘‘Si tu veux t’en sortir, il faut rechanter.’’ Je lui avais répondu : ‘‘T’es malade ou quoi ?’’ » se souvenait-elle récemment en riant.
Statut embarrassant
Depuis, Dani avait retrouvé un statut d’icône qui l’embarrassait toutefois. « Il y a un côté figé alors que j’ai l’impression d’être dans le mouvement », confiait-elle en 2020. Elle préférait parler d’un « parcours atypique » – mannequin, chanteuse, actrice, meneuse de revue, fleuriste... « Est-ce qu’on m’a choisie ou est-ce que c’est moi qui ai choisi ? Va savoir ! » s’interrogeait-elle dans son autobiographie, La nuit ne dure pas.
Pour Dani, tout avait commencé quand elle avait quitté Perpignan (sud-ouest de la France) pour Paris en 1963, à 19 ans. « À mes débuts, j’étais dans l’inconscience totale. Espérant poser pour des photos de mode, j’ai frappé à la porte de Jours de France, le seul magazine qu’on lisait à Perpignan avec Elle », confiait-elle en 2016. La semaine suivante, elle était en couverture.
Philippe GRÉLARD/AFP

