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Culture - Exposition

La Nadja d’André Breton réhabilitée comme « héroïne » à Rouen

La Nadja d’André Breton réhabilitée comme « héroïne » à Rouen

Dessins de Léona Delcourt (1902-1941) à qui André Breton donne le nom de Nadja dans son récit. Crédit Centre Pompidou/ Musée national d’art moderne

Elle a laissé un nom comme personnage de la littérature, mais elle était bien plus : Nadja, qui a donné son titre à un célèbre livre du surréaliste André Breton, est réhabilitée comme « héroïne » dans une exposition à Rouen.

Nadja, un itinéraire surréaliste se déroule jusqu’au 6 novembre au musée des Beaux-Arts avec l’ambition de mieux faire connaître la jeune femme derrière le récit de 1928, œuvre la plus connue de la littérature de ce courant.

Pourquoi Rouen ? Parce que le livre « a été rédigé aux deux tiers en Normandie », en août 1927, à Varengeville-sur-Mer (Seine-Maritime), souligne Florence Calame-Levert, commissaire d’exposition. Et les musées de Rouen consacrent une saison à d’autres « héroïnes », dont les artistes Sheila Hicks et Nina Childress.

C’est à Paris que se noue la relation, en octobre 1926, entre le poète de 30 ans et la jeune femme de 24. Il l’aborde dans la rue. Ils se mettent à parler, ce qu’ils feront pendant dix jours.

Nadja (éditions Gallimard), qui le raconte, est un livre plein de mystères qui attire la curiosité par son style tantôt froid, tantôt énigmatique, et par les photos et reproductions d’œuvres qui l’accompagnent. Dix dessins sont signés de Nadja elle-même, dont des originaux montrés dans cette exposition de Rouen.

Personnalité « oblique »

Son véritable nom s’est longtemps perdu. André Breton, se souvenant d’une « Hélène D. », l’a oublié ou fait mine de l’oublier.

Il a été retrouvé par un chercheur, Georges Sebbag, et sa biographie a été écrite en 2009 par une romancière, Hester Albach (Léona, héroïne du surréalisme).

Quand elle croise André Breton, Léona Delcourt, native de Saint-André-lez-Lille, devenue mère à 17 ans, montée à Paris en espérant percer dans la mode, vit d’expédients et nourrit toujours des rêves de création.

« Elle a une personnalité extrêmement forte, un peu oblique, qui fait qu’il est attiré par elle », souligne Alexandre Mare, autre commissaire de l’exposition.

Mais, ajoute-t-il, « elle n’est pas complètement dupe de la relation », inégale entre elle et le chef de file d’un mouvement d’avant-garde adepte du scandale, collectionneur avisé, marié.

Malgré le succès du livre où apparaissent ses dessins, Nadja ne sera pas reconnue comme coautrice. La célèbre couverture de l’édition poche (Folio), un autoportrait où son visage sort d’un gant, est d’elle.

« Convulsion de la folie »

André Breton l’aidera financièrement. « Pour subvenir à ses besoins, il vend un tableau de Georges Braque. Il ne vivait pas de sa poésie mais d’une activité de courtier en art, achetant et revendant des tableaux », précise le directeur du musée de Rouen Sylvain Amic.

Surtout, le poète encouragera la jeune femme à dessiner et écrire. Il en naît des dizaines de lettres enflammées, étalées ici sous une vitrine.

Il y a un aspect terriblement prophétique à la dernière phrase de Nadja, qui parle de beauté « convulsive ». « André Breton et Léona Delcourt connaissent des destins très différents. Convulsive, chez elle, c’est la convulsion de la maladie, de la folie », relève le conservateur.

Dès mars 1927, la jeune femme est internée en psychiatrie. Elle n’en sortira plus jusqu’à sa mort en 1941, à 38 ans.

Un inventaire de ses effets personnels lors de son entrée à l’hôpital, récemment retrouvé aux Archives de Paris et exposé pour la première fois, se termine par la mention : « 1 seul gant », comme celui qu’elle avait dessiné.

Hugues HONORÉ/AFP


Elle a laissé un nom comme personnage de la littérature, mais elle était bien plus : Nadja, qui a donné son titre à un célèbre livre du surréaliste André Breton, est réhabilitée comme « héroïne » dans une exposition à Rouen.Nadja, un itinéraire surréaliste se déroule jusqu’au 6 novembre au musée des Beaux-Arts avec l’ambition de mieux faire connaître la...

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