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Lifestyle - Cinéma / Festival de Cannes

Sur la Croisette, la Corée du Sud truste le tapis rouge

Prostituées et tueur en série : l’Iran comme on ne l’a jamais vu auparavant.

Sur la Croisette, la Corée du Sud truste le tapis rouge

Dans « Les nuits de Mashhad », face au tueur au double visage interprété par l’acteur iranien Mehdi Bajestani (à gauche), le cinéaste Ali Abbasi (à droite) a recruté l’actrice de télévision iranienne Zar Amir Ebrahimi (au centre). Le film est inspiré d’un retentissant fait divers survenu il y a une vingtaine d’années : il retrace le parcours de l’assassin de 16 prostituées « nettoyant » au nom de Dieu les bas-fonds de l’une des villes les plus sacrées d’Iran. Valéry Hache/AFP

Révélé par Old Boy, Park Chan-wook est revenu hier lundi à Cannes avec le très attendu Decision to Leave, dans un festival du film où la Corée du Sud est très présente via notamment Hunt, réalisé par l’acteur de Squid Game, autre carte de visite du pays.

La Corée du Sud s’exporte culturellement. La K-pop est portée par ses mégastars BTS, et Bong Joon-ho fut le premier réalisateur sud-coréen à remporter la Palme d’or à Cannes avec Parasite en 2019. Premier film de langue non anglaise à remporter l’Oscar du meilleur film l’année suivante. « Il y a comme un âge d’or pour la création sud-coréenne, et ce n’est que le début », savoure Lee Jung-jae, vedette de Squid Game passé pour la première fois derrière la caméra pour Hunt. Ce film nerveux d’action/espionnage/thriller politique, au budget confortable, chasse clairement sur les terres hollywoodiennes avec une intrigue entre Washington, Séoul et Bangkok.

La Corée du Sud n’a donc pas que des films d’auteur stylisés à l’international, même si Cannes a hâte de découvrir Les bonnes étoiles (Broker), film du pays dirigé par le Japonais Hirokazu Kore-eda, qui a enrôlé deux figures sud-coréennes, Song Kang-ho, star de Parasite, et une étoile de la K-pop, IU (Lee Ji-eun dans le civil).

La douleur de la Corée

Tous peuvent remercier Park, dont Old Boy (2003) a déblayé la voie. « Parasite n’est pas sorti de nulle part, et Old Boy, à bien des égards, a posé les jalons pour ce qui est venu ensuite », explique Jason Bechervaise, professeur à la Korea Soongsil Cyber University.

Park a ensuite produit le premier film de Bong Joon-ho en langue anglaise, Snowpiercer (Le Transperceneige), en 2013 et a fait ses premiers pas à Hollywood la même année avec Stoker, avec Nicole Kidman au générique. Comme les autres réalisateurs de sa génération, les œuvres de Park sont influencées par l’histoire tumultueuse du pays. Park Chan-wook a reconnu que grandir sous la brutale dictature militaire de Chun Doo-hwan dans les années 1980 avait profondément infléchi sa vision du cinéma. « Si Park s’est incontestablement épanoui grâce à un style distinctif – qui met l’accent sur les couleurs, les motifs et, oui, la violence –, ses films plongent assez profondément dans l’histoire autocratique et la douleur de la Corée », analyse le Pr Bechervaise.

C’est aussi les années 1980 qui servent de toile de fond à Hunt. Même si le film de Lee porte un message universel. « La question du film est de savoir ce qui fait que nous devenons de la chair à canon, expose

l’acteur-réalisateur-producteur. À cause de l’idéologie, de pauvres soldats sont amenés à combattre. Nous devons réfléchir pour savoir si les convictions ou idéologies qui nous guident sont vraiment justes. » De même que les thèmes brassés par Park touchent une corde sensible aux États-Unis. Des films comme Old Boy posent les questions « La vengeance est-elle justifiée ?

Est-elle efficace ? Quelles sont les conséquences émotionnelles et psychiques quand on commet des actes de vengeance ou quand on les subit ? »

détaille Brian Hu, professeur à la San Diego State University. Des interrogations « qui correspondaient à un moment où des Américains commettaient des atrocités et torturaient des gens suspectés de terrorisme ».

La focale de Park est sans concession. « Vous ne pouvez pas comprendre pleinement les êtres humains si vous ne vous attaquez qu’aux choses qui sont belles, confortables et optimistes », expliquait-il au festival de Busan en 2021. Mais il ne faut pas le réduire à cette perspective. Thirst, ceci est mon sang s’inspire de Thérèse Raquin d’Émile Zola. Et Mademoiselle s’appuie sur le roman Du bout des doigts de la Britannique Sarah Waters. « Je tiens à dire que j’ai fait beaucoup plus de projets divers que vous ne pensez », disait-il en 2019. Comme les autres cinéastes de son pays.

Au nom de Dieu

Un tueur de prostituées « nettoyant » au nom de Dieu les bas-fonds de l’une des villes les plus sacrées d’Iran, sous les applaudissements de la population : le réalisateur Ali Abbasi, en compétition à Cannes, dévoile une autre République islamique. Les nuits de Mashhad « est l’un des rares films (iraniens) qui montrent la réalité », déclare le réalisateur Ali Abbasi, un Danois d’origine iranienne qui a marqué la compétition dimanche, avec ce thriller à la sauce David Fincher – au pays des mollahs.

Le réalisateur s’inspire d’un retentissant fait divers survenu il y a une vingtaine d’années : il retrace le parcours de l’assassin de 16 prostituées, qui lors de son procès a clamé avoir voulu nettoyer du vice les rues de Mashhad, l’une des principales villes saintes du chiisme. Dans le film, « l’Araignée », comme ce tueur était surnommé, rôde au guidon de sa moto dans les rues interlopes d’une ville aux airs de « Sin City », où prostitution et drogue prospèrent – elle est située sur d’importantes routes de trafic en provenance d’Afghanistan. Les prostituées qui montent avec lui finissent le plus souvent étranglées, sur le sol de son appartement. Après avoir abandonné leur corps sur un bord de route, il appelle par téléphone un journaliste, toujours le même, pour revendiquer son crime. La police ne semble pas pressée de l’arrêter jusqu’à ce qu’une jeune journaliste venue de Téhéran se mette en tête de traquer elle-même le criminel et de le faire payer pour ses meurtres.

« Je n’ai pas l’impression que ce soit un film antigouvernemental ou un film d’activiste. Ce qu’il décrit n’est pas loin de la vérité, et si quelqu’un a un problème » avec le film, qui montre crûment sexe et drogue, ainsi que la misogynie de la société, « il a un problème avec la réalité, pas avec moi », lance Ali Abbasi dans un entretien avec la presse. Évidemment, le cinéaste, qui change totalement de registre par rapport à Border, qui l’a révélé à Cannes en 2018, n’a pas pu tourner dans la ville sainte, ni même en Iran – où il explique n’avoir jamais reçu de réponse à ses demandes d’autorisation de tournage. Il explique que l’équipe de tournage a ensuite été expulsée de Turquie, où elle s’était repliée, sur pression de la République islamique, et a fini par recréer les décors en Jordanie. « Pour moi, il serait très facile de dire que les cinéastes qui sont en Iran ne montrent pas la réalité », précise Ali Abbasi, l’un des deux Iraniens en lice pour la Palme d’or cette année, avec Saeed Roustaee, tandis que le réalisateur multiprimé Asghar Farhadi est au jury, mais « il ne s’agit pas de les juger car chaque film fait en Iran est un miracle ».

Pieux et psychopathe

Dans Les nuits de Mashhad, face au tueur au double visage, père de famille pieux et rangé le jour, psychopathe la nuit, interprété par l’acteur iranien Mehdi Bajestani, le cinéaste a recruté Zar Amir Ebrahimi, une actrice de télévision qui a fini par quitter le pays et se réfugier en France après que la diffusion d’une vidéo d’elle « explicite » eut ruiné sa carrière.

Loin de se clore sur l’arrestation du criminel, le film vaut également par sa seconde partie, son parcours judiciaire au cours duquel il revendique ses actes au nom de la religion en plein procès, l’embarras des juges face au soutien de ceux qui voient ses crimes comme un « sacrifice ». Jusqu’à sa condamnation à mort. Sera-t-il finalement exécuté ? Jusqu’au bout, la pièce semble pouvoir tomber de n’importe quel côté. « En Iran, le système judiciaire (...) est vraiment un putain de théâtre, comme un show télé ou (les scénaristes) peuvent obtenir le résultat qu’ils souhaitent pour les personnages », relève le réalisateur, dont le film doit sortir le 13 juillet en France.

Source : AFP


Révélé par Old Boy, Park Chan-wook est revenu hier lundi à Cannes avec le très attendu Decision to Leave, dans un festival du film où la Corée du Sud est très présente via notamment Hunt, réalisé par l’acteur de Squid Game, autre carte de visite du pays.La Corée du Sud s’exporte culturellement. La K-pop est portée par ses mégastars BTS, et Bong Joon-ho fut le premier...

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