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Quand les gardiens d’un musée de Baltimore en deviennent les curateurs

L’image des gardiens de musée répétant « Ne touchez pas, éloignez-vous un peu SVP » vient d’être déconstruite et recomposée en une version inattendue, haute en couleur.

Quand les gardiens d’un musée de Baltimore en deviennent les curateurs

Concertation entre un groupe de gardes curateurs. Photo tirée du compte Twitter Guarding the art exhibition

Le Baltimore Museum of Art (BMA) a réussi une grande première en faisant appel à des curateurs uniques en leur genre pour monter une exposition intitulée « Guarding the Art ». Un groupe de 17 gardiens en charge de la sécurité de ce musée ont en effet été investis « Guest Curators » (curateurs invités). Une façon de leur permettre d’exposer leur propre vision des choses. En apparence, les visiteurs ne voient dans ces gardiens de musée que des hommes et des femmes presque statufiés, au visage fermé et les yeux partout. Les responsables du BMA les ont donc vus autrement qu’un simple personnel assigné la plupart du temps à dire « Don’t touch » et à tenir le public à la distance voulue des précieuses œuvres d’art. Une démarche qui permet de porter un nouveau regard sur l’art. « D’autant, explique un communiqué de presse détaillé, que ces agents de sécurité passent plus de temps avec la collection du musée que quiconque. Nous avons voulu, à travers cette exposition de leur cru, leur donner l’occasion de s’exprimer. Et mettre ainsi en lumière leurs perspectives uniques, et leurs réflexions par le biais des pièces qu’ils ont choisi de présenter. Cet accrochage est tiré en définitive de leurs nombreuses heures passées dans les galeries, de leurs interactions avec les visiteurs et de leurs histoires et intérêts personnels. »

Un angle de l’exposition. Photo tirée du compte Twitter Guarding the art exhibition

Une sélection chère à leur cœur et à leur vision

Car, contrairement à ce que l’on pense, les membres en charge de la sécurité de ce musée ne sont pas uniquement une force d’intervention en cas de velléités de vol ou de vandalisme. Certains de ces « Guest Curators » détiennent une formation de cinéaste, de musicien, d’écrivain et de plasticien. Et ils se sont volontiers prêtés au jeu d’organisateurs d’exposition, assumant à eux seuls toutes les phases de préparation, tout en suivant les conseils des curateurs professionnels du musée. Le BMA avait mis à leur disposition les œuvres en vue dans les galeries, mais aussi celles conservées en réserve, cette institution de Baltimore détenant une imposante collection comportant pas moins de 95 000 peintures, sculptures et divers genres d’artefacts. Après un minutieux travail de sélection et des sessions de concertation, les « Guest Curators » se sont finalement mis d’accord sur un lot de 25 œuvres chères à leur cœur et à leurs visions personnelles. Dans leur sélection figurent des œuvres des grands maîtres Jeremy Alden, Louise Bourgeois, Sam Gilliam, Grace Hartigan, Winslow Homer, Alma W. Thomas, Mickalene Thomas. Les curateurs ont aussi révélé leur coup de cœur pour des créateurs classés non identifiés et particulièrement originaires de la Colombie, du Costa Rica et des îles Salomon. Évidemment, leurs propres passions et itinéraires ont fait pencher la balance dans leur choix. Kellen Johnson, 35 ans, garde depuis 2013, a ainsi expliqué au New York Times ce qui l’a attirée vers deux compositions faisant partie de l’accrochage. « La nature morte de Max Beckmann intitulée Still Life With Large Shell (1939) et Normandy Landscape (1928) m’ont rappelé les airs des Spirituals afro-américains, d’une part, et, d’autre part, l’art du chant français. Et je me suis demandé si ces toiles pouvaient chanter, qu’est-ce qu’elles entonneraient ? Je suppose Dans un bois solitaire de Mozart », confie cette jeune femme qui étudie, parallèlement, le chant classique.

Un garde présentant son choix. Photo tirée du compte Twitter Guarding the art exhibition

Curateur, une profession récente

Une autre de ses collègues, Joan Smith, amatrice d’objets à la fois esthétiques et fonctionnels, a opté pour Water Bottle, une œuvre d’un artiste non identifié originaire des îles Salomon et Bottleneck Basket d’un artiste amérindien, également non identifié. Ben Bjork, lui, a aimé l’humour dans l’art via 50 Dozen, une chaise composée entièrement de crayons mine et qui se casserait si l’on s’y assoit, signée par le designer James Hadley. Ces gardiens, que l’on remarque habituellement à peine dans leur uniforme austère, dévoilent ainsi leur sensibilité intérieure et leurs penchants pour diverses formes d’art.

Déterminé à traiter cette exposition comme les autres, le Baltimore Museum of Art a même édité un catalogue spécifique. Richement illustré, il comporte la biographie de tous les participants et des présentations des œuvres.

Dans la sélection, la chaise en crayons mine de James Hadley. Photo courtesy du BMA

Dans ce contexte, il était intéressant d’évoquer l’identité de la profession de curateur qui est considéré comme l’un des plus récents métiers du monde, puisqu’il s’est établi sous cette appellation il y a seulement cinquante ans. Selon le site Stylist, ce terme a vu le jour en 1969 dans l’esprit de l’historien de l’art suisse Harald Szeemann, qui se référait ainsi au vocable latin « curare », signifiant qui prend soin. Il a ainsi composé le mot curateur, ou celui qui prend soin de l’art. Il avait voulu lancer ce titre, et aussi se le donner, après avoir quitté la direction du musée Kunsthalle de Berne. Szeemann s’était en effet lassé de devoir se battre avec les actionnaires de l’établissement qui lui imposaient leurs choix artistiques. Il avait donc préféré devenir curateur pour retrouver une indépendance dans le lien qui l’unit aux artistes choisis et à l’organisation de leurs expositions.


Le Baltimore Museum of Art (BMA) a réussi une grande première en faisant appel à des curateurs uniques en leur genre pour monter une exposition intitulée « Guarding the Art ». Un groupe de 17 gardiens en charge de la sécurité de ce musée ont en effet été investis « Guest Curators » (curateurs invités). Une façon de leur permettre d’exposer leur propre vision...

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