Louis Bertignac se raconte dans un livre drôle et émouvant, « Jolie petite histoire », sorti cette semaine. Joël Saget/AFP
Le chanteur et musicien Louis Bertignac se raconte dans un livre drôle et émouvant, entre l’aventure Téléphone – groupe phare du rock français – et autres moments « dingues », comme son anniversaire avec Jimmy Page (Led Zeppelin) ou un coup de pouce donné à Ron Wood (Rolling Stones). Retour avec le guitariste sur quelques passages marquants de Jolie petite histoire, référence au morceau Cendrillon de Téléphone, sorti cette semaine aux éditions Le Cherche midi.
Compo pour Higelin
Avant le décollage de Téléphone, Louis Bertignac joue pour Jacques Higelin, dynamiteur de la chanson française, en tournée. Un jour, ce dernier lui demande s’il a « une musique prête ». « Je n’ai jamais fait de compo, je le baratine : j’en ai plein et j’improvise », se souvient le guitariste âgé de 68 ans. Jacques Higelin revient une heure après avec le texte d’Un œil sur la bagarre. « C’est l’histoire d’un concert 15 jours avant, dans un hangar à la campagne, avec une baston, et un mec avait sorti un révolver (rires). »
Dope avec Kalfon
Dans le groupe de Jacques Higelin, il y a Jean-Pierre Kalfon, comédien à la filmographie XXL en France, mais aussi guitariste. Lors d’une virée, Jean-Pierre Kalfon dit à Louis Bertignac qu’il va faire des courses. « C’est de la dope, raconte Bertignac. Un joint de shit pour se détendre à l’hôtel, un joint d’herbe pour commencer à jouer de la guitare, de l’héroïne pour s’endormir et, le lendemain, comme on se fait virer à cause du bruit, une ligne de coke pour faire les valises. » Nulle apologie de la drogue dans le livre. Louis Bertignac insiste : le jour où il arrête l’héroïne est un tournant salutaire.
Conseiller de Wood
Un jour, Téléphone occupe un studio voisin de celui des Rolling Stones en France. Louis Bertignac se rapproche de la bande à Mick Jagger. « Ron Wood vient me voir, se souvient-il, il a un petit solo à faire, il est crispé : t’as une ligne ? »
(ils sniffent l’héroïne pour ne pas se l’injecter, décrit le livre). « Je suis à ses côtés, poursuit Bertignac, il recommence son solo, panique, Mick en cabine dit : Keith le fera si tu n’y arrives pas. J’ose lui indiquer comment commencer. » Le début plaît à Mick Jagger. « Ron me dit : on fait quoi après ? J’étais devenu son conseiller guitaristique ce jour-là (rires). » Le morceau, c’est When the Whip Comes Down.
Un bœuf avec Page
Alors que Téléphone enregistre en Angleterre, le producteur Glyn Johns, figure du métier, ouvre son carnet d’adresses pour les 30 ans de Louis Bertignac. « Il avait bossé avec tous ces gens, qui arrivent à la soirée, Eric Clapton, Charlie Watts, Ringo Starr avec Barbara Bach – une James Bond Girl ! –, Jimmy Page, Cat Stevens, Jeff Beck, c’était dingue », se rappelle-t-il. Louis Bertignac fait un bœuf avec Jimmy Page. « On ne s’est pas dit un mot avec Jimmy, on jouait, comme la première fois où j’ai rencontré Jean-Louis (Aubert), relate le guitariste. Au bout de deux heures, on sort tous les deux se promener, on parle de plein de trucs, je ne te raconte pas comment j’étais fier. »
L’au- revoir aux fans
Revient dans le livre le regret d’avoir laissé tomber les fans de Téléphone en se séparant (1986). « On s’est un peu engueulés, je ne voulais pas aller en studio, je voulais travailler sur mon album, on s’est dit au revoir, mais on n’a pas dit au revoir aux fans, ils ont découvert ça aux infos », regrette-t-il. La tournée des Insus (lancée en 2015), trois membres sur quatre de Téléphone, sans la bassiste fâchée avec Jean-Louis Aubert, fut l’occasion de cet au revoir. Y aura-t-il une suite ? « Je ne sais pas, on ne savait pas trois mois avant qu’on ferait ça. » Et une réconciliation des quatre avec Corine Marienneau ? « Les relations entre Corine et Jean-Louis, on pouvait éventuellement gérer, mais depuis le livre de Corine, Richard (Kolinka, le batteur) m’a dit : cette fille, je ne jouerai plus jamais avec elle. Ça paraît difficile... » Louis Bertignac, lui, peaufine un album solo.
Philippe GRÉLARD/AFP

