Rechercher
Rechercher

Politique - Reportage

Au Liban, Emmanuel Macron grand favori

Le débat sur la lutte contre l’islamisme occupe une place importante dans l'esprit des Franco-Libanais qui se sont rendus aux urnes pour le second tour de la présidentielle française.

Au Liban, Emmanuel Macron grand favori

Les portraits des deux finalistes du second tour pour l'élection présidentielle française, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, à l'ambassade de France à Beyrouth, le 24 avril 2022. Photo João Sousa

Sur le chemin vers le bureau de vote de l’ambassade de France, Pascale Hélou ne s’est toujours pas décidée. Entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, son cœur balance toujours. Au premier tour du scrutin présidentiel français, elle n’avait pas voté pour des raisons logistiques. « Je n’ai pas trouvé de nounou pour garder mes enfants », raconte en riant cette architecte d’intérieur de 28 ans originaire du Metn, qui tient sa fillette par la main. Au fil de la discussion, elle finit par décider qu’elle glissera dans l'urne un bulletin de vote pour Emmanuel Macron. A l'entendre, un choix qui ne coule pas de source. « Il est venu au Liban quand on avait des problèmes et je crois que ce pays ne sera jamais normal sans l’aide de la France », dit-elle en référence aux visites du président sortant au surlendemain de la double explosion au port de Beyrouth, le 4 août 2020, puis en septembre. La France, elle l’aime, au point de rêver que le pays du cèdre revienne sous le mandat français. « Le Liban ne va jamais être un pays normal tout seul », poursuit-elle. Si elle a fait le chemin pour le second tour de la présidentielle française, Pascale Hélou ne compte pas voter pour les élections législatives libanaises. « Rien ne va changer, de toute façon je veux quitter le pays », confie-t-elle.

Comme le 10 avril dernier, douze bureaux de vote répartis entre Beyrouth, Tripoli, Jounieh et Saïda étaient ouverts aujourd’hui, de 8h à 19h, pour accueillir les 18.742 Français résidant au Liban et inscrits sur les listes électorales – dont 80% de binationaux. Lors du premier tour, Emmanuel Macron était arrivé largement en tête au Liban, avec plus de 58% des suffrages exprimés, suivi par Marine Le Pen (11,96%) et Jean-Luc Mélenchon (10,57%), au coude à coude.

Ce dimanche, le nom d’Emmanuel Macron semble l’emporter parmi les électeurs rencontrés. Même si plusieurs soutiens du président sortant admettent que le choix n’a pas été facile. Pour Rita*, en revanche, le bilan qu’elle juge positif du président sortant comparé au « flou » du programme de la candidate d’extrême droite n’ont pas laissé place au doute. « Elle dit qu’elle va baisser les impôts et rendre de l’argent aux gens mais comment ? Ça, elle ne le dit pas », affirme cette enseignante de 55 ans originaire du Chouf. « Et puis, il y a aussi ses idées sur l’immigration et l’islam. Elle voit les musulmans comme des terroristes mais ce n’est pas le cas », clame-t-elle.

Des électeurs Franco-Libanais faisant la queue pour voter, devant l'ambassade de France à Beyrouth, le 24 avril 2022. Photo João Sousa

Ghassan*, 59 ans, qui presse le pas pour rejoindre sa place de parking, s’arrête un instant. Il annonce d’un air sarcastique qu’il a voté pour le « changement » au premier comme au second tour, sans toutefois prononcer le nom de Marine Le Pen. Alors qu’il considère qu’Emmanuel Macron a modifié l’image de la France à l’étranger et « n’a pas été en première ligne par rapport à l’Europe, à la Russie et l’Ukraine », il estime cependant que le prétendu danger de l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir n’est que mensonge. « Elle n’est pas anti-islam, tout ça n’est que de la propagande, elle a même des musulmans dans son équipe », lâche-t-il sans s’attarder sur les propositions de la candidate sur la question de l’islam. Lors du débat d’entre-deux-tours mercredi soir, Marine Le Pen avait réitéré sa volonté d’interdire le port du voile dans l’espace public afin de « lutter contre l’islamisme ». Un positionnement qui, pour son rival, pourrait déclencher une « guerre civile », comme il l’a exprimé lors du face à face télévisé.

Un argument que partage Sarah*, 29 ans, commerçante originaire du Liban-Sud, qui porte le voile. Si elle se dit satisfaite du bilan d’Emmanuel Macron, qu’elle a plébiscité au premier tour, son vote est d’autant plus crucial aujourd’hui pour faire barrage à l’extrême droite, rapporte-t-elle. « Je porte le voile parce que je veux le porter. C’est mon choix », souligne-t-elle en réponse aux propos de Marine Le Pen, qui avait de nouveau appelé le 20 avril dernier à « libérer ces femmes » contre une pression présumée des « islamistes ». « De toute façon, je n’ai pas peur. Je sais que celles qui le portent n’accepteront jamais de l’enlever », poursuit celle qui n’envisage pas, « ou ne préfère pas envisager », la victoire de la candidate d’extrême-droite. À l’heure de mettre sous presse, les chiffres de la participation électorale au Liban n’étaient pas encore connus, ni le résultat du second tour.

A quelques rues de là, au Grand Lycée franco-libanais, Georges*, 52 ans, originaire de Byblos, patiente avec sa femme dans la file d’attente. Tous deux s’apprêtent à glisser le bulletin d’Emmanuel Macron dans l’urne, après une longue hésitation. « J’aime le fait qu’il ne soit tourné vers aucun des deux extrêmes, à gauche comme à droite, qu’il soit ouvert et qu’il gère bien les crises, comme dernièrement la crise russo-ukrainienne », dit-il. Georges admet avoir été convaincu par le fait que le président sortant a pris le dessus lors du débat d’entre-deux-tours et a « mené la discussion d’une manière plus professionnelle ». Pour autant, le programme de Marine Le Pen le séduit également. Selon lui, la candidate est devenue beaucoup plus modérée que par le passé et prend des positions tranchées pour protéger la France. « C’est vrai qu’il y a un problème d’intégration en France. Il y a la France qu’on connaît, chrétienne, européenne. Et une autre France que crée certains religieux musulmans qui ne ressemble pas à la culture française », va-t-il jusqu’à dire. Dressant un parallèle avec le Liban, Georges a en ligne de mire le Hezbollah et affirme qu’il votera contre la liste du parti pro-iranien aux législatives.

*Les prénoms ont été modifiés

Sur le chemin vers le bureau de vote de l’ambassade de France, Pascale Hélou ne s’est toujours pas décidée. Entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, son cœur balance toujours. Au premier tour du scrutin présidentiel français, elle n’avait pas voté pour des raisons logistiques. « Je n’ai pas trouvé de nounou pour garder mes enfants », raconte en riant cette architecte...

commentaires (5)

Nous sommes sous mandat iranien …..?????

Eleni Caridopoulou

18 h 07, le 25 avril 2022

Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • Nous sommes sous mandat iranien …..?????

    Eleni Caridopoulou

    18 h 07, le 25 avril 2022

  • Si chacun de nous part du principe que voter ne servira à rien, il participera à la consolidation de ce régime pourri qui n’en demande mieux. Il est de notre devoir de sauver le pays en participant activement à ce acte démocratique que beaucoup aspirent à en bénéficier et qui se battent pour l’obtenir au lieu de se résigner et de laisser faire en croyant qu’une voix ne ferait pas la différence. Toutes ces voix cumulées iront libérer notre pays du joug des envahisseurs et il n’y a pas d’autres moyens que ceux existants qui consistent à faire participer tous les citoyens pour qu’enfin leurs voix soit entendues. N’écoutez pas les défaitistes qui pensent qu’en restant à l’écart de la démocratie , arriveront à vaincre les vendus par leur seule abstention. Si vous ne voulez plus de ces vauriens, votez, votez en nombre suffisant pour les excaver.

    Sissi zayyat

    12 h 03, le 25 avril 2022

  • Et la première fois, que j'ai voté c'était pour les élections européennes de 1999, au consulat de France à Vienne, pour le candidat de la liste UDF...

    CHAHINE Omaya

    11 h 13, le 25 avril 2022

  • Franco-libanaise, j'ai voté à Jounieh, Jadot au 1er tour, Macron au 2nd. Et je voterai à Aley pour les législatives libanaises.

    CHAHINE Omaya

    11 h 10, le 25 avril 2022

  • Pourquoi modifier les prénoms ? On ne précise pas le nom, ça reste donc anonyme dans l’idée.

    JoNad

    09 h 11, le 25 avril 2022

Retour en haut