Emmanuel Macron et Marine Le Pen lors de leur débat télévisé mercredi soir. Ludovic Marin/AFP
Pugnacité d’un côté, sérénité affichée de l’autre malgré des moments de flottement : le débat télévisé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen mercredi soir a confirmé l’avantage du président-candidat à trois jours du second tour de la présidentielle.
Le chef de l’État a réussi à maîtriser, voire à dépasser le handicap traditionnel du sortant qui doit défendre son bilan, face à une candidate du RN en net progrès par rapport à son débat raté de 2017, mais souvent sur la défensive et freinée dans ses attaques par sa volonté de lisser son image, expliquent des experts.
Courtois malgré quelques piques, le débat a souligné comme attendu les divergences frontales des deux finalistes, du pouvoir d’achat à la guerre en Ukraine, en passant par l’Europe, le climat ou le port du voile.
Mais « la surprise est venue d’Emmanuel Macron », analyse l’historien Jean Garrigues : « Il a évité que le débat se cristallise sur son bilan en se montrant plus offensif que prévu, notamment sur les financements du prêt du RN par les banques russes, le port du voile, les problèmes de chiffrage » du programme de Marine Le Pen.
Emmanuel Macron a usé d’« un truc très efficace », relevait dès mercredi soir le communicant Philippe Moreau-Chevrolet sur Twitter : il a « inversé la charge du bilan », faisant apparaître Marine Le Pen comme celle en ayant un, « en la mettant sans cesse face à ses votes passés » en tant que députée : votes contradictoires avec les positions défendues pendant sa campagne.
Certes, « Marine Le Pen s’est améliorée spectaculairement, en montrant qu’elle s’est dédiabolisée, “institutionnalisée” », souligne M. Garrigues.
« Sa grande victoire, c’est d’être encore plus normalisée qu’auparavant en ayant répondu à toutes les thématiques », a confirmé la sémiologue Cécile Alduy sur France Inter hier, notant aussi sa posture de « porte-parole de ceux qui souffrent alors qu’Emmanuel Macron était dans la rationalité » et la technicité.
Il se peut que cette attitude du président « ait renforcé une partie des électeurs des classes populaires, à supposer qu’ils aient regardé le débat, vers Marine Le Pen », estime ainsi le politologue Jean-Yves Camus.
« Contre-vérités » ou « sérénité »
Mais les progrès de la candidate n’ont « pas été suffisants » face à « l’expertise » du président sortant, estime M. Garrigues.
« À l’insuffisance de l’une répondait la suffisance de l’autre (...) Marine Le Pen tenait le choc mais en s’accrochant du bout des ongles pour ne pas tomber de sa chaise », et cette « maîtrise l’empêchait d’attaquer le bilan » d’Emmanuel Macron, résume Cécile Alduy.
Le débat aura ainsi confirmé une situation de départ plus favorable à Emmanuel Macron qui pointe avec une avance dans les sondages, à 54-56,5 % des intentions de vote contre 43,5-46 % pour Marine Le Pen.
Chaque camp a crié victoire jeudi. Marine Le Pen, « aujourd’hui, elle est vraiment prête à gouverner », se félicite Guy, retraité de 70 ans en Seine-et-Marne, en critiquant un « Macron qui essaye de la noyer par ses questions et de lui faire perdre pied, alors que c’est plutôt lui qui est mal à l’aise avec ses mensonges ».
Pour Martine Demonchy, déléguée départementale adjointe du RN, Marine Le Pen « a fait un excellent débat » : « J’aime beaucoup la manière dont elle répond, elle reste calme, elle garde de la hauteur, elle a la stature d’une présidente. »
Le RN a loué une Marine Le Pen « déterminée et sereine (...) proche de nos concitoyens », tandis qu’Emmanuel Macron était « arrogant, méprisant, avachi au fond de son fauteuil », selon les mots du président du parti Jordan Bardella sur BFMTV hier.
Au comité LREM du Grand Douaisis, on pense tout l’inverse. « Notre président-candidat, il a été efficace, réaliste, pragmatique et responsable », fait valoir Nelson Belizaire, 36 ans, tandis que Danielle Gobert, 59 ans, militante LREM de Marcq-en-Baroeul, fustige les « confusions » de Marine Le Pen sur l’économie.
Le président-candidat a « démasqué des contre-vérités », se félicite-t-on dans son entourage. Il a défendu « un projet sérieux, crédible, qui répond aux préoccupations des Français », face à une candidate RN qui, « depuis 2017, a peut-être changé de ton, mais n’a pas changé sur le fond », a insisté le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal sur France Info.
Le match retour de 2017 n’a pas attiré les foules : près de 15,6 millions de téléspectateurs l’ont suivi selon Médiamétrie, moins que les 16,5 millions de 2017. À en croire les experts et comme traditionnellement pour ces débats d’entre-deux-tours, il ne devrait pas enclencher de forts mouvements d’intentions de vote des électorats.
Gaëlle GEOFFROY/AFP


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DANS QUELLE MESURE LE DEBAT INFLUENCERAIT IL LE VOTE ? that is the question !
11 h 17, le 22 avril 2022