À 36 jours du grand rendez-vous électoral, la plupart des parties concernées semblent se rendre à l’évidence : le scrutin devrait avoir lieu à la date prévue, en dépit de tous les pronostics contraires. Sauf imprévu, les électeurs libanais se rendront donc aux urnes le 15 mai et le Liban retiendra son souffle après la fermeture des bureaux de vote... jusqu’à l’annonce des résultats.
Pourtant, ce qui paraissait être une échéance cruciale a perdu une partie de l’intérêt qu’elle suscitait, notamment chez les Occidentaux. D’abord à cause de l’importante actualité que constitue la guerre en Ukraine et ensuite en raison de considérations propres au processus électoral libanais. Il y a deux mois encore, les diplomates occidentaux au Liban ne cachaient pas leur intérêt pour les élections, demandant à leurs interlocuteurs libanais, qu’ils soient dans le domaine politique, dans les médias ou des spécialistes électoraux, ce qu’il fallait attendre du scrutin et si les forces de changement pouvaient espérer réaliser des percées importantes.Aujourd’hui, il semble que cette effervescence soit tombée et selon des sources diplomatiques qui suivent ce dossier, la communauté internationale serait désormais convaincue qu’il ne faut pas miser sur les élections législatives pour opérer un changement significatif dans le paysage politique libanais. Selon ces mêmes sources, toutes les études actuelles montreraient en effet que le Hezbollah et Amal devraient rafler les 27 sièges chiites du Parlement et permettre à leurs alliés d’enregistrer des scores acceptables. Ce qui signifierait qu’avec ses alliés, le Hezbollah devrait obtenir un minimum de 60 sièges et probablement un peu plus. Il est vrai qu’au Liban, le concept de majorité et de minorité parlementaires est assez confus, puisque depuis 2005, après le retrait des troupes syriennes, aucune majorité parlementaire n’a pu gouverner seule, qu’il s’agisse du 14 Mars qui avait obtenu la majorité en 2005 puis en 2009 ou du 8 Mars et alliés qui avaient obtenu la majorité en 2018. Le fait pour le Hezbollah d’obtenir avec ses alliés un grand nombre de sièges en dépit de la campagne locale et internationale menée contre eux est certainement une victoire, toutefois aux effets limités. Il y aura ainsi malgré tout à partir du 16 mai un certain nombre de députés qui afficheront leur hostilité au parti chiite et à ce que certains protagonistes appellent « l’occupation iranienne du Liban » au sein du Parlement. En somme, quels que soient les rapports de force qui apparaîtront au sein de la nouvelle Chambre, après le scrutin du 15 mai, les divisions resteront profondes et les ententes seront difficiles à conclure, qu’il s’agisse de la formation d’un nouveau gouvernement ou de l’élection d’un nouveau président de la République avant le 31 octobre. Selon les sources diplomatiques précitées, cette constatation serait à l’origine de la décision occidentale de donner désormais la priorité aux réformes structurelles réclamées par la communauté internationale pour mettre le Liban sur la voie du redressement économique. Certes, pour la communauté internationale, les élections doivent avoir lieu à la date prévue, car il s’agit là d’une échéance importante pour le processus démocratique. Mais elles ne constituent pas en elles-mêmes une solution. Les diplomates en poste à Beyrouth précisent désormais que le redressement au Liban est un long processus et un chemin complexe. Il est en effet apparu que le pays n’a pas d’institutions solides et survit désormais grâce à l’apport de la diaspora, les Libanais qui émigrent à l’étranger conservant en effet un attachement familial avec le Liban et ce sont eux qui contribuent aujourd’hui à empêcher son effondrement total.
Les mêmes sources diplomatiques affirment qu’après les élections, il faudra s’atteler à prendre des mesures concrètes de réformes, sur la base des négociations avec le Fonds monétaire international, qui semblent être, de l’avis de nombreux observateurs, la porte à travers laquelle les fonds pourraient revenir au Liban. Mais, toujours selon les mêmes sources, il faudra prendre des décisions impopulaires inévitables pour repartir sur des bases saines. Pour convaincre la communauté internationale de revenir au Liban, le pays devra donc d’abord être précis dans les chiffres qu’il avance et unifier son approche. Il devra aussi montrer qu’il veut s’aider lui-même avant de solliciter l’aide étrangère, expliquent certains experts qui ajoutent que, désormais, la demande d’aide s’amplifie dans le monde. L’Europe devra ainsi donner la priorité à l’Ukraine et aux millions de réfugiés ayant fui ce pays. Et dans ce contexte compliqué, si le Liban ne fait pas preuve de détermination sur le plan des réformes nécessaires, il pourrait ne pas obtenir les aides attendues.
Autrement dit, tous ceux qui croient qu’à partir du 16 mai le Liban commencera à voir le bout du tunnel pourraient se tromper. Si aujourd’hui la communauté internationale semble comprendre qu’à la veille des législatives, nul n’a le courage de prendre des décisions au niveau des réformes car elles sont impopulaires, il faudra inévitablement passer par là après le scrutin, indépendamment de son issue.


Avec ou sans elections, aucune reforme ne verra le jour, donc pas d'aide du FMI
18 h 19, le 09 avril 2022