L’un des plus anciens fossiles d’Homo sapiens, découvert en 1967 en Éthiopie dans la basse vallée de l’Omo (sur la photo), aurait au moins 230 000 ans. Un coup de vieux d’une trentaine de millénaires qui fait, une nouvelle fois, reculer dans le temps les débuts de notre espèce. Céline Vidal/Université de Cambridge/Handout/AFP
L’homme moderne, Homo sapiens, s’est aventuré sur le territoire européen de Néandertal bien plus tôt que rapporté jusqu’ici, comme en témoignent des fossiles et outils de la grotte Mandrin, sur le Rhône, en France, selon une récente étude de la revue Science.
Jusqu’ici, les découvertes archéologiques indiquaient une disparition de Néandertal du continent européen il y a environ 40 000 ans, peu après l’arrivée de son « cousin » Homo sapiens (à environ -45 000 ans). Sans qu’aucun indice ne trahisse une cohabitation entre ces deux espèces humaines. La découverte de l’équipe d’archéologues et paléoanthropologues menée par Ludovic Slimak, chercheur à l’Université de Toulouse, repousse l’arrivée d’Homo sapiens en Europe occidentale à il y a environ 54 000 ans. Autre fait remarquable, elle révèle son occupation de la grotte Mandrin en alternance avec Néandertal, là où d’ordinaire Sapiens remplaçait ce dernier pour de bon.
Sous l’abri de roche blanche, situé dans la Drôme (sud de la France) et excavé depuis 1990, s’empilent plusieurs couches archéologiques retraçant plus de 80 000 ans d’occupation de l’endroit, « où tout est extrêmement bien préservé dans des dépôts de sable très réguliers, portés par le mistral », raconte le chercheur. Son équipe y tombe sur une énigme : une couche, baptisée E, recèle au moins 1 500 pointes de silex taillé, dont la finesse d’exécution tranche avec les pointes et lames, d’exécution plus classique, des strates supérieures et inférieures. De très petite taille, pour certaines inférieures au centimètre, ces pointes « sont normées, au millimètre près, standardisées, quelque chose qu’on ne connaît pas du tout chez Néandertal », dit Ludovic Slimak, spécialiste des sociétés néandertaliennes. Probablement des pointes de flèche, inconnues en Europe à cette époque.
Au pied du Mont-Liban
Il attribue cette production à une culture baptisée Néronien, qui concerne plusieurs sites du couloir rhodanien. Et part en 2016 avec son équipe au musée Peabody de Harvard aux États-Unis, pour y confronter sa découverte avec une collection de fossiles taillés du site de Ksar Akil, au pied du Mont-Liban (le pays du Cèdre). Un des hauts lieux de l’expansion d’Homo sapiens à l’est de la Méditerranée.
La similarité entre les techniques utilisées lui fait supposer que Mandrin est le premier site répertoriant Homo sapiens en Europe. Sa piste était la bonne : une dent de lait, trouvée dans la fameuse couche E, est venue le confirmer. À Mandrin, les chercheurs ont trouvé neuf dents, en plus ou moins bon état et appartenant à six individus, confiées à Clément Zanolli, paléoanthropologue à l’université de Bordeaux. Grâce à la microtomographie (un scanner à très haute résolution), son verdict est sans appel : la dent de lait de la couche E est « la seule dent humaine moderne trouvée à cet endroit ».
L’équipe a employé ensuite une technique pionnière, la fuliginochronologie, qui analyse les couches de suie imprégnant les parois d’une grotte, traces d’anciens foyers. L’étude des fragments de parois, « tombés directement dans les couches, montrent qu’Homo sapiens est revenu une fois par an dans la cavité, sur 40 ans », dit M. Slimak. Homo sapiens est venu dans cette grotte un an seulement après le passage de Néandertal dans cet abri. Quand Homo sapiens le quitte définitivement, Néandertal y revient, bien plus tard (environ un millier d’années). « À un moment donné, les deux populations ont soit coexisté dans la grotte, soit sur le même territoire », en conclut le chercheur. Qui imagine que Néandertal ait pu servir de guide à Sapiens pour le mener aux meilleures sources de silex disponibles, situées pour certaines jusqu’à 90 km de là.
Un sacré coup de vieux
Au final, « l’apparition des humains modernes et la disparition de Néandertal sont beaucoup plus complexes » qu’imaginé jusqu’ici, remarque le professeur Chris Stringer, cosignataire de l’étude et spécialiste de l’évolution humaine au muséum d’histoire naturelle de Londres. La compréhension de leur chevauchement est indispensable pour expliquer « pourquoi nous sommes devenus la seule espèce humaine restante », ajoute-t-il.
Par ailleurs, l’un des plus anciens fossiles d’Homo sapiens découvert en Éthiopie aurait au moins 230 000 ans – un coup de vieux d’une trentaine de millénaires –, un âge bien plus élevé qu’estimé, selon une étude qui fait, une nouvelle fois, reculer dans le temps les débuts de notre espèce. Les restes d’Omo Kibish 1 furent déterrés en 1967 par l’équipe du célèbre paléoanthropologue kényan Richard Leakey, récemment décédé, dans la basse vallée de l’Omo (sud de l’Éthiopie), un site préhistorique mondialement réputé pour ses nombreux fossiles d’hominidés. Bien que très abîmés, les ossements du corps et les fragments du crâne présentaient une morphologie étonnamment moderne, faisant d’Omo 1 le plus ancien fossile d’Homo sapiens connu d’Afrique de l’Est. Et même de tout le continent africain, avant d’être détrôné par la découverte en 2017 de restes d’Homo sapiens primitifs au Maroc, remontant à 300 000 ans.
À Omo 1, très difficile à dater en l’absence de dentition, on donna approximativement 130 000 ans. Une étude parue en 2005 est ensuite venue repousser le temps, à 195 000 ans, en se fondant sur l’analyse des sédiments environnants – marqueur chronologique beaucoup plus fiable en l’occurrence que la datation directe sur les os. Mais « il restait encore beaucoup d’incertitude sur son âge », explique Céline Vidal, auteure principale d’une nouvelle étude publiée dans la revue Nature. Cette volcanologue de l’université de Cambridge est donc partie refouiller le bassin sédimentaire d’Omo Kibish, alimenté par la rivière Kibish. Située dans le Grand Rift, la zone fut en proie à de violentes éruptions volcaniques entre 300 000 et 60 000 ans avant notre ère. Les cendres, projetées sur des centaines de kilomètres à la ronde, sont venues au fil du temps s’intercaler entre les sédiments déposés par la rivière Kibish. Qui, en baissant de niveau, a peu à peu révélé le passé géologique, faisant d’Omo Kibish une véritable « bibliothèque », selon Céline Vidal. C’est en effet grâce à l’examen de ces différentes couches que les scientifiques ont pu évaluer l’âge des restes humains – par une méthode de datation, appelée argon-argon, des gaz rares contenus dans les roches. Son équipe a ainsi pu examiner la couche de cendres recouvrant les restes, et relier ces dépôts volcaniques à une explosion colossale du volcan Shala survenue il y a 233 000 ans. Et il s’agit d’un âge minimum, c’est-à-dire que ces restes humains pourraient être encore plus vieux.
Source : AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine