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La boîte à images et à musique d’Agnès Desarthe

La boîte à images et à musique d’Agnès Desarthe

© Frank Ferville / VU

L’Éternel fiancé d’Agnès Desarthe, éditions de L’Olivier, 2022, 250 p.

Traductrice, auteure d’une multitude de livres pour enfants, romancière prolifique pour adultes, Agnès Desarthe vient de signer son dernier roman, sous le titre romantique et un peu eau de rose de L’Éternel fiancé. Mais ne vous fiez pas aux apparences et aux conclusions hâtives. Il y a là riche matière à désarçonner le lecteur, en toute simplicité. Agnès Desarthe a plus d’un tour dans ses manches et sous sa plume. Ses jalons de succès le prouvent. Pour une carrière de femme de lettres depuis plus de trente ans, plusieurs distinctions dont le prix Anna de Noailles, le prix Renaudot des lycéens et le Prix littéraire du Monde lui ont assuré un bon et confortable lectorat.

Plume allègre et légère alliant l’innocence, la candeur, les attentes, les émerveillements, les jeux et la magie de l’enfance au dur apprentissage de l’âge adulte avec ses confrontations à la réalité, ses adversités, l’angoisse et la hantise de la mort mais aussi, même si ce n’est pas souvent, ses éclats de lumière, ses coups de chance, ses paradis terrestres éphémères et les impénétrables voies de l’amour.

Sans être tout à fait autobiographique, au sens conventionnel du terme, son dernier roman, L’Éternel fiancé, avec une connotation de déjà vu ou déjà lu, cerne bien étrangement, entre constante bonne humeur, attitude de pince sans rire et drame au quotidien, les contours d’une vie qui échappe à tout classement. Et le talent hybride d’Agnès Desarthe, dans ses deux dimensions narratives, liant petits enfants et personnages adultes, fait étincelle. Mais aussi parfois agace, pour tant de contorsions ou de surcharges narratives !

À travers une histoire ébouriffante, qui semble même une parodie, une caricature, une sorte de tremplin pour un discours à saute-moutons entre des univers différents, la vie est un miroir aux alouettes. Et l’on passe prestement d’un personnage à un autre, aux carrières sans frontières, à la fois fantasques ou sérieuses, aux destins imprévisibles ou improbables sans aucune voie commune… Comment alors capturer la vie et la rendre logique, tangible, perceptible ? Utopie, bien sûr, car la vie ça ne se chasse pas comme avec un filet à papillons. Ce roman qui cavale entre humour et drame, entre imaginaire débridé et réalité aux contours imprécis, est un livre gigogne où les histoires s’interpénètrent, se chevauchent, s’imbriquent comme ces poupées russes dans le ventre d’une matriochka.

Dans la douceur d’une nuit de Noël, deux enfants de quatre ans se tenant par la main, à l’école maternelle, la narratrice et Étienne, lors d’un concert, se jurent un amour éternel. Un serment insensé comme seuls les enfants peuvent le comprendre et le faire… Un début prometteur et charmant pour un conte bleu enfantin ? Absolument pas ! Car vite le poids des ans et le tourbillon des situations, pour représenter et incarner la vie, l’emporte. Comme une feuille morte dans un vent impétueux. Et défilent en un théâtre sans concessions les scènes les plus insolites ou les plus abracadabrantes d’un siècle ultra speedé, dingue et laxiste. Quarante ans plus tard, les enfants se rencontrent en un jour d’hiver. Étienne a tout oublié. Une baguette magique plutôt malfaisante bouscule tout.

Amours d’adolescents, fiançailles de jeunes en proie aux premiers émois, parents qui divorcent, laideur de l’obésité, singularités du sexe, frasques d’un gigolo, un mariage pour rire, la mort d’une mère, un chef d’orchestre victime d’un redoutable virus qui efface la mémoire… Ouf, et il y a encore davantage ! Voilà quelques-uns des ingrédients grinçants pour lier la sauce épicée et corsée de ce livre où s’accumulent les catastrophes.

Dans un style fluide, ce long fleuve aux eaux jamais tranquilles qu’est un parcours humain aborde les rives les plus insoupçonnées, les plus proches et les plus lointaines. De la joie à la mélancolie en passant par une palette diversifiée et paradoxale des sentiments humains, ces pages ont quelque chose d’ahurissant comme un puzzle indéfrichable.



L’Éternel fiancé d’Agnès Desarthe, éditions de L’Olivier, 2022, 250 p.Traductrice, auteure d’une multitude de livres pour enfants, romancière prolifique pour adultes, Agnès Desarthe vient de signer son dernier roman, sous le titre romantique et un peu eau de rose de L’Éternel fiancé. Mais ne vous fiez pas aux apparences et aux conclusions hâtives. Il y a là riche matière à...

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