Manifestation contre l’invasion russe de l’Ukraine, à Berne, en Suisse, le 26 février 2022. Arnd Wiegmann/Reuters
La Suisse, choquée par la brutalité de l’invasion de l’Ukraine, a choisi hier de reprendre « l’intégralité » des sanctions économiques de l’Union européenne contre la Russie, y compris contre le président Vladimir Poutine lui-même, malgré son attachement à sa neutralité.
« Il s’agit d’une mesure de grande ampleur par la Suisse », a dit le président de la Confédération helvétique Ignazio Cassis, lors d’un point de presse faisant suite à une réunion extraordinaire du gouvernement fédéral. Mais « l’attaque militaire sans précédent perpétrée par la Russie contre un État européen souverain a incité le Conseil fédéral à modifier sa pratique actuelle en matière de sanctions », souligne un communiqué. Le Conseil fédéral « fait ce pas avec conviction, de manière réfléchie et sans équivoque », a insisté M. Cassis, tout en continuant à proposer les bons offices du pays alpin, très attaché à préserver sa neutralité.
Oligarques interdits
Ueli Maurer, le ministre des Finances, a souligné que les avoirs des personnalités et entités qui se trouvent sur la liste noire de l’UE « étaient gelés avec effet immédiat ». L’interdiction d’importation, d’exportation et d’investissement en vigueur depuis 2014 et l’annexion de la Crimée par la Russie, a été étendue aux régions séparatistes de Donetsk et de Lougansk qui ne sont plus contrôlées par le gouvernement ukrainien.
Les sanctions financières contre Vladimir Poutine, le Premier ministre Mikhail Michoustine et le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov sont mises en œuvre sans délai, précise encore un communiqué du Conseil fédéral.
Pour sa part, la ministre de la Justice, Karin Keller-Sutter, a indiqué que cinq oligarques russes ou ukrainiens « très proches de Vladimir Poutine » et avec des liens économiques forts avec la Suisse étaient « immédiatement interdits d’entrer en Suisse ».
Ces personnes visées – dont la Suisse ne veut pas rendre les noms publics mais qui sont sur la liste noire européenne – n’ont pas de permis de résidence en Suisse mais d’importants « liens économiques surtout dans la finance et le négoce de matières premières », a-t-elle ajouté.
Comme l’UE l’avait fait dès dimanche, la Suisse a aussi fermé son espace aérien dès lundi à tous les vols en provenance de la Russie et à tous les mouvements aériens d’avions russes, y compris des avions privés mais « à l’exception des vols effectués à des fins humanitaires, médicales ou diplomatiques », précise le communiqué.
Les autorités suisses, qui semblaient hésiter à appliquer des sanctions à la hauteur de la transgression que représente l’invasion de l’Ukraine par la Russie, étaient sous forte pression depuis plusieurs jours pour s’aligner sur l’UE et les États-Unis. La plupart des partis politiques à l’exception du parti de droite radicale UDC – auquel appartient M. Maurer – réclamaient un geste plus fort. Samedi entre 10 000 et 20 000 personnes, qui ont défilé pour soutenir le peuple ukrainien, réclamaient aussi très vocalement des sanctions plus dures.
Engagements russes
Si la Russie n’est que le 23e partenaire commercial de la Suisse, les banques du pays alpin comptent parmi les favorites des grosses fortunes pour placer leur argent. Selon les statistiques de la Banque des règlements internationaux, les engagements des banques suisses à l’égard de clients russes se montaient à 23 milliards de dollars au troisième trimestre 2021, dont 21,4 milliards sous la forme de dépôts. Des oligarques russes ont également des intérêts dans de grandes entreprises suisses.
De plus, 80 % du négoce de pétrole et de gaz russes se font en Suisse, selon les estimations citées par la presse helvétique alors que le pays abrite de grandes sociétés de négoce des matières premières telles que Gunvor, Trafigura ou Glencore.
Christophe VOGT/AFP


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