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Moyen-Orient - Soudan

Au Darfour, la violence prospère sur le vide sécuritaire créé par le putsch


Au Darfour, la violence prospère sur le vide sécuritaire créé par le putsch

Des infrastructures délaissées par la Mission de paix conjointe de l’ONU et de l’Union africaine (Minuad) au Darfour, le 22 juin 2021. Abdelmonim Madibu / AFP

Pillages de bases de l’ONU, combats tribaux, attaques armées, viols et manifestations antiputsch : au Darfour, la violence prospère sur le terreau du vide sécuritaire laissé par le coup d’État militaire en octobre à Khartoum.

En 2020, le premier pouvoir postdictature signait la paix avec les groupes armés du Darfour, immense région de l’Ouest déchirée par des décennies de guerre. Un an et demi et un coup d’État militaire plus tard, les luttes de pouvoir refont surface.

La semaine dernière, des hommes armés ont tiré sur les forces de sécurité pour piller encore une fois des infrastructures laissées derrière elle par la Mission de paix conjointe de l’ONU et de l’Union africaine (Minuad) après 13 années de mission au Darfour.

Régulièrement, les habitants des environs sont surpris par des coups de feu, alors que les divers rebelles armés – qui sont accusés d’exactions au Darfour, mais aussi ailleurs en Afrique – veulent mettre la main sur des véhicules, des milliers de tonnes d’aides alimentaires et divers équipements laissés par l’ONU.

Rackets, pillages et viols

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), ce sont désormais « deux millions de personnes » qui sont laissées sans aide au Soudan, l’un des États les plus pauvres au monde, et plus particulièrement au Darfour où vivent la quasi-totalité des trois millions de déplacés du pays.

À cela s’ajoutent les heurts tribaux, des affrontements saisonniers pour les terres, l’eau ou les ressources qui ravagent maisons, champs et récoltes, et qui ont fait d’octobre à décembre près de 250 morts, selon un syndicat indépendant de médecins, évoquant également des cas de viols, un fléau récurrent au Darfour.

Pour Mohammad Issa, résidant du Darfour, tout a commencé à dégénérer le 25 octobre à un millier de kilomètres de là, quand le chef de l’armée, le général Abdel Fattah el-Burhane, a mené son coup d’État.

« La sécurité s’est beaucoup détériorée en quatre mois : régulièrement, des hommes en armes arrêtent des voitures et rackettent les passagers », dit-il.

« Les pillages mais aussi les viols sont devenus monnaie courante », renchérit Abdallah Adam qui vit dans le camp de déplacés de Zamzam au Darfour-Nord.

À Khartoum, le nouveau pouvoir militaire botte en touche. Il accuse les groupes armés de ne pas avoir respecté l’accord de paix de 2020 qui prévoyait qu’ils rendent les armes et démobilisent leurs hommes afin que ceux-ci soient intégrés aux forces régulières. Et les généraux désormais aux commandes accusent aussi les civils qu’ils ont limogés avec le putsch de n’avoir pas pris les mesures nécessaires.

Tout va empirer

Ils ajoutent qu’aujourd’hui, la tâche est plus ardue encore : en rétorsion au coup d’État, les bailleurs internationaux ont suspendu leur aide et fait perdre au Soudan 40 % de son budget.

« La communauté internationale doit nous soutenir », martelait encore jeudi le général Abderrahmane Abdelhamid qui supervise le désarmement et la réintégration des rebelles. Particulièrement, ajoute un haut gradé sous couvert d’anonymat, parce que « les groupes armés n’ont pas un contrôle total sur leurs hommes dans la région » où les armes sont partout après la guerre sanglante qui, depuis 2003, a fait au moins 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l’ONU.

Au Darfour, le nouveau pouvoir militaire a lui-même du mal à reprendre pied, alors que, très régulièrement, des foules défilent pour réclamer « la chute des putschistes ». « Personne ne fait confiance au régime des putschistes », martèle d’ailleurs Adam Rejal, porte-parole de la Coordination générale pour les réfugiés et déplacés du Darfour. Le général Burhane et son numéro deux, le général Mohammad Hamdane Daglo – patron des très redoutés paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) accusées d’exactions au Darfour – en ont récemment fait les frais. Des manifestants sont sortis pour dire « non » à leur venue. « Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui ont commis des crimes au Darfour sous (le dictateur Omar) Bachir, pourquoi protégeraient-ils les gens maintenant ? déclare M. Rejal. Il faut réinstaller le gouvernement civil, sinon tout va encore empirer. »

Source : AFP

Pillages de bases de l’ONU, combats tribaux, attaques armées, viols et manifestations antiputsch : au Darfour, la violence prospère sur le terreau du vide sécuritaire laissé par le coup d’État militaire en octobre à Khartoum.En 2020, le premier pouvoir postdictature signait la paix avec les groupes armés du Darfour, immense région de l’Ouest déchirée par des décennies de guerre. Un an et demi et un coup d’État militaire plus tard, les luttes de pouvoir refont surface.La semaine dernière, des hommes armés ont tiré sur les forces de sécurité pour piller encore une fois des infrastructures laissées derrière elle par la Mission de paix conjointe de l’ONU et de l’Union africaine (Minuad) après 13 années de mission au Darfour.Régulièrement, les habitants des environs sont surpris par des coups de feu,...
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