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Lifestyle - Mode

Virgil Abloh entraîne Louis Vuitton dans la dimension du rêve

Virgil Abloh entraîne Louis Vuitton dans la dimension du rêve

Le créateur Virgil Abloh, le 17 janvier 2019, à l’issue du défilé Louis Vuitton printemps-été 2019, à Paris. Photo Anne-Christine Poujoulat/AFP

Le 3 novembre 2021, c’est un Virgil Abloh en pleine forme qui, après avoir participé à Doha à l’encadrement et à la sélection des candidats du prix Fashion Trust Arabia, lançait un vibrant éloge à la diversité. Aux jeunes créateurs venus de tout le monde arabe, il a notamment déclaré : « C’est un grand honneur pour moi de me tenir devant vous ce soir. Des événements comme celui-ci me rappellent pourquoi la mode est d’une importance capitale. Regardez-nous : venus du monde entier, de différents milieux et parcours, nous avons une chose en commun : apporter de la beauté au monde. (…) Je crois que la mode est au meilleur d’elle-même quand elle est dans la diversité et qu’elle raconte des histoires multiples autour d’une seule. » Durant cet événement, il a également fait un set de DJ, lui qui a débuté son parcours aux côtés de Kanye West, et supervisé l’exposition itinérante « Figures of speach » donnée dans les locaux transformés de l’ancienne caserne de pompiers de Doha qui présentait, à travers ses objets iconiques et ses signalétiques détournées, une idée de son parcours créatif, de ses nombreuses collaborations avec diverses marques commerciales et artistes (Nike, Évian et Ikea, Takashi Murakami pour n’en citer que quelques-uns) et de sa philosophie plastique.

Clins d’œil à Kaws

Ainsi était Abloh, avide de contacts et de fusions, lecteur éclairé des tendances de son temps, accusé parfois de plagiat, mais seulement pour rendre hommage à travers ses pastiches aux œuvres dont il admire la pertinence et dissèque la popularité. Quelques semaines plus tard, fragilisé par son cancer secret, un angiosarcome cardiaque détecté en 2019, il souffre d’une pneumonie dont il décède le 28 novembre, laissant des millions de fans incrédules et atterrés. Louis Vuitton dont il dirige les collections masculines depuis 2018 accuse le choc. Nommé à la tête de cette ligne un an seulement après avoir remporté le prestigieux prix LVMH, et parallèlement à sa propre marque Off-White fondée en 2013, il est le premier créateur de couleur, à côté du jeune directeur artistique de Balmain, Olivier Roustaing.

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Cet hyperactif avait, avant son décès, préparé pour Louis Vuitton une collection printemps-été 2022 entière que la maison avait présentée à Miami en guise d’hommage, le 30 novembre 2021. Ludique, colorée, mélangeant les genres, valorisant l’inclusion, distribuant des clins d’œil au personnage de l’artiste Kaws avec ses oreilles surdimensionnées et ses yeux fermés par des X, le défilé était dominé par la présence d’une montgolfière rouge prête à l’envol. À la fin du défilé, toutes lumières éteintes, sauf un arc-en-ciel de lumière noire sur les gradins environnants, un gigantesque feu d’artifice a fouetté la nuit et l’hologramme d’Abloh a traversé l’obscurité. Le show s’appelait Virgil was here.

Il y en avait encore

C’est peu dire qu’Abloh continuera, même absent, à influencer la mode, mais le plus surprenant est que Louis Vuitton avait encore une collection d’Abloh, « terminée à 95 % », sous la manche. Mise en scène, musique, et bien sûr vêtements, tout avait été dessiné et conçu par le créateur touche-à-tout dont la formation initiale était le génie civil et l’architecture. À Paris, durant la semaine de la mode masculine, sous la grande verrière du Carreau du temple, la collection Louis Vuitton hommes automne-hiver 2022 créée par Abloh s’est révélée sous le signe du rêve. Le créateur, qui appelait à laisser de côté son intelligence et écouter en soi l’enfance, avait imaginé une maison onirique, à moitié enfouie dans le sol blanc, dont toutes les pièces étaient dispersées sur le lieu de la présentation. À la salle à manger jouait l’orchestre du groupe inclusif Chineke ! Sur l’escalier, un trampoline où les mannequins (danseurs et acrobates) se jetaient en cadence et se rattrapaient sur les marches. Sur le lit grand comme un lit parental géant, des personnages retombés en enfance font des cabrioles. Il y a des casquettes démesurées, des robes, des jupes, des caftans, des vestes sérieuses, sublimement affutées, dans des coloris qui ne le sont pas, et des manteaux surdimensionnés qui rejoignent une tendance confirmée pour la prochaine saison froide. Le streetwear est omniprésent, avec ses graffitis, ses survêtements anoblis. Tout se passe dans une dimension éthérée, accentuée par le bleu ciel du décor. L’orchestre alterne le classique, le jazz et le rap sans prévenir, l’un dans l’autre parfois. Le défilé touche à sa fin quand apparaissent de sublimes mannequins portant des ailes complexes en bretelles. Tout se passe comme si Abloh invitait les spectateurs en son paradis. Les invités applaudissent debout, en larmes. Sur la chaîne YouTube de la maison, une fan écrit : « Je n’ai jamais pleuré sur des vêtements, mais je l’ai fait plusieurs fois avec ce défilé. Chaque look raconte une histoire, s’inspirant des époques historiques de la mode, brisant les barrières raciales et de genre, devenant sans limites. C’est phénoménal. C’est ce que tant d’entre nous recherchaient dans la mode, et Virgil l’a rendu non seulement beau mais amusant. »


Le 3 novembre 2021, c’est un Virgil Abloh en pleine forme qui, après avoir participé à Doha à l’encadrement et à la sélection des candidats du prix Fashion Trust Arabia, lançait un vibrant éloge à la diversité. Aux jeunes créateurs venus de tout le monde arabe, il a notamment déclaré : « C’est un grand honneur pour moi de me tenir devant vous ce soir. Des...

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