Si la vocation première de l’ordre de Malte au Liban est intimement liée aux soins primaires, dispensés dans ses centres médico-sociaux disséminés sur l’ensemble du territoire, la situation dramatique que traverse le pays le pousse à répondre à de nouveaux besoins, nés des différentes crises qui se succèdent depuis plus de deux ans et qui saignent une population déjà exsangue.
C’est ainsi par exemple qu’il a lancé en septembre 2020 un projet agro-humanitaire pour apporter des solutions intelligentes à la crise alimentaire que subit la population. Il a aussi, sous une nouvelle direction médicale, diversifié son action en débloquant des fonds pour fournir des soins secondaires et tertiaires à travers la prise en charge hospitalière d’une centaine de personnes très vulnérables. Il se prépare en outre à lancer au début de l’année 2022 un cabinet de consultations spécialisées dans les pathologies chroniques lourdes, dont les maladies neurodégénératives, les cancers et la santé mentale. Il s’est enfin impliqué pour assurer la prise en charge d’opérations cardiaques pour enfants. Ces petits malades, âgés entre 9 mois et 12 ans, venus de diverses régions libanaises, souffrent tous d’une cardiopathie congénitale, pathologie qui touche 1 % des nouveau-nés. Ils ont aussi en commun d’être issus de familles démunies, n’ayant pas les moyens de faire traiter ni opérer leurs enfants. Car la procédure qu’ils doivent subir coûte aujourd’hui entre 90 et 100 millions de livres libanaises. Pour les parents de ces enfants, réunir une telle somme relèverait du miracle...
Cette procédure au cathétérisme remplace la chirurgie à cœur ouvert qui était effectuée il y a 20 ans, et qui nécessitait une hospitalisation d’au moins 10 jours, avec une grande cicatrice sur le thorax et d’importants risques de complications. Cette nouvelle technique simplifiée, pratiquée par le Dr Zakhia Saliba, spécialiste en cardio-pédiatrie et responsable du cathétérisme cardiaque, pédiatrique et congénital à l’Hôtel-Dieu de France, soulage l’enfant car elle n’implique que 48 heures à l’hôpital, ne laisse pas de trace et n’entraîne ni séquelles ni effets secondaires. Face aux difficultés financières des familles, les médecins traitants de ces enfants ne ménagent pas leurs efforts pour les aider à trouver des solutions de prise en charge et pour assurer le matériel médical, notamment les prothèses qui sont particulièrement coûteuses, d’autant plus avec la levée graduelle des subventions de l’État. Non subventionné, le prix d’une prothèse doublerait.
Sans oublier qu’avec l’effondrement économique du pays, il n’est plus question de compter sur la Caisse nationale de Sécurité sociale… « Le seul recours reste les associations, déclare le Dr Saliba. Cependant, même les associations présentes sur le terrain, et dont la seule vocation est de financer les opérations des petits malades du cœur, rencontrent désormais de grandes difficultés à récolter des fonds. C’est pourquoi la généreuse intervention de l’ordre de Malte est arrivée à point nommé, pour couvrir les frais d’hospitalisation de 14 enfants en l’espace de deux mois », dont quatre grâce à un don de l’Association monégasque de l’ordre de Malte.
La mère d’un des jeunes opérés s’exprimait avec émotion, remerciant la Providence de ce soutien inattendu, venu d’« une association que nous ne connaissions pas et qui, comme un ange gardien envoyé par le ciel, dans la plus grande discrétion, aide les personnes qui en ont besoin ».
« Nous leur serons éternellement reconnaissants », ajoute le père d’un des petits malades qui souffre de problèmes cardiaques depuis la naissance, « tant les médecins traitants qui nous ont indiqué les solutions alors que nous étions totalement désespérés, que le médecin spécialiste qui a fait l’opération, et l’ordre de Malte qui a rendu tout cela possible ». Père d’une famille de trois enfants, il est très croyant et fait « le serment devant Dieu que s’il m’en donne les moyens, j’aiderai à mon tour un enfant malade dans le besoin, et éduquerai mes enfants dans ce même esprit, afin d’agrandir cette chaîne de solidarité essentielle pour créer une société plus humaine ».

