Depuis quelque temps, le malaise grandit au sein de la base du Hezbollah. Il ne s’agit pas de protester contre l’emprise du parti chiite sur le quotidien de ses partisans ou de ceux qui l’appuient globalement, mais plutôt de critiquer son « attitude conciliante » dans plusieurs dossiers qui le mettent en cause et qui concernent son assise populaire. Cela a commencé avec les incidents de Khaldé, le 2 août, lorsque au cours d’un enterrement, des francs-tireurs appartenant à ce qu’on appelle des tribus arabes (sunnites) ont tiré, tuant au moins deux membres du Hezbollah. Il y a eu ensuite, le 7 août, l’incident de Chouaya où, après avoir tiré une volée de missiles au Sud contre les Israéliens, des membres du Hezbollah ont été agressés dans le village druze. Enfin, il y a eu les incidents de Tayouné quand, selon la version donnée par les proches du parti chiite, dans le cadre d’une manifestation organisée le 14 octobre contre le juge d’instruction Tarek Bitar, des proches d’Amal et du Hezbollah ont été attaqués avec des armes. Les affrontements qui ont suivi (avec des hommes armés chrétiens vraisemblablement proches des Forces libanaises) ont provoqué la mort de sept proches du tandem chiite, dont une femme qui était sur son balcon, selon la même version.
Face à tous ces événements – qui à chaque fois montrent que le Hezbollah est pris à parti et attaqué (du moins selon la version de ses partisans, surtout que les victimes appartiennent à son camp ou à celui de son allié Amal) –, à tort ou à raison, le parti de Hassan Nasrallah n’a pas réagi comme le souhaitent ses partisans, se contentant de s’en remettre à la justice. Or, jusqu’à présent, la justice prend son temps pour clore ces enquêtes, et dans le cas des incidents de Tayouné, après l’arrestation de plus de 25 personnes qui seraient impliquées, il n’y a plus que cinq suspects arrêtés qui ne semblent pas appartenir à un parti politique précis. On se souvient pourtant que le secrétaire général du Hezbollah avait prononcé à la suite de ces affrontements un discours qualifié de très important, dans lequel il accusait clairement les FL et leur chef d’avoir planifié et exécuté ces incidents, allant même jusqu’à dire que le parti de Samir Geagea voulait déclencher une nouvelle guerre civile.
En dépit donc du ton élevé de Hassan Nasrallah, l’enquête confiée au service des renseignements de l’armée par la justice militaire n’a pas abouti à des conclusions décisives. Si cette affaire, qui avait ému la base chiite du Hezbollah, a été rapidement supplantée par les multiples problèmes du quotidien des Libanais, le malaise demeure.
Après tous ces incidents successifs qui ont eu lieu à quelques semaines d’intervalle, l’affaire du ministre de l’Information Georges Cordahi a aiguisé la colère de la base du Hezb. Choisi par le chef des Marada, Sleiman Frangié, le ministre aujourd’hui démissionnaire est considéré comme un proche du Hezbollah. C’est d’ailleurs une déclaration sur la guerre du Yémen qu’il a faite avant d’être nommé ministre qui a provoqué la colère des Saoudiens et des dirigeants des États du Golfe en général. Or, après s’être ouvertement solidarisé avec le ministre Cordahi, au point de rejeter l’éventualité de sa démission, le Hezb, par la voix du secrétaire général adjoint, a déclaré un mois après l’éclatement de cette crise qu’il appuie M. Cordahi quelle que soit la décision qu’il prend. Selon les milieux politiques qui ont suivi ce dossier, cette déclaration de Naïm Kassem a été considérée comme un appui indirect à la démission du ministre et elle a montré, en tout cas, un changement dans la position du Hezbollah. Quelles que soient les raisons qui ont poussé le Hezbollah à accepter l’idée de la démission de Cordahi, pour ses partisans, il s’agit d’une nouvelle concession faite par le parti sans la moindre contrepartie.
En plus de tous ces dossiers qui dérangent sa base, le Hezbollah doit aussi faire face à l’affaire du juge d’instruction Tarek Bitar, chargé de l’enquête sur l’explosion du port. En dépit de toutes les déclarations publiques des dirigeants du parti chiite appelant le juge à se dessaisir du dossier ou à rectifier le cours de son enquête, ce dernier suit toujours la même ligne directrice dans ses convocations et dans ses poursuites contre les suspects.
Au sein de la base du Hezbollah, de nombreuses questions sont désormais posées sur les raisons qui poussent la direction du parti à être aussi conciliante, alors que dans la plupart des cas, les partisans du parti estiment que ce n’est pas lui qui a déclenché la crise et qu’il en a, malgré tout, subi les conséquences. Même si, selon ce que disent ses dirigeants, la priorité du Hezbollah est de préserver le calme et la sécurité sur le plan interne, une partie de sa base trouve qu’il va trop loin dans les concessions.
Selon des sources proches du parti, le Hezbollah est conscient de ce malaise et essaie de l’absorber. C’est dans ce contexte que dans son dernier discours, Hassan Nasrallah s’est longuement étendu sur le mazout que le Hezbollah est en train d’amener d’Iran, dans le but d’insister sur les initiatives positives qu’il lance. De même, les médias du parti mettent l’accent sur la cause palestinienne et sur le refus de toute normalisation avec les Israéliens pour continuer de mobiliser la base en faveur de la cause considérée comme principale, cherchant ainsi à faire passer au second plan les questions internes. Mais en dépit de ces tentatives, dans les cercles fermés du Hezbollah, les militants posent des questions sur l’absence de réaction de la direction, au moment même où le Hezb est accusé par ses adversaires de mettre la main sur le Liban.


Pourquoi j ai été censuré? Je pense que l’OLJ devrait envoyé un petit mot à l auteur du texte censuré pour lui expliquer la raison de la censure Mon texte était très clair et moins critique de Mm Haddad que d’autres qui sont bien passés et que je lis à nouveau maintenant
04 h 58, le 12 décembre 2021