Aussi importante que soit la crise actuelle entre le Liban et les États du Golfe, l’Arabie saoudite en tête, elle ne parvient pas à cacher les petites guerres internes entre les différentes parties impliquées dans ce bras de fer. Au lieu de faire front commun face à ce problème qui touche tous les Libanais, les parties politiques n’en finissent plus de l’exploiter pour des règlements de comptes entre adversaires... mais aussi entre amis.
Le Liban attendait le retour à Beyrouth du président du Conseil Nagib Mikati et sa rencontre avec le chef de l’État Michel Aoun pour l’informer de la teneur de ses entretiens en marge du sommet de Glasgow. Mais une fois cela fait, rien n’a changé dans le paysage politique et l’impasse gouvernementale semble s’installer. Selon des sources proches du Sérail, M. Mikati serait donc revenu de Glasgow avec des assurances américaines, françaises et autres, sur la nécessité de maintenir son gouvernement en place, car le fait qu’il continue à assumer les responsabilités est essentiel pour le Liban et pour la communauté internationale en cette période délicate. En même temps, selon les mêmes sources, il lui aurait été dit qu’un début de résolution de la crise avec l’Arabie passe inévitablement par la démission (ou le limogeage) du ministre de l’Information Georges Cordahi. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle à peine rentré de l’étranger et après sa rencontre avec le chef de l’État, M. Mikati a choisi d’adresser, dans le cadre d’un discours, un appel à Cordahi pour « qu’il écoute sa conscience... et son sens national ». Bien qu’enveloppé dans des propos émotionnels, le message est clair : Nagib Mikati demande pratiquement à Georges Cordahi de démissionner de son propre chef parce que les dirigeants saoudiens ne veulent pas entendre parler d’un dialogue avec le Liban avant une telle démarche.
Le fait que Nagib Mikati ait choisi d’adresser ce message à M. Cordahi à partir du Sérail, et non du palais de Baabda, est sans doute voulu. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette décision. D’abord, il s’agit de montrer que c’est le président du Conseil qui dirige réellement le gouvernement et assume donc pleinement ses responsabilités, surtout après les critiques dont il a fait l’objet face à ce qui a été considéré comme une absence de réaction rapide de sa part après le déclenchement de la crise.
Toutefois, en s’exprimant à partir du Sérail, M. Mikati a en quelque sorte montré que l’appel lancé au ministre Cordahi n’est pas celui du président de la République, mais bien le sien et celui du gouvernement. Cette décision a dû être prise d’un commun accord entre les deux responsables, et c’est comme si le chef de l’État voulait se mettre un peu en retrait de l’appel à la démission, pour ne pas s’aligner sur un camp précis. C’est d’autant plus important que le Hezbollah n’a pas caché son refus de la démission de M. Cordahi. Or ce parti reste, contre vents et marées, l’allié du Courant patriotique libre et ce dernier ne compte pas prendre position ouvertement en faveur de la démission du ministre de l’Information. Pourtant, selon les mêmes sources ministérielles, aussi bien le chef de l’État que le CPL ne seraient pas hostiles à cette démission, si elle peut permettre de débloquer la crise avec Riyad et les États du Golfe en général.
C’est là qu’interviennent les petites zizanies politiques. Selon des sources proches du courant des Marada, le chef de l’État et le CPL souhaitent la démission de Georges Cordahi juste parce qu’il a été choisi par le leader maronite Sleimane Frangié et Farid el-Khazen. Ils voudraient donc marquer un point dans la lutte politique qui se déroule entre eux et qui est appelée à s’accentuer à l’approche de l’échéance des élections législatives. Il faut rappeler à cet égard que lorsque Georges Cordahi et Johnny Corm (le ministre des Télécoms) ont été choisis par les Marada pour faire partie du gouvernement, le CPL avait estimé que ce choix précis était dirigé contre lui parce qu’il montrait une volonté des Marada et de leur allié Farid el-Khazen de renforcer leur influence au Kesrouan. Toujours selon les sources précitées, le chef de l’État et le CPL verraient donc dans la démission de Georges Cordahi un coup porté aux ambitions « kesrouanaises » de Frangié. D’ailleurs, ce dernier y a lui-même fait allusion lorsqu’il s’est exprimé à partir de Bkerké en disant qu’il refuse que la démission du ministre de l’Information permette au camp présidentiel de marquer un point. De même, alors qu’il était à un moment question que le chef de l’État choisisse lui-même un successeur à M. Cordahi si celui-ci venait à démissionner, il est désormais convenu que ce sera à Sleimane Frangié de le faire, à la demande du président du Parlement Nabih Berry et du Hezbollah, pour ne pas modifier les équilibres qui ont permis la naissance du gouvernement.
De même, le silence assourdissant du président de la Chambre depuis le déclenchement de cette crise a été relevé par plusieurs milieux politiques. Les sources proches de Aïn el-Tiné affirment que M. Berry attend le moment propice pour intervenir, notamment après avoir écouté les informations rapportées par le président du Conseil de son voyage à l’étranger. Mais d’autres sources politiques précisent que Nabih Berry ne veut pas intervenir sciemment. D’abord pour ne pas irriter les monarchies du Golfe avec lesquelles il conserve de bonnes relations et ensuite parce qu’il ne serait pas mécontent de laisser le Hezbollah faire, seul, face à cette crise. En même temps, il veut ménager son allié chrétien Sleimane Frangié face à son rival Gebran Bassil, ce qui rend toute prise de position dans ce dossier plus que difficile.
Autrement dit, crise avec le Golfe ou pas, les petites guerres continuent sur le plan interne et les petits règlements de comptes se poursuivent, compliquant encore plus la position libanaise dans un dossier déjà particulièrement délicat.


The political bickering and total abdication of responsibility by the political class for personal calculations, score settling, and electoral gains prove once again to the Lebanese people that they are unfit to hold public office. We need to fire them all in the upcoming elections, clean house and usher in new politicians emanating from the October 17 revolution. As for Mr. Cordahi, congratulations on becoming a pion in the score settling chess game.
03 h 25, le 07 novembre 2021