« Oh ! quel farouche bruit font dans le crépuscule
Les chênes qu’on abat pour le bûcher d’Hercule » V. Hugo
Depuis quelques jours, on parlait d’archiver dans ton bureau, à l’IRAP*, tous les documents laissés dans cet espace familier que tu as occupé plus de quatre décennies.
Libéré de l’Institut, tu t’apprêtais à faire ce qui plaît à tes désirs et rêves. Tu venais de terminer la maison de Boulos, ton père, à Chabtine ;
et tu étais heureux de l’habiter été comme hiver : c’était la retraite pliée au bonheur simple de la campagne, bonheur léger du contentement et des journées paisibles.
Hélas, tout cela n’a duré qu’un court moment : le 10 octobre, on apprenait ton envol définitif. Qui a dit que nous sommes éternels ? Mais quand un être cher s’en va, il est difficile d’admettre l’éphémère de notre vie sur terre : Toni, il ne nous était plus permis de te revoir ! Cette évidence est pénible à accepter et, les yeux embués, on se sent impuissants à fournir une parole de consolation et de paix à Graziella et à tes enfants. « Qu’elle est lourde à porter l’absence de l’ami ! » chantait Brel. Oui, Toni, tu es de ces personnes dont le départ creuse un trou dans le quotidien du cercle.
On puise alors dans le filet de notre mémoire tout un océan de souvenirs rien que pour te ressusciter. Tu étais ce géant aux pieds d’argile vu ton humanité ; tu étais l’ami fidèle, le dévoué, le philanthrope, l’érudit, ayant toujours le cœur sur la main. Tu vivais pour ta famille, ton département de psychologie, ton IRAP, ta maison de campagne, ta poésie dialectale et populaire. C’était ta façon à toi de respirer. Tu aimais la vie simple, sans facticité. Malgré la cuisante douleur de la séparation et nos larmes amères, nous ne te pleurerons pas, convaincus que « les yeux qu’on ferme voient encore » et que « les justes vivent à jamais ». Tu seras dès lors invisible mais non absent.
Dors en paix Toni et que Dieu, dans sa généreuse miséricorde, te réserve un accueil lumineux et une place de choix au ciel pour mieux veiller sur ta famille et intercéder pour nous dans nos difficultés.
Quant à moi, j’ai été très éprouvé par ton départ. Septuagénaire comme toi, je vois les gens de notre génération s’en aller les uns après les autres. C’est bien triste ! Mais d’un autre côté, cela signifie également que nos retrouvailles sont proches. À bientôt donc, Toni ! J’irai te voir un jour, au ciel, dans ta nouvelle patrie.
Paul MAOUAD
*IRAP : Institut de rééducation
audio-phonétique

