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Moyen-Orient - Conflit

Entre Israël et Ramallah, de petits pas à défaut de paix

Entre Israël et Ramallah, de petits pas à défaut de paix

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas (au centre), rencontre les ministres israéliens de la Santé, Nitzan Horowitz (à gauche), et de la Coopération régionale, Issawi Freij, le 3 octobre 2021 à Ramallah. PPO/HO/AFP

Changement de ton entre Israël et Ramallah ? Des ministres israéliens sont récemment allés en Cisjordanie occupée rencontrer Mahmoud Abbas, une première en près d’une décennie visant à « améliorer » la vie des Palestiniens sans toutefois aborder la question épineuse de la paix. Benjamin Netanyahu et Mahmoud Abbas s’étaient ignorés. Mais depuis l’arrivée en juin d’un gouvernement de coalition ayant mis fin à 12 ans de règne de M. Netanyahu, trois ministres israéliens se sont rendus au siège de l’Autorité palestinienne, à Ramallah, à commencer par celui de la Défense Benny Gantz fin août. Et dimanche soir, les ministres de la Santé Nitzan Horowitz et de la Coopération régionale Issawi Freij lui ont emboîté le pas, pour « établir des ponts et de la confiance » entre les deux camps, a fait valoir la présidence palestinienne. « Nous avons une mission commune : maintenir l’espoir d’une paix fondée sur une solution à deux États », a renchéri M. Horowitz, chef de la formation de gauche Meretz, membre d’une coalition hétéroclite réunissant la droite, le centre, la gauche et même un parti arabe.

Un ultimatum ?

Pourquoi un tel dialogue maintenant ? « Mahmoud Abbas tente de tirer profit du contexte diplomatique », estime l’analyste israélien Uzi Rabi, directeur du centre de recherche Moshe Dayan sur le Moyen-Orient à l’université de Tel-Aviv. Un contexte qui tient selon lui à trois éléments : une administration Biden qui est plus sensible aux Palestiniens que celle de Trump, des membres de la coalition en Israël qui cherchent à sauvegarder la solution à deux États et un président palestinien peu populaire mais qui se présente comme la seule option viable face aux islamistes du Hamas.

Aujourd’hui, près de 80 % des Palestiniens souhaitent la démission de Mahmoud Abbas, selon un baromètre récent du Centre de recherche palestinien sur la politique et les sondages (PCPSR), évoquant un taux « sans précédent », plaçant le Hamas devant le Fateh de M. Abbas en cas d’élections. Si Mahmoud Abbas rencontre des ministres israéliens, cela ne l’empêche pas de tancer l’État hébreu à qui il a donné « un an » lors d’un discours récent à l’ONU pour se « retirer des territoires palestiniens occupés », menaçant dans le cas contraire de ne plus reconnaître Israël.

Plus de 675 000 colons vivent en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, territoires occupés depuis 1967. Personne ne s’attend à voir Israël se retirer de ces territoires d’icià un an, et ce délai a plutôt été interprété comme une façon pour Mahmoud Abbas, 86 ans, d’agiter le risque d’une Autorité palestinienne sans lui. « Il a suggéré que si rien n’était fait, la situation pourrait s’avérer chaotique » après son départ, souligne M. Rabi, d’où le besoin pour Israël de maintenir une Autorité palestinienne et d’améliorer le sort économique des Palestiniens pour stabiliser les territoires. Le chef de la diplomatie israélienne Yaïr Lapid a, lui, récemment déposé un plan pour soutenir l’Autorité palestinienne face au Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza et considéré comme une organisation « terroriste » par Israël. Le but est d’« améliorer » les conditions de vie des Palestiniens et « créer de meilleures conditions pour de futurs pourparlers ».

« Aucun processus de paix »

« Les Israéliens veulent une Autorité palestinienne faible, mais présente. Ils veulent parler de questions humanitaires mais ne veulent pas aller plus loin, ils ne veulent pas entendre parler de droits ou de libertés politiques », estime l’analyste palestinienne Diana Buttu. « Il n’y a aucun processus de paix en cours avec les Palestiniens et il n’y en aura pas », avait d’ailleurs affirmé début septembre une source proche du Premier ministre israélien Naftali Bennett, considéré comme un partisan de la solution à « un État », un grand Israël dans lequel les Palestiniens auraient le même niveau de vie que les Israéliens.

« Abbas pense qu’en rencontrant les partis israéliens (...) il créera une impulsion pour faire pression sur Bennett » et créer une « dynamique » favorable à la reprise de pourparlers de paix dans les limbes depuis 2014, estime l’analyste palestinien Khalil Shaheen. Mais cette stratégie pourrait s’avérer « inefficace », souligne-t-il, car les ministres israéliens rencontrés par M. Abbas ont davantage intérêt à la « survie » de leur propre gouvernement de coalition qu’à des pourparlers de paix. « Le gouvernement israélien s’est entendu pour éviter les sujets controversés comme la question palestinienne qui pourrait le faire trébucher en une minute », renchérit M. Rabi.

Guillaume LAVALLÉE avec Hossam EZZEDINE/AFP


Changement de ton entre Israël et Ramallah ? Des ministres israéliens sont récemment allés en Cisjordanie occupée rencontrer Mahmoud Abbas, une première en près d’une décennie visant à « améliorer » la vie des Palestiniens sans toutefois aborder la question épineuse de la paix. Benjamin Netanyahu et Mahmoud Abbas s’étaient ignorés. Mais depuis l’arrivée en juin...

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