Marc Jacobs affiche sans complexe son visage bandé après une intervention chirurgicale. Photo tirée de son compte Instagram
« Ah ! je ris de me voir si belle en ce miroir ! » chantait Marguerite, l’héroïne de l’opéra de Gounod, Faust, avant que la Castafiore de Tintin ne reprenne l’air à sa manière. La gent masculine, de son côté, a semble-t-il trouvé bien imparfaits ces visages que ses représentants ont redécouverts en temps de pandémie, via les conférences Zoom et le miroir souvent déformant des selfies et autres vidéos en direct. Au sortir de cette période, certains hommes ont ainsi choisi d’effectuer des plus ou moins importantes « corrections » esthétiques, après avoir longtemps été cloîtrés chez eux. Et ce n’est plus un tabou, alors que ce marché-là était auparavant plus l’apanage des femmes. Si entre 2000 et 2018 l’American Society of Plastic Surgeons (ASPS) rapportait une hausse de 29 % des interventions esthétiques masculines (à la fois chirurgicales et non chirurgicales), la tendance s’est confirmée ces derniers mois, modifiant l’éventail des pratiques de la dermatologie et de la chirurgie plastique partout aux États-Unis et même ailleurs, jusqu’en Australie.
Être plus beau par tous les moyens, une affaire d’hommes aussi. Photo d’illustraion tirée de Bigstock
Dis-moi qui est le plus beau
« Les hommes subissent de plus en plus souvent des interventions de gynécomastie qui réduisent leur tissu mammaire. Cependant, d’autres chirurgies esthétiques sont très recherchées, notamment le lifting du visage qui permet d’effacer les rides et autres plis, et de se sentir mieux dans cette peau renouvelée. Nombreux sont ceux qui pensent que paraître plus jeune permet de rester compétitif tant dans la vie personnelle que professionnelle », peut-on par exemple lire sur le site australien artisteplastic surgery.com. Le tabou de la chirurgie esthétique masculine disparaissant, le bistouri est devenu un geste de plus en plus fréquent. Le cabinet propose ainsi « des liftings à Sydney qui éliminent les rides en excès pour permettre à la peau de retrouver sa jeunesse ».
Plus qu’effacer les traces du temps, il s’agit aussi pour l’homme d’être ou de se sentir plus beau. S’exposer quotidiennement sur les réseaux sociaux, par obligation professionnelle ou pour développer des relations personnelles, requiert une projection de soi qui soit parfaite. Et, comme toute la planète semble sous l’emprise de cette image idéale, avec des critères de beauté de plus en plus stricts, ces messieurs ont suivi la tendance sans hésiter et sans même s’en cacher. Tous les médias ont évoqué le coming out dans ce domaine du célèbre designer américain Marc Jacobs qui a allègrement posté sur Instagram les différentes phases de son facelift. À l’origine de sa transformation, le Dr Andrew Jacono, considéré dans la haute société new-yorkaise comme le magicien de la chirurgie esthétique, a même exposé sa thèse au Wall Street Journal : « Il y a d’abord le fait que les médecins ont appris à ne plus “féminiser” le visage d’un homme en employant une technique semblable, comme ils le faisaient dans les années 70 et 80. Car ils ont à présent à traiter un plus grand nombre de patients de sexe masculin. La raison principale qui pousse les hommes à envisager la chirurgie plastique n’a rien à voir avec l’avancée des techniques ou de la science mais parce que de nos jours, tout le monde considère avoir droit à son quart d’heure de célébrité. Cela est également dû aux exigences des plateformes de médias sociaux comme Instagram. Notre apparence est devenue notre carte de visite, et que cela nous plaise ou non, nous jugeons souvent un livre par sa couverture. »
Marc Jacobs affiche son visage retouché après une intervention chirurgicale. Photo tirée de son compte Instagram
Paraître naturel
Mais il y a plus encore. Au-delà d’un visage qu’ils veulent toujours attirant et avenant, les hommes tiennent à conserver, malgré les marques de l’âge, une belle allure. Désormais, ils n’hésitent pas à recourir aux grands moyens en favorisant, toujours selon l’ASPS, les cinq interventions suivantes : la liposuccion, la réduction mammaire, l’abdominoplastie, la blépharoplastie (chirurgie des paupières) et la rhinoplastie (chirurgie du nez). Sans oublier leur addiction aux méthodes non invasives comme en témoigne la grande demande pour le botox, les fillers et autres injections de vitamine C. Enfin, et dans une suite logique, le remodelage corporel non invasif devient un must. In fine, l’essentiel pour toute la gent masculine est de paraître naturel. Personne ne veut avoir l’air retouché. « La surcorrection des problèmes esthétiques chez les hommes peut conduire à des caractéristiques plus féminines. Il est donc essentiel de trouver un chirurgien qui comprenne l’équilibre nécessaire afin de préserver une apparence masculine », affirme ainsi le chirurgien plastique Jacob Unger, basé à Nashville. « Ce n’est pas un résultat final idéalisé que nous recherchons, dit-il encore. Chez les hommes, un certain nombre de défauts ou d’irrégularités de contour peuvent être élégants. Il s’agit donc de décider quelles zones laisser comme telles et, retoucher ou éliminer seulement celles qui vieillissent. Donc, opter pour une intervention appropriée qui ne soit ni trop appuyée ni forçant la dose de jeunesse. »



A quand le brain-lift??
09 h 00, le 06 octobre 2021