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Monde - Diplomatie

Les Etats-Unis de Biden ne veulent plus être les gendarmes du monde

"Nous devons nous donner des missions avec des objectifs clairs et réalistes, pas des objectifs que nous n'atteindrons jamais", plaide le président américain.

Les Etats-Unis de Biden ne veulent plus être les gendarmes du monde

Le président américain, Joe Biden, à la Maison Blanche à Washington, le 3 septembre 2021. Photo Reuters / Kevin Lamarque

Barack Obama l'a laissé entendre, Donald Trump l'a scandé à sa tonitruante manière, mais c'est sans doute Biden qui, à l'occasion du retrait d'Afghanistan cette semaine, l'a exposé le plus clairement: les Etats-Unis ne veulent plus être les gendarmes du monde.

"+Il est temps de mettre fin à cette guerre éternelle+ (...) C'est Biden qui l'a dit mais cela aurait facilement pu être Trump", note Charles Franklin, professeur à la Marquette Law School. Il commente un discours prononcé mardi par le président américain, au lendemain de l'annonce du départ des derniers militaires américains, après vingt années de guerre en Afghanistan. Loin de faire profil bas après un retrait chaotique qui l'a fragilisé auprès de l'opinion publique, Joe Biden a saisi l'occasion pour exposer très clairement sa doctrine internationale. "Il ne s'agit pas que de l'Afghanistan. Il s'agit de mettre fin à une époque d'interventions militaires majeures destinées à recréer d'autres pays", a-t-il dit.

Pour Benjamin Haddad, du centre de recherches Atlantic Council basé à Washington, c'est là "le plus éloquent rejet de l'internationalisme" par un président américain "depuis des décennies", selon un commentaire sur Twitter. Certes, "America is back", "l'Amérique est de retour", répète souvent le démocrate de 78 ans, mais il a expliqué à quelles conditions.

"Nos erreurs" 
"Nous devons apprendre de nos erreurs", a-t-il dit. "Nous devons nous donner des missions avec des objectifs clairs et réalistes, pas des objectifs que nous n'atteindrons jamais", et "nous devons nous concentrer clairement sur la sécurité des Etats-Unis". Joe Biden se targue d'une très longue expérience de politique étrangère, comme sénateur puis comme vice-président de Barack Obama. Ce dernier a d'ailleurs initié, sans doute sans le dire aussi frontalement que Joe Biden, un repli de l'interventionnisme américain. Barack Obama avait ainsi estimé que l'emploi d'armes chimiques par Bachar Al-Assad serait une "ligne rouge" appelant une riposte armée. Mais quand Damas l'a franchie, en août 2013, le président démocrate n'a finalement pas déclenché les frappes aériennes prévues.

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Pour Joe Biden, la rivalité qui oppose les nations démocratiques aux régimes autoritaires tels que la Chine doit prendre le pas sur les grandes opérations militaires. Dans son esprit, la démocratie doit prouver qu'elle peut répondre, mieux que les dictatures, aux grands défis tels que le changement climatique ou la pandémie, tout en étanchant la soif de prospérité des classes moyennes. Dans cette grande compétition, Joe Biden compte sur le jeu des alliances, une différence radicale avec Donald Trump. Il organise d'ailleurs à l'automne un sommet virtuel rassemblant des chefs d'Etat et de gouvernement de nations démocratiques, dont la liste n'a pas été dévoilée.

Les Etats-Unis "ont toujours hésité entre s'isoler des péchés du monde et répandre les bienfaits de leur modèle. Depuis 1945, ils avaient choisi d'être les défenseurs puis les missionnaires de la démocratie. Ils rentrent à la maison", a commenté sur Twitter l'ancien ambassadeur de France à Washington, Gérard Araud.

"Nounou" 
La gestion très unilatérale du retrait d'Afghanistan a de fait secoué les pays alliés des Etats-Unis. Et elle a réjoui Pékin et Moscou, qui se sont empressés d'y lire un avertissement pour les pays ayant tout misé sur le soutien militaire américain. "Il semble y avoir un degré certain de frustration" même s'il est difficile de savoir "à quel point c'est profond" parmi les alliés des Etats-Unis, à propos de la gestion du retrait d'Afghanistan, estime Tricia Bacon, professeure à l'American University.

Mercredi, au lendemain du grand discours de Joe Biden, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est vu appliquer les réserves du président américain en matière internationale. Joe Biden lui a redit sa promesse de l'aider contre "l'agression" russe en Crimée, en lui fournissant en particulier des équipements militaires. Mais le président américain n'a pas, loin de là, ouvert grand les portes de l'Otan à l'Ukraine, très désireuse de rejoindre l'alliance militaire atlantiste. Et Joe Biden n'a pas reculé non plus sur Nord Stream 2, un projet de gazoduc russe qui inquiète beaucoup Kiev. Plutôt que des sanctions, la Maison Blanche a choisi l'approche diplomatique sur ce dossier délicat.

Ailleurs qu'en Europe, Joe Biden "a peut-être bien baissé le rideau pour de bon sur l'interventionnisme militaire américain au Proche et Moyen-Orient au sens large", analyse dans un blog Imad Harb, directeur de recherches et d'analyse au "Arab Center" de Washington. Faute de soutien militaire américain garanti, cela pourrait amener les pays de la région tentés de hausser la voix et d'agir contre l'Iran à faire preuve "de la plus grande retenue", estime-t-il.


Barack Obama l'a laissé entendre, Donald Trump l'a scandé à sa tonitruante manière, mais c'est sans doute Biden qui, à l'occasion du retrait d'Afghanistan cette semaine, l'a exposé le plus clairement: les Etats-Unis ne veulent plus être les gendarmes du monde.
"+Il est temps de mettre fin à cette guerre éternelle+ (...) C'est Biden qui l'a dit mais cela aurait facilement pu être...

commentaires (1)

Il est toujours aussi surprenant de voir la rapidité avec laquelle la presse mondiale (je ne parle pas spécialement de l'Orient-Le Jour) tire des conclusions définitives sur la politique militaire d'une si grande puissance; sans recul, sans délais. Le retrait des USA d'Afghanistan a été convenu avec les Taliban depuis un an et demi, de façon quasiment publique (même si les annexes de l'accord de Doha du 29 février 2020 restent secrètes). Donc tous ceux qui savent lire... le savaient. Qui plus est, l'accord a été respecté à 24h00 près. Au grand dam de l'EI (Etat Islamique) et en dépit de l'attentat désespéré que ces terroristes ont commis pour discréditer les Taliban et pousser - si possible - les USA à la faute. Faute que les USA n'ont pas commise; ce qui fait qu'au final ils ont évacué en bon ordre. "On" semble oublier dans la "grande" presse qu'évacuer un pays qu'on occupe depuis 20 ans est plus complexe que rendre les clefs d'un studio en fin de bail meublé pour un étudiant. Alors, un peu de recul, un peu de réflexion, comme la fin de cet article l'évoque, cela pourrait être plus sage que ce manichéisme qui passe du blanc au noir en oubliant que le monde n'est fait que de nuances de couleurs. Les USA prennent du recul. Ils changent simplement de posture en ce moment. Changement qui durera jusque la fin de l'année. Ce n'est pas un secret. N'oublions pas qu'avant le 31 décembre 2021 il seront partis "totalement partis" d'Irak. Vous l'aviez oublié? On en reparlera...

CODANI Didier

17 h 14, le 05 septembre 2021

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Commentaires (1)

  • Il est toujours aussi surprenant de voir la rapidité avec laquelle la presse mondiale (je ne parle pas spécialement de l'Orient-Le Jour) tire des conclusions définitives sur la politique militaire d'une si grande puissance; sans recul, sans délais. Le retrait des USA d'Afghanistan a été convenu avec les Taliban depuis un an et demi, de façon quasiment publique (même si les annexes de l'accord de Doha du 29 février 2020 restent secrètes). Donc tous ceux qui savent lire... le savaient. Qui plus est, l'accord a été respecté à 24h00 près. Au grand dam de l'EI (Etat Islamique) et en dépit de l'attentat désespéré que ces terroristes ont commis pour discréditer les Taliban et pousser - si possible - les USA à la faute. Faute que les USA n'ont pas commise; ce qui fait qu'au final ils ont évacué en bon ordre. "On" semble oublier dans la "grande" presse qu'évacuer un pays qu'on occupe depuis 20 ans est plus complexe que rendre les clefs d'un studio en fin de bail meublé pour un étudiant. Alors, un peu de recul, un peu de réflexion, comme la fin de cet article l'évoque, cela pourrait être plus sage que ce manichéisme qui passe du blanc au noir en oubliant que le monde n'est fait que de nuances de couleurs. Les USA prennent du recul. Ils changent simplement de posture en ce moment. Changement qui durera jusque la fin de l'année. Ce n'est pas un secret. N'oublions pas qu'avant le 31 décembre 2021 il seront partis "totalement partis" d'Irak. Vous l'aviez oublié? On en reparlera...

    CODANI Didier

    17 h 14, le 05 septembre 2021

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