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Lifestyle - Liban Pop

Maya Diab : dans les bras, dans le cœur, un nouveau Liban

L’artiste vient de dévoiler une chanson patriotique dans laquelle elle se demande ce que l’avenir réserve à son pays. Peu sereine, elle confie dans un entretien exclusif : « Pour la première fois, je l’avoue, j’ai en moi une colère sans limites. »

Maya Diab : dans les bras, dans le cœur, un nouveau Liban

Maya Diab portant un nouveau-né dans son nouveau clip « Watani Li Jayi ». Photo DR

À l’idée de devoir un jour faire ses valises et quitter le Liban, elle qui répétait toujours qu’« aucune force au monde ne (l)’éloignera de Beyrouth », Maya Diab ne peut s’empêcher de laisser couler ses larmes. La voix étouffée, elle lance un cri du cœur, un « Je ne veux pas partir ! » dans un entretien accordé à L’Orient-Le Jour, en se demandant si ce qui attend le pays du Cèdre ne l’obligera pas bientôt à s’exiler. C’est d’ailleurs cette incertitude, ce grand inconnu dans lequel vivent les Libanais qu’elle chante sur son dernier single Watani Li Jayi (« Ma patrie de demain ») et sur lequel elle répète avec émotion : « Ô lendemains, dites-moi, que cachez-vous ? Et les années à venir ? Est-ce un sourire ou une larme ? Je ne veux pas que l’obscurité me vole mes jours… »

« L’année dernière, j’ai été très affectée par l’explosion du 4 août, comme d’ailleurs toute personne qui aime le Liban, et elles sont nombreuses à l’aimer, partout dans le monde, avoue Maya Diab. Cette explosion m’a brisée. » « Ma première réaction a été de venir au secours des victimes, les blessés, mais je voulais faire davantage », explique l’artiste, qui a multiplié les initiatives caritatives après le drame et a été – malheureusement – l’une des rares stars à descendre dans la rue, aux côtés des Libanais, pour les soutenir. « 40 jours plus tard, poursuit-elle, j’ai offert un concert intitulé Watani à la mémoire des victimes, avec des chansons patriotiques anciennes qui portent en elles beaucoup d’amour pour le pays et une grande nostalgie. Puis j’ai senti qu’il était temps de préparer ma propre chanson pour le Liban. C’est ainsi que Watani Li Jayi est née. Je l’ai gardée cachée tout au long de l’année. »

Maya Diab entourée des figurants dans son dernier clip « Watani Li Jayi ». Photo DR

Le nouveau Liban

Dévoilé le 5 août 2021, le single veut dépasser la tragédie du port. « Avec la pandémie, le statu quo politique en début d’année, j’ai préféré attendre pour sortir la chanson. Mais là, j’ai senti que les gens avaient besoin d’être bousculés. J’ai attendu que la commémoration du 4 août soit passée, surtout avec la prolifération sur les télés des clips catastrophes qui ont exploité le drame de manière honteuse. » Pour ce single touchant, la chanteuse et présentatrice télé a sollicité la plume d’Ahmad Madi, affirmant vouloir « une chanson qui dure dans le temps, sur un pays dont l’histoire ne cesse de se répéter ». « À aucun moment ce ne sera une fin heureuse et à aucun moment une fin triste, dit-elle. Et c’est cette incertitude qui nous taraude constamment, cette peur de savoir ce que nous réserve le lendemain. » La musique, elle, est signée Hadi Charara, son complice depuis quelques années déjà : « Hadi a composé une musique qui porte dans ses moindres détails l’histoire que je voulais raconter, sans avoir rien à ajouter. »

Sur le clip, signé Joe Bou Eid, Maya Diab porte un nouveau-né dans ses bras. Comme si, en quelque sorte, elle portait ce nouveau Liban au futur incertain, à l’image de chaque mère qui se demande quel avenir aura son enfant. Elle déambule en portant ce bébé dans un couloir où elle observe des scènes de notre quotidien : un mariage musulman, un mariage chrétien ; le souvenir d’un martyr de la guerre sur une photo en noir et blanc ; un fils qui rentre de voyage ; un anniversaire dans une famille riche, et un autre dans une famille moins fortunée, où une bougie grossière fait office de bougie d’anniversaire sur un modeste gâteau fait maison. « J’ai contacté Joe Bou Eid le 1er août et je lui ai annoncé que nous n’avions que 5 jours pour tout faire, confie l’artiste. Il m’a d’abord répondu que cela relevait de l’impossible. Mais quand il a écouté la chanson, il a accepté le défi et a tourné ce clip qui parle de manière touchante de la vie, de l’avenir, du Liban, de renouveau, le tout symbolisé par ce bébé. »

Rêver de leurs funérailles…

Espoir ou désespoir ? Maya Diab n’est pas sereine et elle ne le cache pas. « Je m’attends au pire, confie-t-elle. Cette fois-ci, ce n’est pas comme à chaque fois. Depuis deux ans et demi, un peu avant la révolution d’octobre, quand nous avons commencé à sentir que quelque chose tournait mal dans notre système bancaire, nous sommes en chute libre. Je crois même que, depuis quelques jours, nous avons commencé à toucher le fond. La vitesse à laquelle nous dégringolons fait de notre pays aujourd’hui le pire pays au monde. Quelle chute fracassante ! » Une constatation qui fait envisager à Maya Diab l’inenvisageable : « Une femme comme moi, tellement attachée au Liban, à sa poussière, qui a encore beaucoup d’amour à lui donner, je sens que je pourrais être contrainte à emmener ma fille ailleurs. Si nous perdons tout, si nous n’avons plus d’écoles ni de secteur éducatif, ce secteur qui a fait que des Libanais ont brillé partout dans le monde, que ferons-nous ? Si nous perdons nos hôpitaux, nous qui mendions des médicaments pour traiter les blessés de l’explosion du Akkar, quel choix avons-nous ? Aujourd’hui, je suis dans tous mes états. »


Pour l’artiste, qui a récemment repris Chou Hal Iyam Elli Wsolnala de Ziad Rahbani, son ami de longue date, le pays du Cèdre n’a pas arrêté de souffrir, et nous Libanais y sommes pour beaucoup. « Nous n’avons pas su le préserver. Alors que nous étions occupés par des soucis superficiels et un show-off sans limites, nous avons perdu notre pays en aidant ces zaïms à accéder au pouvoir. Malheureusement, ils ont pris le Liban ou ce qui en reste, un peu de terre. Et quand je pense qu’il existe encore quelques idiots qui croient que ces leaders vont les sauver. Pour la première fois, je l’avoue, j’ai en moi une colère sans limites et une violence qui m’animent. Moi qui ai été éduquée à aimer mon prochain… »

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Dans ce tableau noir, la chanteuse ose cependant espérer un éveil collectif, uniquement « lorsque chacun de nous sera convaincu que nous sommes la cause de tous nos maux et que les solutions sont entre nos mains ». « Arrêtez de vous demander où est la révolution et pourquoi personne ne manifeste dans les rues, s’écrie Maya. N’attendez plus personne, ne pointez plus les autres du doigt. La thaoura ne se fait pas en musique ni en concerts. Le changement doit venir d’une manière progressive. Chaque éclaircie en encouragera une autre, plus importante, mais il faut commencer quelque part. » Alors qu’elle promet de nouvelles chansons patriotiques, « toujours de qualité », Maya Diab confie également qu’elle envisage de soutenir à sa manière le mouvement indépendant contre les anciennes politiques, à travers un projet qui précédera les législatives prévues en mai prochain. Son message : faire campagne pour mettre l’accent sur l’importance du processus électoral et démocratique afin d’aider le Liban à se relever, « ce nouveau Liban dont la naissance n’a que trop tardé ».


À l’idée de devoir un jour faire ses valises et quitter le Liban, elle qui répétait toujours qu’« aucune force au monde ne (l)’éloignera de Beyrouth », Maya Diab ne peut s’empêcher de laisser couler ses larmes. La voix étouffée, elle lance un cri du cœur, un « Je ne veux pas partir ! » dans un entretien accordé à L’Orient-Le Jour, en se demandant si...

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