Les Jeux paralympiques ne débuteront qu’aujourd’hui à Tokyo, mais un tableau aimante déjà les regards : celui des cas de Covid-19, qui atteignent des sommets au Japon. La flamme paralympique, éprouvée par les vents contraires depuis son allumage originel ou presque, a plusieurs fois vacillé. Malgré la défection de Mexico pour l’édition 1968, le refus de Moscou pour 1980 ou encore la menace il y a cinq ans d’une annulation à Rio en raison d’une crise budgétaire, elle brûle toujours. Et un peu plus de deux semaines après la clôture des Jeux olympiques, elle va connaître à son tour au Japon les tourbillons du Covid-19, qui ont déjà repoussé d’un an l’allumage de la vasque du stade national.
Les participants aux JO sont partis, le coronavirus reste. Dans l’archipel nippon, la situation sanitaire ne s’est pas améliorée depuis, au contraire. Ces derniers jours, le Japon enregistre un record de 25 000 cas quotidiens. Sa stratégie « zéro Covid » vole en éclats face au variant Delta. Selon les médecins locaux, les hôpitaux seraient au point de rupture, les cas graves atteignant des niveaux inédits depuis le début de la pandémie dans un pays relativement épargné jusqu’ici. Comme leurs homologues olympiques, les athlètes paralympiques seront donc soumis à des dépistages quotidiens du coronavirus et n’auront pas le droit de s’aventurer en dehors de leur hébergement ou des sites des JO.
Huis clos général
Plus frustrant, ils savent depuis une semaine qu’ils se disputeront les médailles au milieu de gradins vides dans tous les sites, comme ce fut le cas pour 98 % des épreuves olympiques. À la différence que pour les para-athlètes, les occasions sont plus rares d’évoluer devant des tribunes pleines. « Quand j’ai appris qu’il n’y aurait pas de spectateurs, j’ai été déçu parce que je me nourris du public », affirmait ce dimanche écoulé l’archer américain Matt Stutzman, l’une des têtes d’affiche du documentaire Rising Phoenix, distribué par Netflix. « Quand les gens voient un gars sans bras tirer une flèche en plein milieu d’une cible, la tribune s’enflamme et ça me pousse encore plus », avait-il ajouté.
Malgré le huis clos imposé, ce sont des athlètes à la joie rayonnante qui se sont présentés en conférence de presse dimanche, aux côtés de Stutzman. « C’est certainement le moment de la plus grande exposition et c’est la raison pour laquelle on est très attachés aux Jeux », a résumé Stéphane Houdet, l’un des deux porte-drapeaux français à la cérémonie d’ouverture aujourd’hui. « J’attends cet instant depuis si longtemps, je suis surexcité d’être enfin ici », s’enthousiasmait le sauteur en longueur allemand Markus Rehm, surnommé « Blade Jumper » en référence à sa lame de prothèse. Lui qui avait mené –
sans succès – une bataille juridique jusqu’au Tribunal arbitral du sport (TAS) pour concourir aux JO sera l’une des stars de cette 16e édition des paralympiques, rendue singulière par la force du Covid-19.
Le Comité international paralympique (CIP) s’attend à ce que la portée de l’événement, d’une durée de 13 jours (24 août-5 septembre), soit « incroyable » malgré tout. « Bien sûr, le fait que nous n’ayons pas de spectateurs dans les sites constitue un défi, a reconnu son président, Andrew Parsons. Mais nous pensons que nous toucherons plus de quatre milliards de personnes par la diffusion télé. »
Un « exemple »
Parmi les 22 sports en compétition, c’est le tennis-fauteuil qui attirera en particulier les regards, malgré l’ajout de deux sports très populaires en Asie, le parabadminton et le parataekwondo. L’archipel japonais dispose du meilleur joueur de la spécialité, Shingo Kunieda, 24 titres majeurs et deux médailles d’or paralympiques en simple. Nommée capitaine de sa délégation, la star locale doit mener l’équipe japonaise à la même ruée vers l’or qu’il y a deux semaines aux JO, quand ses 27 médailles du plus beau métal (57 au total) lui avaient permis de prendre la troisième place du tableau.
Le Japon envoie en outre un nombre record et inédit d’athlètes (254 sportifs) aux Jeux paralympiques dans le but non seulement de remporter des médailles d’or, mais aussi de construire une société plus inclusive, selon Miki Matheson, l’une des trois cadres de la délégation nippone. « Le succès des paralympiques ne se résume pas à ce que les athlètes signent des performances ou gagnent beaucoup de médailles », a souligné hier l’ex-sportive médaillée d’or aux Jeux paralympiques d’hiver de Nagano en 1998. « Les paralympiques ne réussiront pas si on ne sent pas que (les personnes handicapées) peuvent sortir plus librement et que les gens autour d’eux peuvent changer leur façon de penser grâce aux paralympiques », a-t-elle ajouté.
Dans ce même état d’esprit, Alia Issa (20 ans), première para-athlète de l’équipe des réfugiés aux Jeux paralympiques, a dit hier espérer que son exemple serait suivi par d’autres femmes réfugiées vivant avec un handicap. « Ne restez pas à la maison, essayez tous les jours de faire du sport, soyez dehors, dans le monde. J’espère être un premier exemple à suivre », a-t-elle déclaré.
Source : AFP


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