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Politique - Analyse

Comment le Liban a fait de Macron un apprenti sorcier

Un an après la visite spectaculaire du président français à Beyrouth, le bilan n’est pas glorieux. Si la faute en incombe avant tout à la partie libanaise, Paris aurait pu (beaucoup) mieux faire, au moins en rendant sa stratégie plus lisible.


Comment le Liban a fait de Macron un apprenti sorcier

Emmanuel Macron à la Résidence des Pins, le 1er septembre 2020. Photo AFP

Autant entrer tout de suite dans le vif du sujet : la responsabilité de l’échec de la mission française au pays du Cèdre incombe avant tout et surtout à la partie libanaise. Personne ne peut sauver un pays qui refuse de se sauver lui-même. Emmanuel Macron a le mérite d’avoir essayé, d’avoir mis la main à la poche, de ne pas avoir abandonné le Liban en proie à un fort isolement diplomatique. Et, jusqu’à preuve du contraire, personne n’a fait mieux ou n’a ne serait-ce que proposé une alternative plus efficace. Le Liban est si cassé qu’il est impossible de le réparer en quelques mois. Il était prétentieux, côté français, de penser pouvoir le faire, tout comme il était naïf, côté libanais, de croire qu’Emmanuel Macron – ou un autre – pouvait endosser dans ces circonstances le costume de l’homme providentiel. Dans les rangs des parties issues de la société civile, on a beaucoup reproché au locataire de l’Élysée d’avoir contribué à « relégitimer » la classe politique, en la plaçant au cœur de son initiative. Mais cette critique peut paraître injuste. Le pays était ingouvernable et ses dirigeants indéboulonnables bien avant que le chef de l’État français n’intervienne, et rien ne permet de penser que l’histoire aurait été différente s’il ne s’était pas invité dans ce bourbier. Le reproche semble témoigner d’une forme de frustration liée au propre sentiment d’impuissance des formations de l’opposition dont une partie attendait certainement beaucoup trop de Paris.

Pour mémoire

Dans les coulisses de l’initiative française : Macron au secours du Liban (I/II)

Reste malgré tout, un an après la première visite d’Emmanuel Macron (en tant que président) au Liban, un immense sentiment de gâchis. Et l’impression que la partie française a péché par orgueil, a fait preuve d’une certaine forme d’amateurisme et, surtout, a navigué à vue pendant des mois, rendant sa stratégie illisible et prêtant le flanc à toute sorte de théories plus ou moins farfelues.

Dès le départ, la relation entre Emmanuel Macron et le Liban a été construite sur un malentendu, entretenu par les propos contradictoires du président français. Ce dernier a organisé son voyage à Beyrouth dans des délais extrêmement courts en réaction à la double explosion du port, et manquait probablement de préparation. Dans les rues dévastées de Gemmayzé, il prononce, enivré par la foule, cette phrase qui lui coûtera cher au moment d’évaluer le bilan de son initiative : « Je vais leur proposer un nouveau pacte politique cet après-midi et je reviendrai pour le 1er septembre, et s’ils ne savent pas tenir leurs engagements, je prendrai mes responsabilités avec vous. » Le président a fait là une double faute. Un : il met le doigt sur la plaie, en pointant la nécessité d’un nouveau pacte politique, mais contredit ainsi les objectifs beaucoup plus pragmatiques de sa mission libanaise qui consiste à mettre le pays sur la voie des réformes le plus vite possible pour ralentir son effondrement. Deux : il laisse entendre qu’il pourra jouer les gendarmes et sanctionner les réfractaires sans en avoir à l’époque ni l’intention ni les moyens. C’est là le principal reproche que l’on peut faire à Emmanuel Macron : le décalage entre un discours grandiloquent qui promet de changer le monde – ou au moins le Liban –, et une politique beaucoup plus mesurée et plus en adéquation avec les moyens réels de la France au pays du Cèdre.

Deux autres options
Le président français a vendu une promesse qu’il n’était pas capable de tenir. Il a ensuite rectifié le tir, lors de sa seconde visite le 1er septembre – pour laquelle il était nettement mieux préparé –, mais il était déjà trop tard. Difficile de susciter pire sentiment en politique que celui de l’espoir déçu. Pouvait-il faire autrement ? Certainement. Avec de meilleurs résultats ? On peut en douter. On lui reproche d’avoir demandé à une classe politique qui a prouvé à maintes reprises son incapacité à mettre en œuvre les réformes nécessaires de le faire dans les plus brefs délais. On lui reproche d’avoir intégré le Hezbollah, la principale force contre-révolutionnaire, aux tractations censées préparer le changement. L’initiative française visait à obtenir des résultats concrets et rapides et non pas, au moins dans un premier temps, à soutenir la révolution. Elle a choisi de s’appuyer sur les forces politiques traditionnelles, qui bénéficient encore d’une assise populaire, bien que pour certaines largement réduites. Mais l’équation était dès le départ impossible : sans eux rien ne pouvait se passer, avec eux rien ne pouvait aboutir.

Pour mémoire

II. Emmanuel Macron dans les méandres de la politique libanaise

Emmanuel Macron aurait tout de même pu agir différemment. Deux autres options, au moins, s’offraient à lui. La première était d’aborder la situation avec plus de modestie et d’accepter de ne pas y jouer l’un des rôles principaux. Malgré toute son ambition dans la région, Vladimir Poutine agit par exemple avec beaucoup plus de discrétion sur la scène libanaise, pour un résultat toutefois tout aussi miséreux. Le président français n’aurait rien fait de plus, mais en évitant de prendre autant la lumière, il se serait au moins épargné une déconvenue qui renvoie la France à son statut de moyenne-grande puissance.

Mais Emmanuel Macron n’est pas homme à aimer les petits pas de l’ombre. Encore moins au Liban, considéré comme le dernier pré carré – est-ce vraiment le cas ? – français dans la région. « Il veut être l’homme de la relation franco-libanaise du XXIe siècle », nous confiait récemment un membre de l’équipe française. Le président a agi par intérêt (les siens et ceux de la France), mais surtout par conviction, celle qu’il ne fallait surtout pas abandonner le Liban, celle qu’il était capable de réussir là où tant d’autres ont échoué.

Pour mémoire

Forces et faiblesses du plan B français

La seconde option consistait au contraire à se donner les moyens de ses ambitions. Emmanuel Macron a eu le verbe d’un Léviathan mais les moyens d’un fonctionnaire. Il n’a pas osé, par peur d’un changement trop brutal ou d’être accusé de néocolonialisme, mettre les deux pieds dans le plat libanais. Il aurait pu définir, dès sa première visite, un objectif à long terme et accepter de perdre la partie sur le temps court : soutenir les forces du changement (encore faut-il qu’elles se montrent à la hauteur de l’enjeu), sanctionner les responsables (en ayant conscience des limites d’un tel instrument), reconnaître un gouvernement de transition (avec tous les risques que cela comporte, notamment sur le plan sécuritaire). Une politique plus musclée n’était pas non plus une garantie de succès, mais aurait été plus en adéquation avec l’énergie dépensée par le président et ses équipes sur le dossier libanais. La critique est facile après coup, mais une meilleure lecture de la situation aurait peut-être permis de gagner du temps. Et aurait clarifié la stratégie française, clairement partagée entre une volonté d’obtenir des résultats rapides et d’éviter l’effondrement total du pays d’une part, et une envie de contribuer à la naissance d’un nouveau Liban d’une autre. « On n’enclenche pas des sanctions parce que des gens ne prennent pas leurs responsabilités politiques », avait affirmé le président français à l’occasion de l’anniversaire du centenaire du Grand Liban. Un peu moins d’un an plus tard, l’Union européenne a enfin adopté un cadre pour des sanctions adressées contre les dirigeants locaux. Dans celui-ci, l’UE considère comme passible de sanctions le fait « d’entraver ou de compromettre le processus politique démocratique en faisant obstacle de manière persistante à la formation d’un gouvernement, ou en entravant ou compromettant gravement la tenue d’élections ». Il était temps.


Autant entrer tout de suite dans le vif du sujet : la responsabilité de l’échec de la mission française au pays du Cèdre incombe avant tout et surtout à la partie libanaise. Personne ne peut sauver un pays qui refuse de se sauver lui-même. Emmanuel Macron a le mérite d’avoir essayé, d’avoir mis la main à la poche, de ne pas avoir abandonné le Liban en proie à un fort...

commentaires (12)

Apprenti sorcier ! insulte suprême envers un homme de surcroit Président d’un pays ami venu pour le sauvetage d’un Liban en déperdition. Au moins le Président Macron a eu l’intention de faire bouger les lignes pour la survie d’un Liban en déchéance. Que certains disent qu’il est traité de dictateur en France est une pure ineptie, si pour sauver des vies il faut passer par une dictature alors, VIVE la DICTATURE Macronienne ! pour imposer le pass sanitaire qui, d’ailleurs a été validé par le conseil constitutionnel Français. Il est trop facile de donner des solutions à la pelle après coup. Aujourd’hui même le clodo du coin revendique avoir prédit que, blablabla-bla-bla-bla. C’est ce que la lecture de cet article me donne comme impression. Le Président Macron a agi avec méthode et sans précipitation, Il a laissé parler son cœur, en espérant trouver en face de lui, le même rependant pour lancer une opération de sauvetage inédite dans l’histoire. Parler sans rien proposer de concret c’est l’apanage des incapables, c’est un peu ce que nous lisons dans un article qui n’a donné aucune solution au Grand Pays du Cèdre. Jeter l’opprobre insensément ; en insinuant et martelant des suppositions qui ne tiennent pas debout c’est le comble du comble. Il est vrai que n’est pas Mounir Rabih qui veut. La France est prête à aider le Liban Siiiiiii les Libanais changent d’orientation à 180 degrés, en faisant des réformes dignes de ce nom. Vive l’amitié Franco-Libanaise !

Le Point du Jour.

09 h 23, le 07 août 2021

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Commentaires (12)

  • Apprenti sorcier ! insulte suprême envers un homme de surcroit Président d’un pays ami venu pour le sauvetage d’un Liban en déperdition. Au moins le Président Macron a eu l’intention de faire bouger les lignes pour la survie d’un Liban en déchéance. Que certains disent qu’il est traité de dictateur en France est une pure ineptie, si pour sauver des vies il faut passer par une dictature alors, VIVE la DICTATURE Macronienne ! pour imposer le pass sanitaire qui, d’ailleurs a été validé par le conseil constitutionnel Français. Il est trop facile de donner des solutions à la pelle après coup. Aujourd’hui même le clodo du coin revendique avoir prédit que, blablabla-bla-bla-bla. C’est ce que la lecture de cet article me donne comme impression. Le Président Macron a agi avec méthode et sans précipitation, Il a laissé parler son cœur, en espérant trouver en face de lui, le même rependant pour lancer une opération de sauvetage inédite dans l’histoire. Parler sans rien proposer de concret c’est l’apanage des incapables, c’est un peu ce que nous lisons dans un article qui n’a donné aucune solution au Grand Pays du Cèdre. Jeter l’opprobre insensément ; en insinuant et martelant des suppositions qui ne tiennent pas debout c’est le comble du comble. Il est vrai que n’est pas Mounir Rabih qui veut. La France est prête à aider le Liban Siiiiiii les Libanais changent d’orientation à 180 degrés, en faisant des réformes dignes de ce nom. Vive l’amitié Franco-Libanaise !

    Le Point du Jour.

    09 h 23, le 07 août 2021

  • Quelle immense tristesse.

    Chapman Agnès

    13 h 06, le 06 août 2021

  • On peut reprocher beaucoup de choses dites et non respectées du président Macron mais on ne peut pas renier sa volonté de sauver notre pays sans trop de casse. A sa première visite et même au cours de la deuxième, il était décidé à utiliser des gros moyens pour stopper l’hémorragie et mettre des pansements sur notre nation qui avait plutôt besoin d’une amputation franche et nette. Mais ceci allait à l’encontre de l’existence même du pays vu l’état de gangrène qui s’est emparé de lui. Il misait en premier sur son peuple mais celui ci était déjà dans un état de septicémie due à l’infection inoculée par ses dirigeants. Les messages maintes fois répétés de toute part, aidez-nous pour qu’on puisse vous aider sont restés lettre morte et pour cause le peuple, anéanti par tant d’injustice et de guerre ne croyait plus dans les dirigeants qui qu’ils soient. Ils préfèrent subir les atrocités auxquelles ils arrivent toujours à affronter en se débrouillant plutôt que d’être propulsés dans un avenir incertain que tous les pays voisins ont connu avant lui. C’est finalement une impasse à laquelle doit faire face tous les pays aidants si de surcroît ils ne décident pas d’anéantir la cause du problème en s’appuyant sur les lois internationales et celles de notre pays qui stipulent qu’aucune milice armée ne doit se trouver sur son sol sous peine d’être combattue et désarmée de force. Alors qui est prêt de tous ces pays à mener une bataille contre cet axe? Et dans quel intérêt?

    Sissi zayyat

    10 h 39, le 06 août 2021

  • 1. l'Union Européenne a mis 1 an pour produire une résolution qui est une coquille vide : elle ne vise que ceux qui retardent le nouveau gouvernement. Elle omet délibérement de mentionner toute la bande qui a conduit le pays à sa ruine, y compris celui pressenti pour le former alors qu'il fut l'un des principaux acteurs à côté de son protégé de la banque centrale lequel depuis 27 est à l'origine de la politique monétaire désastreuse dont les résultats calamiteux sont aujourd'hui associés aux diverses misères de ce pays. 2. l'auteur a bien relevé l'incohérence française d'avoir cru pouvoir confier la tâche de conduire des réformes essentielles à ceux là même qui ont contribué à l'effondrement du pays. N'aurait il pas été plus pertinent de faire appel à des experts multinationaux objectifs désintéressés désignés par les Nations Unis pour exécuter ces tâches vitales pendant une période précise de 18 à 24 mois dans le cadre d'un programme stricte préparé par le FMI et la Banque Mondiale??

    ABIAD Samir

    10 h 08, le 06 août 2021

  • Ce brave Monsieur n'est pas si aimé que ça en France, il a trouvé un terrain de jeu pour redorer son blason et se faire aimer quelque part ... en France on le traite de dictateur au Liban de sauveur ...

    Zeidan

    09 h 55, le 06 août 2021

  • La seule solution pour la survie du Liban est sa mise sous tutelle de l’ONU, le temps de réécrire une constitution digne de ce nom, avec neutralité complete de ce petit pays multiconfessionnel.

    Sam

    09 h 45, le 06 août 2021

  • Tout est dit ! Et la France l'a fait. Le président Macron ignorait (maintenant il a appris, et ses conseillers auraient pu être plus clairvoyants) la force d'inertie de cette classe politique qui lui a assuré un accueil chaleureux comme Président de la République de la France et non comme Emmanuel Macron. Mais l'initiative semble en progression. A suivre.

    Bassam Youssef

    09 h 44, le 06 août 2021

  • Suite de mon commentaire : Faut pas s’étonner aujourd’hui si le gouvernement sera immédiatement annoncé et composé. Suite à l’annonce d’une manne financière à venir par les pays donateurs, les responsables au liban vont tout faire pour accélérer la composition de ce gouvernement. On verra sous peu Mikati et Aoun se sourire et s’entendre sur nos écrans TV …. Comme dit… c’est un portefeuille qui remplace le coeur des responsables politiques au liban…. wait and see…

    radiosatellite.online

    09 h 28, le 06 août 2021

  • Le président Macron a fait ce qu’il a pu. Il a le mérite d’avoir bougé et de s’être mélangé aux libanais dans la misère. Il n’y était pas obligé de le faire. Sachant que côté libanais, aucune empathie , aucun geste cordial ne fut accompli par le locataire endormi dans son palais. Emmanuel Macron ne peut pas tout faire. Il a cru un moment que les responsables libanais seraient sensibles à ce drame inédit et terrible. Bah non… les dits responsables libanais n’ont qu’un portefeuille à la place du coeur et sont 1000% déconnectés des libanais. Le président Macron est lié aussi par l’europe. Ca sert à quoi s’il interdit le séjour des responsables libanais en France? Et que ces derniers passent par la Belgique ou la hongrie. Ce dernier pays ayant refusé d’imposer des sanctions à la classe politique libanaise. Bref, E Macron ne peut pas intervenir en dehors des gens qui sont au pouvoir… sinon il aurait été accusé d’ingérence et de favoriser un coup d’état. C’est la différence entre un président FR qui connaît ses limites et une classe politique libanaise qui ne connaît pas ses limites

    radiosatellite.online

    09 h 23, le 06 août 2021

  • L’histoire des sanctions virtuelles de l’Union Européenne contre les dirigeants libanais commence à ressembler de plus en plus à l’histoire des frappes virtuelles de Barack Obama contre Bachar el Assad. Macron aurait tout simplement pu faire comme Donald Trump: sanctionner directement quelques responsables du pouvoir de surface et du pouvoir profond libanais, obtenir ainsi une efficacité certes limitée mais évitant ainsi de trop se mouiller dans les méandres de la politique libanaise. Le travers de Macron est exactement le même que celui d’Obama face à Bachar el Assad et le même que celui de toute l’élite mondialiste bien pensante qui donne des leçons de démocratie et de droits de l’homme d’un côté tout en négociant de l’autre côté à la table des viennoiseries nucléaires avec les voyous néo-safavides.

    Citoyen libanais

    07 h 49, le 06 août 2021

  • Excellente analyse, que je partage entièrement. Connaissant le personnage, je me souviens d'avoir dû , il y a un an, doucher les espoirs fous de mes amis libanais.

    Yves Prevost

    07 h 23, le 06 août 2021

  • Le président Macron s’est montré bienveillant et chaleureux au moment où nous avions besoin de soutien sincère et nous le respectons profondément . À présent , il réalise pleinement la dimension de traîtrise et de prédation qui s’est emparée de notre pays progressivement et adoptera une attitude plus adéquate. J’espère et souhaite par ailleurs que notre port soit exclusivement reconstruit par notre si chère France .

    Wow

    00 h 39, le 06 août 2021

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