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Société - Exposition

Quand d’anciens combattants transforment la violence en objets d’art

Quand d’anciens combattants transforment la violence en objets d’art

Des coussins cousus et brodés par les jeunes, accompagnés par l’association March et l’artiste Nataly Salamé. Photo Agnès Robini

C’est l’histoire d’un conflit armé vieux de quarante-cinq ans opposant les quartiers de Bab el-Tebbané (sunnite) et Jabal Mohsen (alaouite) à Tripoli. À l’origine des heurts, des différends politiques et religieux entre ces deux communautés de la ville, exacerbés par la guerre civile, et les clivages entre pro-Assad et pro-rebelles sur fond de guerre en Syrie. Mais aujourd’hui encore, malgré la fin des combats, les tensions demeurent et pèsent sur les jeunes générations qui perpétuent un cycle de violence instauré par leurs aînés.

Pour rompre ce cycle infernal dans lequel sont empêtrés ces jeunes Tripolitains, l’association March s’est donné pour mission de rétablir le dialogue en effaçant la ligne de démarcation idéologique entre les deux communautés. Et quoi de mieux que l’art pour apaiser les maux d’une génération biberonnée à la violence communautaire ?

Les différentes étapes de restauration du mobiliser surcyclé par les jeunes Tripolitains, dans le cadre du projet « Kan ya makan ». Photo Agnès Robini

Une histoire d’amour et de guerre

« Tout a commencé en 2014 avec la création d’une pièce de théâtre à Tripoli. Petit à petit, les jeunes des deux quartiers ennemis se sont joints à nous, ce qui nous a permis de nous développer au travers de nombreuses autres initiatives », explique Léa Baroudi, fondatrice et directrice de March. Après avoir créé un terrain fertile à la paix entre ces jeunes, poursuit-elle, March a pu être en mesure de les former aux arts manuels. De la tapisserie au design graphique, en passant par la broderie, une trentaine d’hommes et de femmes se sont engagés sur la voie de l’apaisement. C’est ainsi que, début 2020, le projet « Kan ya makan » (Il était une fois) a vu le jour. Moustapha, 29 ans, a grandi à Bab el-Tebbané. Il y a quelques années encore, il combattait ceux qui sont devenus sa « seconde famille ». C’est grâce à une collaboration avec la designer d’intérieur Nataly Salamé (Crafted Treasures by Nataly) que ces jeunes Tripolitains ont restauré, peint et brodé des meubles récupérés dans la rue. « Nous voulions raconter l’histoire de ces quartiers au travers de leur jeunesse et d’un projet durable basé sur le surcyclage », explique l’artiste.

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Chaque objet est d’ailleurs orné d’un message d’amour au Liban. Tantôt tirées d’un poème, tantôt d’une chanson, les calligraphies rendent hommage à la culture libanaise et aux valeurs auxquelles aspirent ces jeunes. On y retrouve entre autres les paroles du titre de Feyrouz Li Beirut, tristement associé à la double explosion au port de la capitale, le 4 août 2020.

Au-delà des objets artisanaux exposés et mis en vente à la galerie 392Rmeil393 à Gemmayzé, les jeunes Tripolitains ont appris le vivre-ensemble et acquis de nouvelles compétences leur permettant de s’insérer sur un marché du travail plus difficile que jamais. À l’heure où la précarité fait figure de norme dans la ville la plus pauvre du Liban, les initiatives telles que « Kan ya makan » sont nécessaires au tissage d’un nouveau lien social, seul garant d’une paix durable entre les communautés.


C’est l’histoire d’un conflit armé vieux de quarante-cinq ans opposant les quartiers de Bab el-Tebbané (sunnite) et Jabal Mohsen (alaouite) à Tripoli. À l’origine des heurts, des différends politiques et religieux entre ces deux communautés de la ville, exacerbés par la guerre civile, et les clivages entre pro-Assad et pro-rebelles sur fond de guerre en Syrie. Mais aujourd’hui...

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