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Lifestyle - Mode

« Emergency Room », entre « Rage d’or  » et « Neverland »

On la voyait venir ! La petite marque confidentielle de mode équitable Emergency Room, fondée en 2018 sous la houlette du créateur Éric Ritter avec la collaboration des brodeuses et couturières d’un modeste ouvroir de Tripoli, se lance cette saison à l’international.

« Emergency Room », entre « Rage d’or  » et « Neverland »

Emergency Room, collection Neverland. Photo Aly Saab

Formé à Esmod Beyrouth au cœur d’une décennie 2000 où le glamour faisait rage, tant dans la haute couture que dans le prêt-à-porter, Éric Ritter allait à contre-courant avant de devenir un véritable précurseur. Son souci permanent de faire en sorte que la mode reste un lieu ludique, sans prétention, équitable et non polluant, il fait partie des premiers couturiers de la région à récupérer des tissus de stock, reconvertir des textiles en déshérence tels que draps, couvertures et tapis, donner du travail à des artisans sans visibilité et sans accès au marché, casser les codes du féminin et du masculin. Très vite, il baptise sa marque Emergency Room, jouant sur ses initiales pour mieux sonner l’alarme d’un monde saturé, encombré par la surproduction de la mode de masse. Ses maîtres mots sont le recyclage, le surcyclage, le développement de l’éthique et de processus de production respectueux de l’environnement. Tout en enseignant la mode à l’Académie libanaise des beaux-arts, Ritter construit pour son label une esthétique cohérente répartie en quatre lignes définies par des codes couleurs, du street au sport, du casual au chic.

Fashion week milanaise et vidéo d’Iva Kovic

Emergency Room participait pour la seconde fois, en juin dernier, à la Fashion Week masculine de Milan avec une collection de pièces uniques artisanales présentée par une vidéo intitulée Golden Rage, produite par Aly Saab. Cette première vidéo était une introduction à une seconde, plus emblématique de la collection, intitulée Neverland, produite par The Clinic Studios et réalisée par Iva Kovic. Cette vidéo a été présentée en ligne le 28 juin lors de l’Arab Menswear Fashion Week organisée par l’Arab Fashion Council à Dubaï. Neverland est bien entendu cette île des enfants qui ne veulent pas grandir, le royaume de Peter Pan. Et là réside toute la philosophie d’Emergency Room qui s’érige fournisseur officiel de tous ceux qui partagent un même goût du jeu, du refus des identités, de l’affirmation de soi quelles que soient les circonstances.

The Clinic Studios, studio de production créative, a été lancé il y a près d’un an, comme une collaboration entre un groupe d’amis, tous issus du secteur créatif. Du design sonore à l’animation, l’idée était d’utiliser les capacités de chaque membre de produire des projets très spécialisés à petite échelle pour soutenir et pousser plus loin la création libanaise. Le collectif a travaillé dès ses débuts main dans la main avec Emergency Room, et Neverland est le résultat de la complémentarité de tous ces artistes. Ces créations sont surtout des expérimentations de surcyclage à travers laquelle le label a déconstruit l’âge d’or de Beyrouth, les années 60, 70 et les vêtements emblématiques de cette période.

Emergency Room, collection Neverland. Photo Aly Saab

Philosophie de la résistance et de la durabilité

La vidéo montre des personnes qui se préparent à partir après une longue période de confinement. Les vêtements qu’on les voit enfiler sont issus de trois des quatre lignes de la marque. Dans la section code bleu, les tee-shirts, chemises et vestes en noir et blanc comportent des sérigraphies dans le dos, notamment le logo de la collection, un détournement du logo Mercedes, symbole iconique de la culture graphique libanaise que l’on retrouve souvent das les ornements des camions. Il a été développé en collaboration avec le graphiste égyptien Amro Thabit. Dans la section code jaune, les draps traditionnels en coton jacquard rose clair, bleu clair et marron sont utilisés pour faire des vestes et des shorts blanchis. Dans la section code orange, qui se concentre sur le recyclage des matériaux d’occasion et vintage bon marché, les tee-shirts en jersey imprimé sont déconstruits pour former de nouveaux hauts et robes graphiques.

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Des chemises à rayures en linge de maison brodé sont rapiécées et transformé en chemisiers et robes. Les foulards imprimés sont combinés pour former des pièces uniques de chemises à manches courtes. « À travers la collection elle-même, ainsi que la charte graphique et la vidéo qui l’accompagnent, nous visons à capter, traiter et catalyser l’essence et l’énergie de toute conversation qui se passe à Beyrouth en ce moment : la crise socio-économique, la rémission post-pandémique particulièrement lente et, plus important encore, l’assourdissant “je reste ou je m’en vais ?” qui habite l’esprit de tous les Libanais d’aujourd’hui, jeunes ou vieux, Emergency Room, qui reste fidèle à sa philosophie centrée sur une communauté, veut continuer à œuvrer pour un avenir meilleur », précise Éric Ritter. « Neverland est une réponse à une situation grave, un cri de frustration, mais aussi de résistance, par le processus, par le travail, par l’art, par le terrain », ajoute le créateur qui affirme haut et fort : « Emergency Room est née à Beyrouth, et à Beyrouth elle restera. »


Formé à Esmod Beyrouth au cœur d’une décennie 2000 où le glamour faisait rage, tant dans la haute couture que dans le prêt-à-porter, Éric Ritter allait à contre-courant avant de devenir un véritable précurseur. Son souci permanent de faire en sorte que la mode reste un lieu ludique, sans prétention, équitable et non polluant, il fait partie des premiers couturiers de la région à...

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