Critiques littéraires Biographie

Giordano Bruno, la richesse d’une pensée entre science, foi et vérité...

Giordano Bruno, la richesse d’une pensée entre science, foi et vérité...

Le procès de Giordano Bruno D.R.

Giordano Bruno, un génie martyr de l’Inquisition de Jacques Arnould, Albin Michel, 2021, 159 p.

La vie et les idées de ce dominicain défroqué n’ont pas laissé indifférents. Ni les gens de l’Église de la Renaissance italienne, ni le public des croyants et encore moins, des siècles plus tard, les historiens, les romanciers, les écrivains et surtout les hommes, agitateurs de conscience, de tous bords…

Les livres qui lui ont été consacrés sont presque innombrables. Parmi les auteurs remarquables qui se sont penchés sur son parcours, ses paradoxes et son positionnement entre science, religion et désirs (interdits !) de la chair, on cite volontiers Serge Filippini (L’Homme incendié) et Francesca-Yvonne Caroutch (L’Homme de feu)…

Et si la notion ou le terme « incendiaire » est toujours de rigueur avec cet homme bouillonnant, au parcours détonnant et peu commun, c’est que sacré caractère, son tempérament est volcanique, ses déclarations explosives et il finira, tant l’intolérance des hommes est frileuse et grande, sur un bûcher.

Aujourd’hui, le dernier ouvrage qui fait beaucoup de bruit et suscite de l’intérêt en jetant la lumière sur les frasques et la rébellion d’un homme contre le système ecclésiastique et l’ordre établi du monde est celui de Jacques Arnould, astrophysicien et ancien moine dominicain. Avec un titre bien éloquent et explicite, Giordano Bruno, un génie martyr de l’Inquisition.

Ce n’est pas exactement une biographie, au sens conventionnel du terme et encore moins une plaidoirie d’une condamnation discutable et peu fiable, mais le récit d’une vie doublée de pertinentes analyses pour tenter de clarifier et d’expliquer l’énigme et le tragique d’une existence perturbée par une fin abominable.

Figure attachante et controversée de la Renaissance italienne, Giordano Bruno est né en 1548 à Nola, bourgade proche de Naples en Italie. D’une famille modeste, il a un penchant pour une culture parfaitement humaniste et trace son sillage entre philosophie et sciences. Il sera ordonné prêtre en 1573 car le couvent, en cette époque trouble, à part sa préoccupation pour la connaissance, les études, la prière et le savoir, reste un refuge contre la disette et les épidémies !

Mais de frère modèle (une thèse sur Thomas d’Aquin) il devient vite ingérable avec ses lectures pour Erasme, son refus de la virginité de Marie, son goût pour l’hermétisme, la magie et sa passion pour la cosmogonie. Il s’oppose par des écrits, jugés blasphématoires, sur les grands préceptes de la religion chrétienne catholique. Mais aussi sa contestation des notions stellaires ainsi que le principe du mouvement lui attirent bien de foudres… Un homme de sciences ou de foi ce personnage complexe qui a écrit « Si Dieu te touche, tu seras un feu ardent » ?

Mais quelle ironie du sort pour ce défenseur de Copernic et ce champion de l’idée d’infini (« Un Dieu infiniment puissant ne saurait créer qu’un univers infini, lequel, dès lors ne saurait avoir de centre ») qui finit sur un bûcher, condamné pour hérésie par l’Inquisition. Du moins c’est la version officielle de sa mise à mort. Le bûcher pour tous ceux qui défient l’obscurantisme ; ceux qui rejettent les idées pseudo-scientifiques et ont des audaces sexuelles hors normes dans une époque étouffée par l’hypocrisie…

De Rome à Genève, de Paris à Venise il a erré en Europe, en une vie aventureuse, riche et tumultueuse, pour échapper aux excommunications et anathèmes qui l’ont suivi et poursuivi. Mais pour cet orateur doué, cet écrivain au verbe acide, ce professeur intrépide aux idées foisonnantes et virevoltantes, ce génie de la culture et de la science qui maniait aussi bien les mathématiques que l’alchimie et la théologie, il y a aussi les séductions couvertes d’un voile de pudeur tout aussi bien que les prestigieuses rencontres avec Montaigne, Archimboldo, Shakespeare…

Dans le tourbillon de sa vie et l’interminable procès de plus de sept ans, avec une liste impressionnante d’accusations, qui l’oppose à l’Inquisition, Giordano Bruno n’a jamais renié ce qu’il a dit ou accompli. À l’âge de 52 ans, il est brûlé vif, pour avoir tenu tête aux dogmes religieux, pour avoir dit ce qu’on croyait ne pas devoir ou pouvoir dire, tentant l’inconciliable, c’est-à-dire science et foi, du moins en première approche et surtout pour être soupçonné d’homosexualité. Ses cendres ont été jetées dans le Tibre.

Le livre de Jacques Arnould, à la fois sobrement écrit et érudit, est un ouvrage d’introduction dans l’univers philosophique et religieux d’un dominicain libre penseur et esprit brillant farouchement indépendant. Figure de proue de la Renaissance, Giordano Bruno est ici sous le scalpel d’un auteur dominicain qui a quitté lui aussi les ordres et qui tente de mettre de l’ordre dans l’image léguée à la postérité et la quête de vérité d’un homme partagé entre science, foi, besoin de liberté et de vérité.



Giordano Bruno, un génie martyr de l’Inquisition de Jacques Arnould, Albin Michel, 2021, 159 p.La vie et les idées de ce dominicain défroqué n’ont pas laissé indifférents. Ni les gens de l’Église de la Renaissance italienne, ni le public des croyants et encore moins, des siècles plus tard, les historiens, les romanciers, les écrivains et surtout les hommes, agitateurs de...

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