Sous contrat jusqu’à la Coupe du monde 2022 au Qatar, où les Bleus défendront leur titre, Deschamps a semble-t-il écarté tout départ anticipé. Même Noël Le Graët, le président de la Fédération française de football, a indiqué qu’il « ne pensait pas » que l’élimination prématurée à l’Euro compromettait l’avenir du sélectionneur. Franck Fife/AFP
Adepte de la défense et du contrôle permanent, le sélectionneur français Didier Deschamps a misé à l’Euro sur son attaque et une « liberté » inhabituelle pour ses Bleus, éjectés dès les huitièmes. Mais pas de quoi menacer l’obsédé de la gagne, sous contrat jusqu’en 2022, malgré une image écornée.
- Principes fondateurs reniés. Réputé trop défensif, parfois accusé de conservatisme, le boss des Bleus a laissé plusieurs de ses principes au vestiaire durant l’Euro. Il a notamment choisi de construire son équipe autour du trio d’attaque Griezmann-Mbappé-Benzema, indéboulonnable à ses yeux, là où il avait bâti ses précédents succès sur la base arrière. Le choix tactique de départ contre la Suisse, « c’était pour placer le trio offensif dans les meilleures dispositions », a-t-il reconnu. Le piège perçu par le capitaine Hugo Lloris avant l’Euro s’est refermé sur le sélectionneur. Avec autant de « talent offensif », avait pointé le gardien, « cela passera par un équilibre » entre toutes les lignes. En rappelant Karim Benzema, le meilleur attaquant français du tournoi (4 buts), Deschamps a verrouillé une ligne d’attaque peu soumise à la concurrence, malgré un banc de touche en or. Les remplaçants Ousmane Dembélé et Olivier Giroud, buteurs durant la préparation, n’ont quasiment pas joué. Le remuant Kingsley Coman n’a jamais eu l’espoir de bousculer une hiérarchie trop rigide.
- Limites de l’autogestion. Pour cette compétition, Deschamps a voulu responsabiliser les joueurs au maximum, laissant une grande liberté tactique aux trois attaquants, autorisés à permuter sans cesse, et aux milieux de terrain. Plusieurs médias ont aussi avancé le rôle des joueurs dans le choix du système tactique à trois défenseurs centraux avant le 8e de finale, une option catastrophique après coup. Deschamps a-t-il perdu la main sur son vestiaire ? « Rassurez-vous, c’est bien moi qui prends les décisions », glissait-il encore avant la rencontre. Certains signaux accréditent tout de même la thèse de la « République des joueurs », comme la vive altercation lundi entre le sélectionneur et Coman, qui ne voulait pas sortir malgré sa blessure en prolongation, ou les tentatives répétées pour apaiser Pogba au même moment. L’entraîneur âgé de 52 ans n’a en outre jamais désigné de tireur pour les coups de pieds arrêtés ou les penalties, mais la prime au « ressenti » n’a pas payé, notamment sur coup franc.
- Objectif 2022. Sous contrat jusqu’à la Coupe du monde prévue fin 2022 au Qatar, où les Bleus défendront leur titre, Deschamps a semble-t-il écarté tout départ anticipé. Quand beIN Sports lui a donné rendez-vous en septembre pour la poursuite des qualifications au Mondial, il a rétorqué: « Oui, c’est prévu. » Noël Le Graët, le président de la Fédération française de football, a quant à lui indiqué hier qu’il « ne pensait pas » que cette élimination prématurée compromettait l’avenir du sélectionneur. « Il ne faut pas confondre les choses, on aura besoin de discuter », a ajouté le Breton, lié pour le meilleur et pour le pire avec Deschamps... même si les rumeurs risquent de ressurgir autour de Zinédine Zidane, prétendant déclaré au poste de sélectionneur et libre depuis son départ du Real Madrid en mai. « On rate le dernier penalty, pour ne pas atteindre les quarts, c’est une déception. Cela dit, c’est les aléas du foot, tout le monde vous le dira », a encore commenté le dirigeant de 79 ans, qui avait rappelé avant l’Euro que les demi-finales étaient l’objectif comme à chaque compétition, mais avec moins de vigueur qu’auparavant.
- Se relever. L’échec à Bucarest est le plus sérieux accroc de la carrière d’entraîneur de Deschamps, marquée par des succès incontestables à Monaco, à la Juventus Turin, à Marseille et avec les Bleus. Sur le banc tricolore, la pente a été ascendante depuis son premier tournoi, le Mondial 2014 achevé en quarts face aux futurs champions du monde allemands. Après la finale perdue de l’Euro 2016, il avait atteint les cimes en Russie il y a trois ans. L’atterrissage est brutal et Deschamps va devoir s’en relever.
Source : AFP

