Le point de vue de... Le point de vue de Youssef Mouawad

Un shuʻubite ?

Un shuʻubite ?

D.R.

Pour faire pendant à la catégorie des « chiites d’ambassades », quoi de mieux que d’officialiser la catégorie des « chrétiens du Hezbollah » ou des « maronites de service ». Ces chapelles regrouperaient, entre autres recrues, le ministre démissionnaire M. Charbel Wehbé qui a traité son contradicteur saoudien de bédouin, et madame May Khreich qui, de but en blanc, a lancé une campagne de promotion des tapis persans.

Les extravagances de cette dernière ne portant pas à conséquence, attachons-nous plutôt aux propos de l’ex-ambassadeur. Qualifier quelqu’un de « bédouin » peut se révéler aussi offensant, en nos contrées, que de le désigner par le N-word aux États-Unis. Et de fait, des paroles aussi inconsidérées ont déclenché une crise diplomatique et entraîné la démission du locuteur malavisé. Certains n’ont vu dans cette « polémique suscitée par les propos du ministre sortant des Affaires étrangères que le dernier épisode en date d’une inimitié réciproque exprimée à maintes reprises » et dont le commencement remonterait à l’accord de Taëf (L'Orient-Le Jour, 21 mai 2021).

Cet accord de 1989, conclu sous l’égide du Royaume saoudien, pouvait être considéré, jusqu’à un certain moment, à la source de la désaffection entre ledit CPL et Riyad. Mais l’enjeu est désormais autre, depuis que le courant aouniste a adopté les thèses iraniennes. En faisant siennes ces dernières, en reprenant le discours de Téhéran et en surenchérissant, le ministre Wehbé s’est impliqué dans un différend arabo-persan qui le dépasse. Un diplomate de carrière, et libanais de surcroît, n’aurait jamais recours à l’apostrophe vindicative susmentionnée ; seul un officiel iranien serait en mesure de la proférer parce qu’elle est l’expression de son hostilité aux Arabes qui autrefois ont asservi son peuple. C’est vous dire combien le noyautage du Hezbollah a modifié les paradigmes qui régissaient notre Quai d’Orsay. Aussi pouvons-nous dire que la pomme de la discorde ne remonte plus à Taëf, mais à Qadisiyah en 636 quand les troupes de l’Islam (constituées de Bédouins) écrasèrent l’Empire des Sassanides et assujettirent une nation fière de son héritage et nostalgique de sa puissance.

En s’appropriant la phraséologie iranienne et en s’alignant sur la politique de ayatollahs, le ministre sortant s’est empêtré dans un différend historique où l’émotion le dispute à la raison. Il n’avait pas à intervenir dans un conflit entre Arabes et ‘Ajam. Mais peut-être cherchait-il à assurer ces derniers de sa loyauté et de son dévouement ?

Rappelons quelques faits :

1-. En 1802, alors qu’ils avaient pour imam Abd al-Aziz bin Mohammad al-Saoud, les tribus wahabites de la Péninsule arabe prirent d’assaut Kerbala (Irak). La population fut passée au fil de l’épée et le mausolée de l’imam Hussein fut profané et détruit. L’année suivante, pour assouvir sa vengeance, un chiite persan allait assassiner Abdel Aziz à Dariya dans le Najd. C’est dire combien l’affaire est personnelle entre les chiites, toutes nationalités confondues d’une part, et la famille des Saoud et les wahabites de l’autre. Comment ignorer cet aspect politico-religieux du conflit qui perdure et auquel notre diplomatie s’est invitée ?

2- Ajoutons à ce litige une querelle civilisationnelle qui remonte à l’ère abbasside, à savoir la shu’ubiya qui désigne un mouvement de résistance à la domination des Arabes dans le monde musulman. C'est en Iran que ce mouvement se révéla être le plus radical en s’opposant à l'arabisation de sa culture ancestrale. Les persans n’ont jamais pu « digérer » le fait que des tribus primitives aient pu l’emporter sur eux, alors que leurs souverains avaient domestiqué des populations entières et imposé leurs lois. Et même si les Iraniens ont fini par adopter la religion et la calligraphie arabes, leur ressentiment est toujours à fleur de peau, et le terme « bédouin », pour péjoratif qu’il soit, leur revient vite à l’esprit et à la bouche.

Invectives obsolètes dignes d’un pasdaran et non d’un ministre libanais. Le diplomate de carrière que vous êtes, M. Wehbé, n’est pas censé verser de l’huile sur le feu. Si vous revoyez vos classiques, vous y apprendrez que « face à l’Arabe, aristocrate né, chez qui le goût et le besoin social du faste entraîne souvent la ruine, face au Bédouin qui ne sait pas retenir son argent et éprouve un penchant inné pour la générosité spectaculaire, se dresse le non-Arabe (le Persan et plus précisément le Khurassanien) qui, plus prévoyant et plus économe, fait usage de la raison et de la logique, limite souvent ses dépenses au point de côtoyer l’avarice, sinon de la cultiver » (Charles Pellat).

Votre Excellence, Les Bédouins peuvent être de grands seigneurs ; ils n’ont pas à rougir de leur état. Relisez donc Kitab al-bukhala’ (Le Livre des avares) du grand Jahiz, pour éclairer votre lanterne et vous détromper.


Pour faire pendant à la catégorie des « chiites d’ambassades », quoi de mieux que d’officialiser la catégorie des « chrétiens du Hezbollah » ou des « maronites de service ». Ces chapelles regrouperaient, entre autres recrues, le ministre démissionnaire M. Charbel Wehbé qui a traité son contradicteur saoudien de bédouin, et madame May Khreich qui, de but en blanc, a...

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Charbel Wehbé est aussi qualifié pour être ministre des Affaires Etrangères qu'un élève de Terminale l'est pour enseigner la mécanique quantique à Princeton! J'espère qu'il sera en mesure d'assimiler la leçon que lui donne ici Youssef Mouawad...

Georges MELKI

14 h 39, le 08 juin 2021

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Commentaires (1)

  • Charbel Wehbé est aussi qualifié pour être ministre des Affaires Etrangères qu'un élève de Terminale l'est pour enseigner la mécanique quantique à Princeton! J'espère qu'il sera en mesure d'assimiler la leçon que lui donne ici Youssef Mouawad...

    Georges MELKI

    14 h 39, le 08 juin 2021

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