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Culture - Entretien

Les archives descendent du grenier et dévoilent les riches heures du Festival Ayloul

À travers cet événement annuel qu’elle a fondé et codirigé avec le romancier Élias Khoury, Pascale Féghali a contribué aux riches heures de la culture à Beyrouth pendant le boom des années 90. Avec l’artiste Riwa Philipps, elle dévoile les archives de ces cinq éditions remarquables à travers une installation multimédia, « Itinérance », présentée du 3 au 13 juin dans la vieille demeure familiale à Badaro. Séance questions-réponses en mode flash-back...

Les archives descendent du grenier et dévoilent les riches heures du Festival Ayloul

La maison familiale des Féghali accueille l’installation « Itinérance » du 3 au 13 juin.

C’est une vieille demeure à Badaro, la maison familiale des Féghali, qui ouvre ses portes au public pendant dix jours, à partir d’aujourd’hui jeudi 3 juin. Dans cette même maison, pendant des années, des archives ont été accumulées. Ce sont des documents, photos et vidéos du Festival Ayloul qui, de 1997 à 2001, cinq années durant, a lancé et accueilli plus de quarante jeunes artistes libanais et vingt internationaux de différents horizons. Ils y ont présenté leurs travaux dans divers lieux de la capitale, soit une soixantaine de performances (théâtre, danse contemporaine, installation et vidéo) du traditionnel au pointu, en passant par l’avant-gardiste conceptuel. Ces archives sont mises en scène à travers une installation multimédia réalisée par une jeune artiste et actrice, Riwa Philipps. Aujourd’hui, vingt ans après la dernière représentation d’Ayloul un certain 13 septembre 2001, Pascale Féghali se souvient.


Aujourd’hui, vingt ans après la dernière représentation d’Ayloul un certain 13 septembre 2001, Pascale Féghali se souvient.

Pascale Feghali, vous avez fait les plus belles heures de la culture à Beyrouth dans les années 90 et puis vous avez disparu. Où ?

Je suis passée du macro au micro ; en 2001, après l’arrêt du Festival Ayloul, où je devais couvrir un champ artistique international, je me suis consacrée à une thèse en anthropologie visuelle sur le quartier de Sanayeh. J’y ai vécu durant quatre ans pour filmer ses habitants. Une publication comprenant un livre et un DVD en est la résultante. Puis pour des raisons familiales, j’ai été amenée à séjourner dans plusieurs pays. J’en ai profité pour effectuer des enquêtes filmiques sur un quartier d’Athènes, des acrobates en Guinée, la pêche artisanale en Mauritanie, etc., mais j’avais toujours un lien avec Beyrouth à travers les cours que je donne à l’Iesav.

Durant cette longue absence, êtes-vous restée en contact avec la scène artistique libanaise ? Comment et pourquoi ?

Il est vrai que j’ai été coupée durant ces années de la scène artistique libanaise. Je suivais à travers les réseaux sociaux les projets des uns et des autres mais je n’avais plus de contact direct. Je visitais durant mes séjours à Beyrouth les nouvelles structures qui avaient vu le jour et j’étais contente de voir qu’une nouvelle génération prenait la relève à travers des projets innovants et spécialisés.

Flash-back : quand et comment est né le Festival Ayloul ? Quels étaient ses objectifs ? Pourquoi s’est-il arrêté ?

Le Festival Ayloul est né en 1997. Il s’agissait d’un festival pluridisciplinaire (théâtre, danse, installation, vidéo) essentiellement axé au début sur la production des œuvres des jeunes artistes libanais et qui s’est peu à peu ouvert aux expériences artistiques internationales. À l’époque, les artistes et les programmateurs internationaux, curieux des préoccupations des artistes libanais après la guerre civile (1975-1990), se rendaient à Beyrouth afin de découvrir de nouvelles formes d’expressions artistiques. Ils se frottaient au début à des formes et à des rythmes de création qu’ils n’arrivaient pas à déchiffrer à cause d’une dissonance formelle et rythmique. Le même problème de dissonance se posait au niveau des spectateurs libanais qui ne comprenaient pas toujours les formes artistiques présentées au Festival Ayloul dans le cadre des activités internationales, particulièrement la danse contemporaine. La synchronisation ou, plutôt, un ajustement entre les discours et la perception sur la scène locale et internationale se sont produits en l’an 2000, lors de la quatrième et avant-dernière édition du festival. À partir de ce moment, une communication était possible, un échange pouvait se produire, les malentendus au niveau de l’interprétation commençaient à se dissiper. On pouvait parler d’un début d’internationalisation d’Ayloul ou du moins des artistes locaux qui y présentaient leurs œuvres. Cette tendance s’est confirmée en 2001 lors de la dernière édition du festival. Nous étions devant un dilemme : le souffle qui avait porté le projet à ses débuts, avec sa jeunesse, ses balbutiements artistiques, commençait à s’épuiser. L’aspect expérimental, exploratoire, sans structure figée, devait être reformulé, une structure devait être créée. Nous avons préféré l’arrêter, ce qui fut fait le 13 septembre 2001, alors que les images du World Trade Center étaient projetées en boucle.

Si vous regardez le Festival Ayloul à travers le rétroviseur aujourd’hui, que voyez-vous ?

Je pense que le Festival Ayloul a participé à créer une nouvelle mouvance artistique à la fin des années 1990 tant au niveau du fond que de la forme. Il a été porté par un contexte socio-politico-culturel d’une grande intensité. Avec le recul, en revoyant les œuvres présentées, il y a plus d’une vingtaine d’années, je retrouve cette intensité et je suis assez étonnée de voir combien certaines problématiques abordées par les œuvres sont encore d’actualité.

Pourquoi cette installation aujourd’hui ? Et pourquoi dans la maison familiale ?

Les circonstances ont fait que la maison familiale a dû être vidée. Cette maison a joué un rôle important, dans le sens où elle représentait un lieu de rencontre pour les artistes du festival. Et c’est dans cette maison que les archives ont été gardées durant les 25 dernières années.

Une fois la maison vide, les archives du Festival Ayloul ainsi que les archives de mes trajectoires artistiques et culturelles dans les différents pays où j’ai résidé sont sorties de leurs boîtes, occupant l’espace et s’associant pour créer des itinéraires artistiques et cartographier des pays aux limites du réel et de l’imaginaire. Cette installation représente ces archives en interaction. La maison qui représentait les coulisses du festival devient donc le lieu d’exposition de ses archives.


Riwa Philipps a porté un regard neuf et sans préjugés aux archives du Festival Ayloul. Photos DR


En quoi consiste-t-elle ?

Il s’agit d’une installation multimédia qui trace des trajectoires visuelles, sonores ainsi que des textes qui ponctuent les différents itinéraires proposés aux spectateurs. De plus, une partie des archives sera mise à la disposition du public. À part l’installation, des rencontres sont proposées autour de certains thèmes liés aux archives mais aussi des rencontres avec certains artistes du Festival Ayloul qui évoqueront essentiellement leurs travaux en rapport avec le contexte de l’époque.

Riwa Philipps, l’artiste en charge, est de la jeune génération : elle n’a pas connu Ayloul. Comment a-t-elle procédé et pourquoi ne pas choisir une artiste familière avec le festival ou même l’un de ses participants ?

Ma rencontre avec Riwa Philipps a été déterminante pour le développement du projet. Une confiance s’est établie et je lui ai confié toutes les archives. Elle a d’abord fait des recherches autour du sujet puis elle a proposé des associations entre différents thèmes. À partir de là, elle a créé des itinéraires et des cartographies qui assemblent des villes et des expériences artistiques. Son regard novateur et libéré de toute emprise du passé me semblait très intéressant. Elle a conçu le projet à travers ses propres interrogations et a proposé ses propres choix tant au niveau du fond que de la forme. À travers cette fraîcheur du regard, on pénètre dans son monde. Elle a réussi à s’approprier ces archives et à les personnaliser. Elle est secondée par une équipe d’une dizaine de jeunes artistes qui se sont lancés, chacun dans son domaine, des défis artistiques. Le résultat est innovant.

À qui s’adresse « Itinérance » ? Et pourquoi ce titre ?

Itinérance est censée créer un pont entre des expériences artistiques de deux générations différentes. Il y a une idée de transmission mais aussi de déconstruction et de proposition d’un nouveau langage artistique. Cette installation s’adresse aux personnes intéressées par cette double vision.

Le titre a un double sens : Itinérance dans le sens de « déplacement » car les archives suivent mes déplacements et couvrent plusieurs villes ainsi que des expériences artistiques internationales mais aussi Itinérance dans le sens du « roaming » qu’on utilise lorsqu’on communique à travers un autre opérateur et, dans mon cas, c’est à travers Riwa Philipps.


C’est une vieille demeure à Badaro, la maison familiale des Féghali, qui ouvre ses portes au public pendant dix jours, à partir d’aujourd’hui jeudi 3 juin. Dans cette même maison, pendant des années, des archives ont été accumulées. Ce sont des documents, photos et vidéos du Festival Ayloul qui, de 1997 à 2001, cinq années durant, a lancé et accueilli plus de quarante jeunes...

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