Peter Spears, Frances McDormand, Chloé Zhao, Mollye Asher et Dan Janvey, l’équipe de « Nomadland », road movie grand gagnant des oscars, posant dans la salle de la presse de la gare historique du centre de Los Angeles. Chris Pizzello / AFP / Pool
La cérémonie la plus inattendue et la plus surprenante de Hollywood ne s’est pas déroulée au Dolby Theatre comme les années précédentes, mais dans une gare ferroviaire historique et Art déco du centre de Los Angeles. Elle accueillait les quelque 200 candidats invités à se présenter sur le tapis rouge, réduit cette année à sa plus simple expression afin de respecter les règles sanitaires et de distanciation sociale. Autre particularité de cette édition des oscars, celle de récompenser des films majoritairement vus en streaming, les salles de cinéma ayant été fermées durant la pandémie et les sorties des films hollywoodiens repoussées. Cette année, ni glamour, ni chansons, ni même spectacle ébouriffant et grandiose, pas d’orchestre faisant taire ceux ou celles qui se perdaient en longs palabres. Une cérémonie juste et claire, sans anecdotes, mais teintée de beaucoup d’humanité, qui a décerné des prix à des gens du métier qui, malgré toutes les difficultés et les épreuves traversées, ont pu continuer le tournage de leurs films. De nombreux hommages ont également été rendus à ceux qui ont travaillé dans l’humanitaire à travers des associations souvent dépendantes de Hollywood. Lors de ce cru 2021, Chloé Zhao est devenue la première cinéaste non blanche à remporter le prix de la meilleure réalisation pour Nomadland. Avant elle, seule une autre femme, Kathryn Bigelow, avait reçu le prix tant convoité de meilleur réalisateur pour Démineurs, en 2010. Son film s’est imposé lors de cette édition en glanant trois prix majeurs, dont celui du meilleur long métrage.
L’auteur français Florian Zeller récompensé par l’oscar du meilleur scénario adapté pour « The Father ». Lewis Joly / AFP / Pool
L’ombre de la pandémie…
Frances McDormand a aussi créé la surprise en remportant le troisième oscar de sa carrière pour le rôle dans Nomadland, où elle incarne une veuve sillonnant les routes américaines à bord d’une vieille camping-car, bien éloigné du glamour de Hollywood. Elle est seulement la septième à intégrer le club très fermé des acteurs aux trois oscars, où l’on compte trois autres femmes : Meryl Streep, Ingrid Bergman et Katharine Hepburn, qui domine avec quatre statuettes dorées au total.L’actrice, également productrice de Nomadland, a profité de la cérémonie pour lancer un tonitruant « Retournez dans les salles de cinéma dès que possible » aux spectateurs. Avec une pandémie qui a contraint de nombreuses salles de cinéma à fermer leurs portes, il est triste de voir aujourd’hui que Netflix, autrefois décrié, a su bien remonter la pente. Quoique… si elle repart avec sept récompenses au total, la plateforme de streaming a en revanche subi une nouvelle déception dans les catégories majeures, malgré plusieurs films abordant des thèmes d’une actualité brûlante.Côté masculin, le Britannique Anthony Hopkins a raflé la statuette du meilleur acteur pour son rôle de vieillard sombrant dans la démence dans The Father, film de l’auteur français Florian Zeller, qui a par ailleurs remporté l’oscar du meilleur scénario adapté. Une victoire surprise, le favori étant jusque-là Chadwick Boseman, mort l’été dernier d’un cancer, qui semblait parti pour recevoir un oscar posthume pour Le blues de Ma Rainey, où il incarne un trompettiste hanté par des atrocités racistes.
Quant au Danois Thomas Vinterberg, réalisateur de Drunk, il a reçu l’oscar du meilleur film étranger pour sa comédie douce-amère, une ode poignante à la vie à travers une improbable et dangereuse expérience alcoolisée mettant en scène quatre amis. Une victoire qu’il a dédiée à sa fille Ida, morte dans un accident de voiture quatre jours après le début du tournage et qui devait jouer dans son film.
Outre Florian Zeller qui a brandi sa statuette dorée depuis Paris, deux autres Français figurent au palmarès. Nicolas Becker a été honoré par l’Académie avec l’oscar du meilleur son pour Sound of Metal, réalisé par Darius Marder et qui dépeint un batteur de Heavy Metal perdant l’ouïe. Et la productrice Alice Doyard s’est vu récompenser pour le documentaire court Colette, réalisé par l’Américain Anthony Giacchino et consacré à Colette Marin-Catherine, une ancienne résistante nonagénaire qui se rend pour la première fois sur le site de l’ancien camp de concentration de Nordhausen, en Allemagne. Après des années de controverse sur la composition de l’Académie des oscars, jugée trop blanche et trop masculine pour représenter l’ensemble de la société, deux acteurs de couleur ont été récompensés : le Britannique Daniel Kaluuya, 32 ans, pour Judas and the Black Messiah, et la septuagénaire sud-coréenne Youn Yuh-jung pour Minari. Une cérémonie juste, équitable, qui a su apprendre des épreuves du passé les valeurs de l’équité, de l’amour et surtout de l’humilité.
Le Danois Thomas Vinterberg, réalisateur de « Drunk », a reçu l’oscar du meilleur film étranger. Chris Pizzello / AFP / Pool
Les victoires dans les principales catégories
Voici les vainqueurs pour la 93e cérémonie des oscars dont les prix ont été remis dimanche soir à Los Angeles.
Meilleur film : Nomadland
Meilleur réalisateur : Chloé Zhao, Nomadland
Meilleure actrice : Frances McDormand, Nomadland
Meilleur acteur : Anthony Hopkins, The Father
Meilleure actrice dans un second rôle : Youn Yuh-jung, Minari
Meilleur acteur dans un second rôle : Daniel Kaluuya, Judas and the Black Messiah
Meilleur film étranger : Drunk (Danemark)
Meilleur film d’animation : Soul
Meilleur documentaire : La sagesse de la pieuvre
Meilleur scénario original : Promising Young Woman – Emerald Fennell
Meilleur scénario adapté : The Father – Christopher Hampton, Florian Zeller.


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