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Culture - Édition

Ce que nous dit La Fontaine sur ces temps de pandémie

Ce que nous dit La Fontaine sur ces temps de pandémie

La Bibliothèque de la Pléiade vient de publier une nouvelle édition des « Fables » de La Fontaine.

Le confinement rend fou, mais cela vaut mieux que de mourir : Les Fables de Jean de La Fontaine nous parlent aussi de ces temps de pandémie, 400 ans après la naissance du poète. La Bibliothèque de la Pléiade vient de publier une nouvelle édition de ce monument de la culture littéraire française, la lettrée comme la populaire.

Il y en a pour tous les goûts en librairie : du splendide coffret luxe des éditions Diane de Selliers regroupant les « Fables » et les « Contes », à la version la moins onéreuse, au Livre de poche.

Dans l’édition estampillée Éducation nationale, distribuée aux petits Français qui achèvent l’école primaire, le ministre français Jean-Michel Blanquer écrit en préface : « Les Fables de La Fontaine sont éternelles. Écrites il y a plus de trois siècles, la beauté de leur langue et la profondeur des vérités qu’elles révèlent continuent de nous éclairer. »

Y compris sur le Covid-19, si l’on veut bien chercher. L’écrivain, né à Château-Thierry (Aisne) en 1621, imagine ainsi dans L’Ours et l’Amateur de jardins un plantigrade « confiné par le sort dans un bois solitaire ».

« Il vint à s’ennuyer de cette triste vie », et « fût devenu fou » s’il n’avait pas trouvé un compagnon de confinement.

Seulement, on est « beaucoup mieux seul qu’avec des sots » et cela finira mal pour ce colocataire.

« Sagesse pratique »

« La sagesse immémoriale des Fables est une sagesse pratique, un peu désabusée, où les prétentions de philosophie pédante sont tournées en dérision. Au lieu des morales dogmatiques, elles proposent des exemples concrets pour survivre dans un monde dangereux et difficile à comprendre », dit à l’AFP Tiphaine Rolland, maître de conférences à la Sorbonne.

La maladie et la mort reviennent régulièrement dans les fables, où la médecine manque de moyens... comme aux débuts de l’épidémie de Covid-19.

Les Médecins en met deux en scène, « le Médecin Tant-Pis », fataliste persuadé que le malade va mourir, et « son confrère Tant-Mieux », optimiste. On choisit le remède du premier, qui échoue. Tout deux clament donc leur clairvoyance... comme tous ceux convaincus aujourd’hui d’avoir compris l’épidémie avant les autres : « Je l’avais bien prévu. »

Chez La Fontaine, « le médecin est au corps ce que le prêtre est à l’âme. Incapable de nous assurer de la santé pour l’un, du salut pour l’autre », relève Marc Escola, professeur de littérature française à l’université de Lausanne.

Dans Les Animaux malades de la peste, une maladie se répand. « Ils ne mouroient pas tous, mais tous estoient frappez » (dans l’orthographe d’origine, abandonnée par les éditions actuelles). Et en ces circonstances pénibles, on ne vous permettra pas les mêmes écarts « selon que vous serez puissant ou misérable ».

Jouir de l’instant

La Mort et le Mourant nous apprend à être conscients de notre fragilité. « Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse », lance La Fontaine, « la mort ravit tout sans pudeur ».

Deux autres fables, La Mort et le Malheureux et La Mort et le Bûcheron, nous rappellent que personne, au fond, ne préfère quitter cette Terre. « Plutôt souffrir que mourir / C’est la devise des hommes. »

« S’il y a une leçon », commente Marc Escola, « elle est épicurienne, et même hédoniste : jouissons de l’instant présent, et ne nous révoltons pas inutilement contre l’une des grandes lois de la nature », à savoir que « nous sommes tous mortels ».

D’après Tiphaine Rolland, « la fable est l’arme des faibles. C’est un art de transmettre un savoir que l’on retourne contre les savants », qu’il s’agit d’écouter avec un esprit critique.

Dans sa fable testament enfin, la dernière, Le Juge arbitre, l’Hospitalier et le Solitaire, La Fontaine parle de la figure de l’hospitalier comme de celle d’un « soignant désintéressé, celui qui recueille les plus faibles », souligne l’universitaire.

C’est cependant, analyse l’agrégé de lettres Yves Le Pestipon dans sa préface pour la Pléiade, afin de montrer « l’amertume de ces héros du bien, la peine qu’ils éprouvent à aider leurs semblables, leur échec ».

« Puisqu’on plaide, et qu’on meurt, et qu’on devient malade », concède le fabuliste, « il faut des médecins, il faut des avocats ». Mais aussi des poètes pour perpétuer leur mémoire.

Par Hugues HONORÉ/AFP


Le confinement rend fou, mais cela vaut mieux que de mourir : Les Fables de Jean de La Fontaine nous parlent aussi de ces temps de pandémie, 400 ans après la naissance du poète. La Bibliothèque de la Pléiade vient de publier une nouvelle édition de ce monument de la culture littéraire française, la lettrée comme la populaire.Il y en a pour tous les goûts en librairie : du...

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