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Moyen-Orient - Éclairage

Riyad modère sa position sur le dossier du nucléaire iranien

Le royaume voit les nouvelles négociations sur le JCPOA comme une première étape en vue d’élargir les discussions au programme de missiles balistiques iranien et aux activités de Téhéran dans la région.

Riyad modère sa position sur le dossier du nucléaire iranien

Un drapeau iranien sur le site de la centrale nucléaire iranienne de Bouchehr, le 10 novembre 2019. Photo d’archives AFP

En 2015, il était l’un des principaux détracteurs régionaux à l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA). Aujourd’hui, le royaume d’Arabie saoudite espère jouer un rôle de taille tant en coulisses qu’à la table des négociations suite au lancement des pourparlers entre Washington et Téhéran pour le raviver à la fin du mois de mars à Vienne. « L’Arabie saoudite n’est pas intéressée par le fait d’entraver ou de bloquer les négociations en cours... Elle est intéressée par le fait d’assurer leur succès pour atteindre efficacement les résultats souhaités », a indiqué Rayd Krimli, responsable de la planification des politiques au ministère saoudien des Affaires étrangères, cité hier par Reuters. « Nous voulons nous assurer au minimum que toutes les ressources financières mises à la disposition de l’Iran via l’accord nucléaire ne sont pas utilisées (...) pour déstabiliser la région », a-t-il souligné, précisant que des discussions étaient en cours avec les puissances mondiales.

Optant pour un ton modéré sur le dossier du nucléaire iranien, l’Arabie saoudite affiche clairement sa volonté d’opérer un revirement de position par rapport à celle adoptée jusqu’à la signature du JCPOA en juillet 2015. De pair avec les Émirats arabes unis et Israël, Riyad voyait un accord avec Téhéran d’un mauvais œil, par crainte qu’il ne permette à la République islamique de remettre son économie sur les rails à travers la levée des sanctions internationales et, sur le long terme, de développer ses capacités nucléaires une fois l’accord arrivé à expiration en 2030. À la suite d’une rencontre avec le roi Salmane dans le cadre d’une tournée pour rassurer les alliés régionaux de Washington peu après la signature de l’accord, le secrétaire à la Défense des États-Unis de l’époque, Ashton Carter, avait pourtant créé la surprise en déclarant à des journalistes que l’Arabie saoudite avait accueilli positivement l’accord sur le nucléaire iranien.

Trois ans plus tard, sur fond de tensions grandissantes avec Téhéran sur différents fronts régionaux à l’instar du Yémen et de la Syrie, Riyad avait vivement applaudi le retrait unilatéral de Washington de l’accord et le rétablissement des sanctions américaines contre Téhéran sous la bannière de la politique de « pression maximale » prônée par Donald Trump. Une stratégie qui a toutefois montré ses limites : si l’économie iranienne est effectivement asphyxiée, la politique de l’ancien locataire de la Maison-Blanche a également servi de justification pour Téhéran pour étendre ses activités régionales à travers ses supplétifs et s’affranchir de ses engagements en matière nucléaire, selon les termes du JCPOA.

Première étape

Aujourd’hui, le royaume semble avoir pris acte des conséquences résultant du changement d’administration aux États-Unis sur les dynamiques qui ont prévalu au cours des quatre dernières années dans la région. Si Donald Trump avait misé sur Israël et les pays du Golfe pour contrer les velléités régionales de Téhéran, l’équipe de Joe Biden a tenu à rassurer ses alliés dans la région et a insisté sur le fait qu’elle souhaitait élargir l’accord avec l’Iran à son programme de missiles balistiques et à ses activités régionales. « Nous pouvons commencer par un accord nucléaire et passer à un autre format qui abordera toutes ces questions de manière positive », a remarqué Rayd Krimly, ajoutant qu’il y avait un consensus entre les pays arabes et les puissances mondiales sur la nécessité de pourparlers élargis et inclusifs. « Peut-être qu’un tel processus peut commencer par des mesures de confiance, en réduisant les tensions, en réduisant la course aux armements dans la région, puis en s’appuyant sur ces étapes en vue d’un avenir meilleur pour nous tous », a-t-il estimé. Le contexte dans la région n’est pas non plus celui d’il y a six ans. Si dans une certaine mesure, Téhéran dispose d’une marge de manœuvre plus large pour négocier dans le sillage de l’intensification de ses activités dans le domaine nucléaire et sécuritaire, les cartes ont également été rebattues suite à la normalisation des liens entre Israël et les EAU et Bahreïn l’été dernier, contribuant à consolider un front anti-iranien.

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Alors que l’absence d’acteurs régionaux dans l’accord a notamment été décrite comme étant un « échec » par les EAU, l’administration Biden – dont une large partie de ses membres a fait partie de l’équipe qui a négocié le JCPOA – compte tirer les leçons de 2015. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a insisté en janvier sur la nécessité de consulter Israël et les partenaires dans le Golfe de Washington en vue de raviver l’accord. Un point de vue notamment partagé par la France alors que le président français Emmanuel Macron a estimé dans la foulée que l’Arabie saoudite devait être incluse dans toutes nouvelles négociations liées au JCPOA.

Objectifs stratégiques

La vision du locataire de la Maison-Blanche devrait cependant être accompagnée de garanties, notamment sur le plan sécuritaire : le royaume saoudien, qui est l’allié principal des États-Unis dans le Golfe, est régulièrement visé par des attaques de drones et de missiles lancés depuis le Yémen par les rebelles houthis, soutenus par l’Iran. Dès janvier, l’administration Biden a annoncé qu’elle comptait « réévaluer » les relations entre Washington et Riyad sur la base du respect des droits humains. Après avoir gelé temporairement des ventes d’armes approuvées par Donald Trump à Riyad et Abou Dhabi pour s’assurer que ces transactions respectent les « objectifs stratégiques » de Washington, elle a fait part au Congrès de son intention de valider ces contrats. Si leurs montants atteignent les 23 milliards de dollars pour les EAU, qui pourraient être ainsi le premier pays arabe à acquérir des avions de combat F-35, des officiels américains cités par le New York Times mercredi ont fait savoir que Washington comptait suspendre la vente de nombreux équipements militaires d’attaque à l’Arabie saoudite et autoriser celle des armes considérées comme ayant un objectif défensif.

Aux yeux de Washington et de ses alliés, le temps presse pour trouver un terrain d’entente alors que le ton monte dans la région et que l’élection présidentielle iranienne en juin, que les conservateurs semblent en mesure d’emporter, approche à grands pas. Mercredi, Téhéran annonçait qu’il s’apprêtait à reprendre l’enrichissement à 60 % de son uranium, se rapprochant ainsi des 90 % nécessaires à une utilisation militaire, suite à une attaque sur le site du complexe nucléaire de Natanz, imputée à Israël. Dans un communiqué publié mercredi par le ministère saoudien des Affaires étrangères, Riyad a dit « suivre avec inquiétude » la situation et a appelé Téhéran à « éviter l’escalade ».


En 2015, il était l’un des principaux détracteurs régionaux à l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA). Aujourd’hui, le royaume d’Arabie saoudite espère jouer un rôle de taille tant en coulisses qu’à la table des négociations suite au lancement des pourparlers entre Washington et Téhéran pour le raviver à la fin du mois de mars à Vienne. « L’Arabie saoudite...

commentaires (2)

Si les USÂ ne vendent pas des armes il y a d'autres pays qu'ils seront ravis de vendre ??????

Eleni Caridopoulou

13 h 33, le 17 avril 2021

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Commentaires (2)

  • Si les USÂ ne vendent pas des armes il y a d'autres pays qu'ils seront ravis de vendre ??????

    Eleni Caridopoulou

    13 h 33, le 17 avril 2021

  • VOUS DONNEZ UN TITRE FAUX A UN ARTICLE CLAIR. LA SAOUDITE N,A PAS MODERE SA POSITION MAIS AU CONTRAIRE. ELLE RECLAME AU NUCLEAIRE D,AJOUTER LES MISSILES BALISTIQUES ET LA DISSOLUTION DES MILICES IRANIENNES. REAJUSTEZ LE TITRE DE LARTICLE EN CONSEQUENCE.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    17 h 14, le 16 avril 2021

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