Le secrétaire d’État américain Antony Blinken (à droite) au cours d’une rencontre avec le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kuleba à Bruxelles le 13 avril 2021. Johanna Geron/AFP
Consultations d’urgence à l’OTAN avec Kiev, annonce américaine d’envoi de troupes en Allemagne : les alliés ont envoyé hier des signaux de fermeté à Moscou afin de tenter de désamorcer un nouveau conflit en Ukraine et de répondre aux démonstrations de force russes. Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken et le secrétaire à la Défense Lloyd Austin se sont rendus à Bruxelles pour consulter leurs alliés de l’OTAN sur les mesures à prendre afin de contrer Moscou. Washington a annoncé une première mesure avec l’envoi de 500 militaires supplémentaires en Allemagne, postés « dès cet automne », par la voix du secrétaire américain à la Défense, après une réunion à Berlin avec son homologue allemande Annegret Kramp-Karrenbauer. « Le renforcement militaire considérable de la Russie est injustifié, inexplicable et profondément préoccupant », a averti hier le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, après avoir reçu le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kuleba. « La Russie doit mettre fin à ce renforcement militaire en Ukraine et autour de l’Ukraine, arrêter ses provocations et cesser toute escalade immédiatement », a-t-il plaidé. Dmytro Kuleba a ensuite participé à une réunion de la commission OTAN-Ukraine avant de rencontrer le secrétaire d’État américain Antony Blinken. « Cette réunion arrive à point nommé, compte tenu de ce qui se passe le long de la frontière ukrainienne avec la Russie », a déclaré le chef de la diplomatie américaine en l’accueillant à la résidence de l’ambassadeur des États-Unis à Bruxelles. Moscou a accusé hier l’OTAN de mener des activités « menaçantes » et a soutenu avoir été contraint de « prendre les mesures appropriées ». Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a précisé avoir transféré en trois semaines « deux armées et trois unités de troupes aéroportées aux frontières ouest de la Russie pour des exercices ». Il n’a pas précisé le lieu de ce déploiement.
Dmytro Kuleba a appelé les alliés à ne plus se laisser « prendre au dépourvu » par la Russie et à apporter un « soutien très concret » à l’Ukraine. « Il faut éviter l’erreur commise en 2014, lorsque la Russie a lancé une action rapide dans le Donbass et en Crimée alors qu’une grande partie des Occidentaux en étaient à réfléchir à une réaction », a-t-il averti.
Kiev ne veut rien exclure
« Nous devons décourager Moscou de toute nouvelle escalade, notamment en faisant comprendre que le coût de toute nouvelle aventure militaire serait trop élevé », a-t-il plaidé. « Rien ne peut être exclu avec la Russie », a-t-il souligné. « Les mesures envisagées peuvent paraître coûteuses, mais le prix de la prévention sera inférieur à celui d’une intervention pour mettre fin à une guerre », a-t-il expliqué. L’Ukraine craint que le Kremlin ne cherche un prétexte pour l’attaquer. Kiev a accusé Moscou d’avoir massé plus de 80 000 soldats près de sa frontière orientale et en Crimée, annexée par la Russie en 2014, après l’arrivée de pro-occidentaux au pouvoir à Kiev. « Il y a davantage de troupes russes massées à la frontière qu’à aucun moment depuis 2014, lors de la première invasion russe », a souligné dimanche Antony Blinken. Moscou a de son côté mis en garde hier l’OTAN et les États-Unis contre le risque de transformer l’Ukraine en « poudrière » avec le soutien apporté au renforcement des capacités de défense de Kiev. Le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, cité par les agences de presse russes, a averti que la Russie était prête à intervenir pour défendre ses ressortissants en Ukraine. Moscou a en effet distribué des centaines de milliers de passeports dans l’Est ukrainien. Les combats sur le front, qui étaient quasiment à l’arrêt depuis une trêve conclue à l’été 2020, ont repris avec intensité ces dernières semaines. « L’OTAN est aux côtés de l’Ukraine », a réaffirmé Jens Stoltenberg. « Son soutien est bien concret. Il ne s’agit pas de simples paroles », a-t-il assuré. L’alliance aide l’Ukraine à moderniser et à renforcer sa sécurité et sa défense « pour l’aider à mieux se défendre », a-t-il expliqué. Il est resté en revanche prudent dans sa réponse à l’appel du président ukrainien Volodymyr Zelensky d’accélérer l’adhésion de son pays à l’OTAN afin d’envoyer un « vrai signal » à la Russie. « Les trente alliés décideront à quel moment l’Ukraine remplit les conditions pour adhérer », a-t-il déclaré. « L’Ukraine a le droit de choisir sa voie. Personne n’a le droit de s’ingérer dans ce processus », a-t-il toutefois lancé à l’adresse de Moscou.
Source : AFP

