L'Assemblée nationale à Paris. Photo d'archives AFP
Les députés français s'apprêtent à voter mardi en première lecture un projet de loi polémique visant à lutter contre le "séparatisme", décrié par certains, notamment à gauche, comme ciblant les musulmans plutôt que les ennemis de la République.
À quinze mois de la prochaine présidentielle, le texte "confortant les principes républicains" doit faire l'objet d'un vote solennel mardi après-midi à l'Assemblée nationale après 135 heures de débat en commission spéciale et en séance publique, durant lesquelles 313 amendements ont été adoptés. Le Sénat s'en emparera à son tour le 30 mars.
Dans un pays traumatisé par une succession d'attentats jihadistes, depuis le carnage en janvier 2015 au sein de la rédaction du magazine satirique Charlie Hebdo jusqu'à la récente décapitation en octobre d'un professeur, Samuel Paty, le projet de loi, voulu par le président Emmanuel Macron, crée un délit de séparatisme, renforce le contrôle des associations culturelles et cultuelles, réprime la haine en ligne...
Mais, ce faisant, il touche à des lois emblématiques de la République française, comme la loi de 1905 qui avait consacré la séparation de l'Église et de l'État, fondement de la laïcité française. L'exécutif a ainsi voulu de nouveaux outils pour financer les cultes, les inciter à ne plus dépendre de "financements étrangers".
Un article sur l'instruction en famille - et non dans des établissements scolaires publics ou privés -, qui concerne aujourd'hui 62.000 enfants, a particulièrement fait débat. Il durcit les règles, en passant d'un régime de déclaration à un régime d'autorisation, accordée pour des motifs définis: raison de santé, handicap, pratique artistique ou sportive, itinérance de la famille, éloignement d'un établissement ou "situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif".
En ligne de mire: éviter l'entrisme d'éléments jugés radicaux, et lutter en particulier contre l'islamisme radical. "Notre pays est malade d'un séparatisme dont le premier d'entre eux, l'islamisme, gangrène notre unité nationale", avait déclaré le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin en ouverture des débats.
Pour lui, le projet de loi que l'Assemblée a fini de discuter samedi "apporte des réponses concrètes au repli identitaire et au développement de l'islam radical, idéologie hostile aux principes et valeurs qui fondent la République".
"Musulmans discriminés"
"On a des sujets de divergence" dans la majorité mais "elle (la loi) sera fortement adoptée mardi sans qu'il y ait eu de désordre", a résumé le chef de file des députés LREM (parti présidentiel), Christophe Castaner.
Mais pour ses opposants à gauche, il est aussi synonyme de restrictions des libertés, propose une vision étriquée de la laïcité, quand certains articles ne sont pas tout simplement superfétatoires, se surajoutant à des textes existants. À l'inverse, d'autres arguent que les Français restent dans le "déni" face à l'islam radical, regrettant par exemple un nouvel échec à introduire des amendements sur le port du voile - un débat récurrent en France depuis la fin des années 80.
L'opposition de droite Les Républicains (LR) souhaitait notamment l'interdire à l'université et pour les accompagnatrices scolaires, au nom de la lutte contre "une forme de prosélytisme" et un "symbole d'asservissement". LR votera "à la quasi-unanimité" contre "un texte tiède, mou d'affichage", selon le patron du groupe Damien Abad. La gauche radicale, LFI, votera également contre un texte de "stigmatisation des musulmans".
Les socialistes s'abstiendront sur ce projet de loi "unijambiste" axé, selon eux, sur le côté répressif et sans réponse à la "ghetthoïsation", tout comme "a priori" l'extrême droite, pour des raisons diamétralement opposées, le Rassemblement national dénonçant une "reculade politique".
La place et l'organisation de l'islam constituent un sujet de crispation pour la société française, régulièrement alimenté par des cas concrets comme le port du voile intégral, les créneaux réservés aux femmes dans certaines piscines ou la remise en cause de certains programmes scolaires, alors que le nombre d'habitants de confession ou de tradition musulmane sur le territoire métropolitain a très fortement augmenté depuis l'après-guerre, pour atteindre près de 9% de la population.
Dans un pays traumatisé par une succession d'attentats jihadistes, depuis le carnage en janvier 2015 au sein de la rédaction du magazine satirique Charlie Hebdo jusqu'à la récente décapitation en octobre d'un professeur, Samuel...


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