Le directeur de la Sûreté générale libanaise, le général Abbas Ibrahim. Photo ANI
Le directeur de la Sûreté générale libanaise, le général Abbas Ibrahim, a indiqué qu'il n'avait pas lancé une initiative à proprement parler pour débloquer la crise gouvernementale, alors que la semaine prochaine, cela fera six mois que le pays est sans cabinet, affirmant plutôt "chercher des dénominateurs communs" entre les parties concernées. Lors d'un entretien diffusé lundi soir sur la chaîne saoudienne al-Hurra, le responsable a par ailleurs estimé que le "chaos" sécuritaire et notamment les violences de la semaine dernière à Tripoli (Nord) risquaient de "donner l'opportunité" à des cellules dormantes terroristes de s'activer.
"Je n'ai pas lancé d'initiative" à proprement parler pour résoudre le blocage gouvernemental, a déclaré le responsable sécuritaire, connu pour ses médiations aussi bien politiques que sur la scène extérieure, lors d'un entretien avec la journaliste Layal al-Ikhtiyar. "Je ne vais pas proposer de solutions aux parties concernées mais j'essaie de rassembler les différentes idées et préoccupations afin de trouver des dénominateurs communs et de parvenir à un projet de solution", a-t-il ajouté. Il a souligné que la question de la "forme du gouvernement" et entre autres du nombre de ministres continue d'alimenter les divergences entre le chef de l'Etat, Michel Aoun, et le Premier ministre désigné, Saad Hariri. En ce qui concerne la question du tiers de blocage, il a rappelé que le chef du Courant patriotique libre (CPL) Gebran Bassil était "accusé" de vouloir l'obtenir mais qu'il avait démenti cela à plusieurs reprises dans des communiqués. M. Bassil représentant le plus grand groupe parlementaire, "il faut écouter son avis, qui est différent de celui du président", qui a fondé le CPL, a estimé le général Ibrahim. Le chef du CPL "a le droit de s'impliquer dans la formation du gouvernement", a-t-il insisté.
Le Liban est sans gouvernement depuis le 10 août 2020 et la démission du cabinet de Hassane Diab dans la foulée des explosions du port de Beyrouth. Depuis, Saad Hariri a été désigné en octobre pour mettre sur pied une équipe ministérielle mais sa mission est entravée par les profondes divergences l'opposant au chef de l'Etat. Le président Aoun reproche entre autres à Saad Hariri de vouloir nommer lui-même les ministrables chrétiens alors qu'il a permis au tandem chiite (Amal et Hezbollah) de choisir ses ministres. Les contacts sont au point mort entre les deux hommes depuis décembre et leurs formations respectives s'accusent mutuellement du blocage. Cette crise politique intervient alors que le pays traverse depuis plus d'un an une crise économique et financière aiguë, marquée par une inflation galopante, qui a fait sombrer plus de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté. Lundi, le président du Parlement et chef du mouvement Amal, Nabih Berry, avait accusé sans le nommer le camp du président de bloquer les tractations en réclamant le tiers de blocage, ce dont s'était à nouveau défendu Baabda.
Le "chaos dans la rue"
Abbas Ibrahim est par ailleurs revenu sur les violences ayant secoué la rue tripolitaine la semaine dernière, lors de manifestations, et qui ont fait un mort. Envisageant ces événements dans le cadre régional, marqué par la crainte d'une résurgence du groupe jihadiste Etat islamique, il a estimé que "ce qu'il s'est passé à Tripoli aurait pu donner une opportunité à cette organisation de rentrer sur la scène libanaise". Toutefois "comme l'a montré l'expérience, les habitants de Tripoli refusent" que la rue soit l'objet de telles tentatives, a-t-il souligné, mettant malgré tout en garde contre l'existence de "cellules dormantes" dans la grande ville du Nord et d'autres régions qui pourraient "s'activer à tout moment". "Dernièrement, nous avions encore la possibilité de contrôler cette situation, mais avec le chaos dans la rue, cela ouvre la voie" à des risques et il faut donc rester "alerte", a ajouté le général.
Le chef de la SG a par ailleurs affirmé qu'il était toujours prêt pour servir de médiateur dans d'éventuelles discussions sur la stratégie de défense et le désarmement du Hezbollah "et dans tout dossier qui peut servir le Liban et sa stabilité".
Revenant en outre sur la double explosion du port de Beyrouth, Abbas Ibrahim a indiqué que la Sûreté générale "était au courant de la présence du nitrate d'ammonium dans le hangar 12", dont l'incendie a provoqué la déflagration qui a tué plus de 200 personnes le 4 août 2020. "Nous avons fait notre devoir et avons averti les autorités concernées", a-t-il ajouté, soulignant que l'enquête sur cette affaire permettrait de déterminer où les négligences ont eu lieu.


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