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Monde - Diplomatie

Affaire Navalny : le grand écart des Occidentaux

Affaire Navalny : le grand écart des Occidentaux

Alexeï Navalny vu sur un écran lors d’un appel vidéo lors de son procès, le 28 janvier 2021. Maxim Shemetov/Reuters

Américains et Européens réclament haut et fort la libération de l’opposant russe Alexeï Navalny, mais sont aussi déterminés à poursuivre leur dialogue stratégique avec Vladimir Poutine, au risque de brouiller leur message.

De Berlin à Washington, la guerre froide s’est réinvitée dans la rhétorique sinon les actes, les Occidentaux dénonçant une « dérive autoritaire » russe et agitant le spectre de nouvelles sanctions contre Moscou.

Pour autant, le maître du Kremlin ne lâche rien. Alexeï Navalny est en prison depuis son retour en Russie le 17 janvier après cinq mois de convalescence en Allemagne suite à un empoisonnement présumé dont il attribue la responsabilité à Vladimir Poutine. Les manifestations appelant à sa libération sont sévèrement réprimées. Et toutes les demandes occidentales d’éclaircissement sur les circonstances de son empoisonnement – par un agent neurotoxique de type Novitchok, selon plusieurs laboratoires européens – demeurent lettre morte.

Que peuvent donc espérer les Occidentaux dans cet énième bras de fer avec Vladimir Poutine, après celui sur l’Ukraine ou l’affaire Skripal, un ex-agent russe empoisonné par le même Novitchok au Royaume-Uni ? Rien ou presque, selon les experts.

Ils entendent bien « faire payer un prix en termes de réputation à la Russie et Poutine », estime François Heisbourg, conseiller spécial à l’International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) à Paris. « Mais je ne pense pas que quiconque en Occident attende la libération de Navalny et encore moins la chute de Poutine ou qu’il aille à Canossa sur la tentative d’empoisonnement », dit-il.

Un « agent de l’étranger »

Pour Cyrille Bret, enseignant à l’institut Sciences Po à Paris, l’offensive occidentale « montre au pouvoir russe que Navalny n’est pas isolé sur la scène internationale ». « Mais (...) ça peut aussi se retourner contre lui, le discréditer comme un “agent de l’étranger” », un fantasme très ancré dans l’imaginaire russe hérité de l’URSS, décrypte-t-il.

Les dirigeants occidentaux soutiennent aussi l’opposant pour des raisons de « politique intérieure », selon lui. C’est ce que leur opinion attend d’eux. Mais « ils n’ont pas d’autre choix » que de discuter avec Moscou sur tous les enjeux de « sécurité collective », du contrôle des armements au nucléaire iranien, fait-il observer.

S’il se dit « très inquiet » de la situation en Russie, le nouveau président américain Joe Biden souligne aussi « l’intérêt mutuel » de Moscou et Washington à travailler sur des dossiers comme le traité New Start de désarmement nucléaire (voir par ailleurs). Son homologue français Emmanuel Macron, qui a initié dès 2019 une relance du dialogue stratégique avec Moscou, sans grands résultats pour l’heure, fait le même calcul.

Réalité parallèle

Paris a certes reporté sine die la réunion conjointe des ministres des Affaires étrangères et de la Défense (« 2+2 ») prévue en septembre 2020 à cause de l’affaire Navalny. Pour autant, « ce refroidissement n’a pas conduit à couper les liens », souligne une source ministérielle

Quant à l’Allemagne, en première ligne dans l’affaire Navalny, elle entend bien achever le gazoduc Nord Stream 2 avec la Russie, malgré les pressions de Washington, hostile au projet.

« Le gouvernement critique à juste titre l’empoisonnement et l’arrestation arbitraire de l’opposant (numéro un) au Kremlin (...) Mais il essaie de mettre le gazoduc dans une réalité parallèle, aux antipodes de ce qui se passe dans la Russie de Vladimir Poutine », relevait le 26 janvier le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung.

Au final, les Européens vont dépêcher le représentant de leur diplomatie Josep Borrell début février à Moscou pour « faire passer un message clair » sur les droits de l’homme, avec à la clé de possibles nouvelles sanctions contre des personnalités ou entreprises russes. Pas de quoi pour autant changer la donne, estime Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Russia in Global Affairs à Moscou. « Des sanctions, c’est désagréable, mais pas nouveau. En plus, cela pousse la Russie à chercher des alternatives économiques, technologiques », dit-il. « Si cette pression continue, elle ne donnera rien. Elle ne fera qu’ancrer la conviction que l’Occident veut entraver la Russie et qu’il faut tout faire pour riposter sans faillir », oppose-t-il.

Source : AFP


Américains et Européens réclament haut et fort la libération de l’opposant russe Alexeï Navalny, mais sont aussi déterminés à poursuivre leur dialogue stratégique avec Vladimir Poutine, au risque de brouiller leur message.
De Berlin à Washington, la guerre froide s’est réinvitée dans la rhétorique sinon les actes, les Occidentaux dénonçant une « dérive...

commentaires (1)

Quelqu un rentrerait dans son pays quand son pays le "menace" massivement de le tuer? ! Bizarre ce Navalny...qui est derrière lui?

Marie Claude

10 h 05, le 31 janvier 2021

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Commentaires (1)

  • Quelqu un rentrerait dans son pays quand son pays le "menace" massivement de le tuer? ! Bizarre ce Navalny...qui est derrière lui?

    Marie Claude

    10 h 05, le 31 janvier 2021

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